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Les médicaments pour tout sont-ils devenus l'excuse pour renoncer à notre hygiène de vie ?
©Flickr

Mauvais remèdes

Les médicaments pour tout sont-ils devenus l'excuse pour renoncer à notre hygiène de vie ?

Le Daily Mail souligne que 8 millions de Britanniques consomment désormais des statines, des médicaments censés lutter à la fois contre le cholestérol, l'infarctus et le stress. En France, 5 millions de personnes en prennent.

Béatrice  de Reynal

Béatrice de Reynal

Béatrice de Reynal est nutritionniste Très gourmande, elle ne jette l'opprobre sur aucun aliment et tente de faire partager ses idées de nutrition inspirante. Elle est par ailleurs l'auteur du blog "MiamMiam".

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Atlantico : Depuis le début du millénaire de nombreuses pilules miracles ont vu le jour et dans de nombreux domaines. Anti-gueule de bois, anti-obésité, anti-cholestérol, de nouveaux remèdes sont ainsi présentés pratiquement tous les mois. Ne faut-il pas paradoxalement s'inquiéter d'une inflation de ces médicaments d'un nouveau genre qui remplacent souvent des habitudes de vie saines ?

Béatrice de Reynal : C’est un peu la maladie du siècle : l’impatience. Vouloir tout, tout de suite est incompatible avec la nutrition et avec la santé, qui se construisent chaque jour petit à petit. Ainsi, vouloir mincir en 3 jours est utopique. Le promettre est mensonge et tromperie. Pourtant, tout, dans nos vies modernes nous pousse à l’impatience, à la recherche d’efficacité immédiate. La preuve ? Ces médicaments qui sont vendus comme étant une excellente alternative médicale à tout écart nutritionnel.

En matière de santé publique, nous sommes dans une situation très perverse où le "service" procuré par une molécule sous caution du corps médical permet de lever tout effort ou contrainte. Attention : pièges !

Les médias anglais s'inquiètent notamment d'une hausse notoire de la consommation de "statines", substance représentée par des pilules censées lutter efficacement contre le cholestérol. Peut-on commencer par faire un bilan de la popularisation d'un tel médicament sur la santé publique ?

Il y a deux problèmes majeurs avec ces molécules : le premier est qu’à lutter contre le cholestérol, on tente de réduire ce marqueur de risques cardio-vasculaires, ce qui n’a pas de sens en soi. En effet, le cholestérol n’est pas un poison ni une toxine : c’est une molécule naturelle, élément de construction de vitamines, d’hormones, de substances indispensables à l’organisme. C’est l’excès du LDL-cholestérol, surtout, qui pose problème. Or, en augmentant la consommation d’acides gras essentiels, vous rééquilibrez ipso facto votre balance cholestérol/triglycérides. Et vous mettez toutes les chances de votre côté pour éloigner les ennuis cardiovasculaires. A condition de prendre soin de votre alimentation dans sa globalité, de ne pas fumer ou de limiter au maximum le tabac, de ne pas consommer trop de boissons éthyliques, de bouger un peu ou un peu plus....

Surtout, la prise de statines, tout comme la consommation d’aliments anti-cholestérol, est comme une absolution nutritionnelle sur tout écart alimentaire, tout excès. Plus besoin de faire d’efforts puisque le médicament ou "l’alicament" est là !!  Or tous ces produits ne devraient être délivrés que dans le cadre d’un régime permettant de réduire le LDL-Cholestérol, le "mauvais" cholestérol. Si vous devez mener une vie de patachon en parallèle, ces traitements sont inutiles, voire pervers !

Autre "formule magique" aujourd'hui tombé en désuétude, la pilule Accomplia commercialisée en 2007 et censée lutter de manière révolutionnaire contre l'obésité. Sachant que ce produit a finalement été retiré du marché en 2012, peut-on en conclure que les méthodes "classiques" en la matière restent finalement plus efficaces ? 

L’obésité est une maladie du comportement alimentaire pour 95 % de ces cas, le reste relevant de causes génétiques. C’est dire que la nutrition n’intervient que dans une petite partie du résultat. Bien souvent, l’obèse ne mange pas forcément plus que les sujets normopondéreux. Prendre une pilule peut faire rêver... mais la réalité est tout autre.

Souvent, ces molécules sont autorisées pour une cible précise : l’obésité au-dessus d’un IMC de 25 ou 30, sur prescription médicale seulement. De fait, la prescription se fait vers les + 10 kg et parfois moins.... D’où la perversité de ces business, qui voient leur succès commercial plutôt dédié aux enrobées des villes, délaissant sur le bord du chemin, tout à leur détresse, les vrais naufragés des surpoids importants, pour lesquels rien ne semble être fait.

Enfin, le Baclofène a été présenté cette année comme une panacée contre la gueule de bois et plus particulièrement l'alcoolisme. Peut-on vraiment imaginer qu'une telle pilule puisse réguler les effets de l'alcool sur notre organisme ?

Les excès de boissons entraînent des "dégâts collatéraux" bien désagréables et souvent préjudiciables à la performance physique et intellectuelle. Le mieux étant, évidemment, de ne pas trop ingurgiter de boissons éthyliques, le "moins pire" étant de boire plus d’eau qu’on ne boit d’alcool afin de mieux métaboliser celui-ci. Que nenni : les fanas préfèrent s’en donner à toutes gorgées, ceci permettant cela. Mais les pilules de ces lendemains-là ne sont pas suffisantes.

Vouloir trouver une solution immédiate et chimique aux effets secondaires d’un mauvais comportement alimentaire n’est pas une solution acceptable pour celle ou celui qui a une certaine idée de soi-même. Ne vallons-nous pas mieux que ces automatismes délétères et synthétiques ?

Pour cette nouvelle année qui arrive, je vous souhaite d’être responsable, de respecter votre corps et votre esprit éthique. Buvez, mais avec responsabilité. Mangez en excès, mais sur un mode exceptionnel. Et entre deux bouchées, s’il vous plait, réfléchissez.

Le sujet vous intéresse ?

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