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Les dangereux arguments employés par les soutiens de la PMA pour toutes
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Loi bioéthique

Les dangereux arguments employés par les soutiens de la PMA pour toutes

Indépendamment du fond même de la légalisation de l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou aux couples de lesbiennes, les débats parlementaires se sont faits sur un certain type d’arguments biaisés dont la banalisation mène droit à un affaiblissement du politique.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico.fr : Les débats sur la loi bioéthique, votée en seconde lecture par l’Assemblée nationale ce samedi, et notamment ceux portant sur l’extension de la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes ont suscité beaucoup de témoignages ou d’exemples personnels dont certains sont devenus des vidéos virales. Caroline Fiat, une députée LFI a notamment mis en avant son exemple de mère célibataire tombée enceinte à 17 ans pour expliquer que son fils désormais adulte allait très bien. Et elle aussi. 

Ces exemples personnels sont-ils pertinents lorsqu’il s’agit de voter la loi ? La loi régissant des situations très personnelles, est-il logique de la construire en les prenant en considération ?

Edouard Husson : Ces exemples personnels sont-ils pertinents lorsqu’il s’agit de voter la loi ? La loi régissant des situations très personnelles, est-il logique de la construire en les prenant en considération ?

Un jour on rendra justice au génie sociologique méconnu de Christophe Castaner, qui a dit: "il y a des cas où l'émotion l'emporte sur la loi". L'état de droit, conquête de la civilisation, est fondé sur la dépersonnalisation des jugements rendus. Qu'il s'agisse du droit romain ou du droit jurisprudentiel des pays anglophones, on juge toujours, à l'origine, par rapport au droit naturel et à la vérité, dans toute son objectivité. La phrase de Castaner révélait, dans une sorte de fulgurance inattendue, que toute la modernité consiste en un long travail de sape de la subjectivité. La modernité a réalisé le vieux slogan du sophiste dans le "Gorgias" de Platon: "Chaque homme est la mesure de toute chose". Se réclamer de son cas personnel pour faire avancer un projet de loi est la négation de l'état de droit. C'est doublement naïf: avec ce type d'argument Madame Fiat donne raison aux adversaires de l'avortement - s'en rend-elle seulement compte ? Surtout elle dit involontairement son adhésion à une société où règne le droit du plus fort, du plus riche, du plus pervers. Ce qui est terrifiant, c'est tous ces gens qui ne se rendent pas compte qu'ils ouvrent la porte à un monde cauchemardesque de trafics d'enfants, de mafias, d'esclavagisme post-moderne. Sans parler du jour où, sous l'empire de la subjectivité, ces enfants conçus loin du droit naturel se révolteront et feront payer à la société le trouble de leurs origines au nom d'une subjectivité exacerbée.  

Atlantico.fr : Au-dela de l’évocation de cas personnels à strictement parler, on a entendu beaucoup d’argumentaires construits sur l’émotion ou sur la description des blessures que représenteraient ce qu’on présente désormais comme des ruptures d’égalité, là où on ne voyait qu’impossibilité biologique. À quel point l’émotion peut-elle apporter un éclairage utile dans les débats parlementaires ? 

Edouard Husson : Les mêmes qui ne cessent de proclamer la faute occidentale et mettent un genou en terre au nom de l'antiracisme sont ceux qui réveillent le pire de l'Occident: le réveil de la tradition prométhéenne qui refuse les limites de la condition humaine. Les mêmes qui ne cessent de vouloir nous accabler de lois écologistes tyranniques sont ceux qui ne croient pas qu'il y ait une nature humaine et qui sont prêts à manipuler le matériau biologique humain. En fait l'émotion n'est qu'un prétexte pour dissimuler la volonté de puissance, le triomphe de l'individualisme absolu. Ajoutons, encore une fois, l'insondable naïveté, sœur du cynisme, qui consiste à faire comme si la réalité humaine manipulée n'allait pas se retourner contre ses manipulateurs. La génération Macron est une génération à qui on n'a pas enseigné les grands mythes de la culture occidentale: Icare, Prométhée, Faust, Frankenstein. Et à qui on n'a jamais enseigné les vraies leçons du nazisme: ils ont oublié le "plus jamais ça" de 1945, sans quoi ils ne voteraient pas pour un texte eugéniste.

Atlantico.fr : Un des arguments souvent revenu dans ces débats, y compris dans la bouche du garde des sceaux Eric Dupont-Moretti, a été celui de la nécessaire prise en compte de comportements qui existent de toute façon, légaux ou non. Devient-il de plus en plus difficile de prendre en compte l’impact civilisationnel des lois sociétales ? Que gagnons-nous et que perdons-nous en construisant notre pensée politique sur la satisfaction des désirs individuels plus que sur la prise en compte de systèmes de valeurs ? 

Edouard Husson : Avec l'argument de Dupond-Moretti, on justifie les plus grands criminels. Il faut bien prendre en compte des comportements qui existent, légaux ou non. En fait, notre petit monde parisien, qui est derrière cette loi infâme, a quelques maîtres à penser, quelques divinités tutélaires, tout à fait avouées d'ailleurs. Sade et Heidegger. Il suffit de lire les passages philosophiques de Sade pour comprendre comment la subjectivité absolue débouche sur le droit du plus fort. Sade est le premier philosophe nazi, avant Nietzsche. Et avant Heidegger, qui est devenu la seconde divinité tutélaire du parisianisme. Aujourd'hui on sait grâce aux travaux de Farias, Faye, Rastier et bien d'autres - on sait aussi grâce à la publication des Cahiers Noirs - à quel point l'imposteur intellectuel de la Forêt Noire s'est voulu le penseur du nazisme. Or depuis 1945, être un intellectuel digne de ce nom à Paris, c'est donner de la respectabilité à Heidegger, c'est-à-dire à une oeuvre dont l'obsession aura été de saper toute la rationalité occidentale, de Platon à Husserl. Mon maître Claude Tresmontant disait souvent: "Les plus grandes catastrophes humaines commencent toujours d'abord par des erreurs dans l'ordre de la pensée"

Notre pays a accueilli Anselme, Albert, Thomas, Duns Scot et tous les géants de la théologie médiévale. Nous avons été un pays phare de la Renaissance  et de l'humanisme. C'est-à-dire que nous avons contribué de façon majeure à forger l'état de droit et l'universalisme humaniste. Dans nos livres d'histoire, on se souviendra un jour du "règne" d'Emmanuel Macron comme du point le plus bas: celui de la négation par le législateur de l'héritage judéo-chrétien et rationaliste, du triomphe de l'individualisme le plus abject sous le masque de l'émotion compassionnelle.  Tout ceci étant la préoccupation d'un milieu étroit, replié sur lui et se moquant totalement de la réalité d'une société qui souffre profondément.  

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