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Les enfants et les familles des dirigeants purgés ou non à l'époque de Mao sont plus aisés que la moyenne de la population chinoise.
Les enfants et les familles des dirigeants purgés ou non à l'époque de Mao sont plus aisés que la moyenne de la population chinoise.
©Greg Baker / AFP

Sociologie chinoise

Les petits-enfants des élites détruites par Mao sont redevenus beaucoup plus riches que la moyenne des Chinois

Selon une étude réalisée par un groupe international de chercheurs, les descendants des élites détruites par Mao sont dorénavant plus riches et ont un meilleur niveau d’éducation que la moyenne de la population chinoise et même que certains membres du Parti communiste chinois.

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron est géographe et spécialiste de la Chine contemporaine. Il a enseigné la géographie et la géopolitique de la Chine à l’INALCO de 2014 à 2018. Il est enseignant-chercheur associé à l'Ecole navale.

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Atlantico : Les descendants des élites victimes de purges ou de la famine sous le règne de Mao ont prospéré. Selon une étude réalisée par un groupe international de chercheurs, les petits-enfants des élites détruites par Mao sont dorénavant plus riches et ont un meilleur niveau d’éducation que la moyenne de la population chinoise et même que certains membres du Parti communiste chinois. Comment ont-ils pu faire cette distinction ? Sur quels critères au sein de la population chinoise se sont-ils basés pour mener cette étude ?

Emmanuel Véron : Il est structurel dans le système du Parti-Etat chinois que les enfants, plus largement les familles des dirigeants purgés ou non sont plus aisés que la moyenne chinoise. Plus encore, le système tel qu’il est établi entretien cette béance forte. Dans les faits c’est bien une sociologie chinoise bouleversée en miroir de l’histoire de la Chine de la fin de l’empire jusqu’à nos jours, en passant par la prise de pouvoir par Mao et la proclamation de la République populaire de Chine en 1949.

Si plusieurs formes de bourgeoisies chinoises avaient vu le jour entre la fin du XIXe siècle et 1949, celle-ci a soit quitter le pays (en direction de Hong Kong, Taiwan, l’Amérique du nord ou dans une moindre mesure l’Europe), soit, a été persécuté par le régime communiste fraichement au pouvoir.

A partir de 1949, le régime a scrupuleusement visé à détruire les élites qui lui préexiste. En atteste les grands traumas de l’ère maoïste : Réforme agraire en 1950, Campagne des cent fleurs (1957), Grand Bond en avant (1958) et Révolution culturelle (1966-1976), pour les principales temporalités de violences politiques, économiques et humaines du régime. Durant ces périodes, les anciennes élites mais aussi certaines élites (communistes ou non) jugées hostiles au Parti ont été persécutées.

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L’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, après l’épisode de la Bande de Quatre (post Révolution Culturelle) sera accompagnée, sur décisions du nouveau leader, de réhabilité des élites, dirigeants et autres purgés ou persécutés. L’objectif étant de renouer avec des forces vives du pays, mais aussi d’assurer une transition post-maoïste, l’objectif était alors de rattraper les retards de développement accumulés entre 1949 et 1976…

Quelle est la principale explication de ce phénomène ? Est-ce lié à un meilleur niveau d’éducation ? A un contexte économique plus favorable ?

Le processus est d’abord et avant tout politique. Le régime est né et vit continuellement (encore aujourd’hui) dans une paranoïa structurelle et conjoncturelle. Le Parti, pour sa survie à la tête de la Chine, craint toutes oppositions fortes, quelque soient les formes de cette opposition : intellectuelles, économiques, religieuses etc.

A partir de 1949, ce sont les « élites rouges » qui font système et donc se partage richesses et pouvoir. Plus précisément, et ce jusqu’à ce jour, ce sont les familles communistes de la première heure qui forment les élites dont l’univers est césuré du reste de la population chinoise (bien qu’éduquée et éventuellement enrichie). Ces « élites rouges » depuis 1921, la fondation du PCC, puis les familles issues des survivants de la Longue Marche (octobre 1934 – octobre 1935) feront le pouvoir (et se le partageront) jusqu’à Xi Jinping. Les descendants, « les Princes Rouges » sont aujourd’hui à la tête du régime et de la Chine, le plus connu et éloquent d’entre eux n’est autre que Xi Jinping, fils de Xi Zhongxun, fidèle de Mao, qui sera purgé durant les périodes évoquées précédemment.

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Les petits-enfants de l'ancienne élite sont-ils plus entreprenants et travaillent-ils davantage ?

Les générations des années 1970, 1980 et 1990 sont celles qui pourront de nouveau s’enrichir, faire des affaires, voyager dans le monde et accumuler biens et richesses… La trajectoire qui donne un lustre parfait est celle de Desmond Shum, dont le livre «  La roulette chinoise » publié en anglais en 2021 et traduit en français et publié en 2022 donne à comprendre ces mécanismes politiques et sociétaux. Les élites doivent toujours faire partie du PCC ou entretenir de bonnes relations avec ce dernier. C’est le gage sine qua non de la réussite. Quelque soit le niveau de l’individu… Des médiocres ont pu être en haut de la pyramide, si bien sûr ils appartenaient au PCC….

Alors que le capital de l'élite avait été détruit il y a 70 ans, son capital social a perduré à travers cette génération. Quelle influence pourraient-ils avoir au sein de la société chinoise ? Pourraient-ils avoir une influence sur le pouvoir, le régime de Pékin ou le Parti communiste chinois ?

Si ces élites n’appartiennent pas au PCC, elles sont dans l’obligation de partager avec le régime des connivences qui servent le Parti. Comme nous l’évoquions plus haut, le PCC veille scrupuleusement à contenir, sinon neutraliser toutes formes d’influence ne venant pas de lui-même. Les années 1990 et 2000, avec l’enrichissement de certaines élites non communistes, laissé penser à certain (parfois eux-mêmes, sinon plus souvent en occident) que la Chine pourrait connaître à terme une forme de démocratisation, sinon d’assouplissement du politique sur l’économie, la société et la politique international. Cette temporalité est éloquente pour bien décrypter l’ADN du PCC. Si cette période (révolue) d’enrichissement a bien eu lieu, ce n’était qu’une tactique du Parti pour améliorer le développement du pays, tout en le contrôlant. D’autre part, ces années (de 1992 à 2012) ont aussi été des années d’intense discussions et rivalités au plus haut niveau du Parti et de l’Etat quant aux décisions à prendre pour limiter l’enrichissement de certaines élites non-communistes et leurs influences croissantes. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping (2012) signe la fin de cette temporalité singulière, euphorique, d’enrichissement et de formes diverses de débats… Le tout pour reprendre le contrôle sur tous les pans de la société et de l’économie qui avaient aux yeux du régime pris beaucoup de vent dans leurs voiles et à terme risqueraient de renverser le régime….

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