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Les condamnations d’attentats distribuées à la mosquée des Mureaux sont rédigées... en Arabie saoudite
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Tiens donc

Les condamnations d’attentats distribuées à la mosquée des Mureaux sont rédigées... en Arabie saoudite

A la mosquée des Mureaux (Yvelines), les condamnations des récents attentats en France viennent directement... d'Arabie Saoudite.

Alexandre Mendel

Alexandre Mendel

Alexandre Mendel est un journaliste d'investigation et de terrain. Il est le premier en France à s'être intéressé au départ pour l'État islamique des vingt djihadistes de Lunel.

Son dernier ouvrage est La France djihadiste  

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Jamais responsables. Jamais complices. Tous des saints. Tous contre l’Etat islamique. Tous innocents. Ils sont sympas les imams salafistes… Ils mettent à disposition des fidèles des plaquettes pour se déresponsabiliser, au cas où. Le meurtre du couple de policiers, dont le mari était commandant de police aux Mureaux, n’est évidemment que le résultat croisé et fortuit d’un "loup solitaire" et du "commerce libre et légal de couteaux".

Couteau + loup solitaire = attentat. Voilà l’équation dans les mosquées. Equation sans inconnue, c’est-à-dire sans l’islam. Mot presque toujours absent de ces fausses équations pour vrais bien-pensants.

Je ne sais si Larossi Abballa, ce terroriste formé au djihad en Afghanistan et au Pakistan, objet d’une fiche S et lâche assassin d’un couple en charge de la sécurité du pays dans lequel il vivait, a pu fréquenter la mosquée salafiste des Mureaux. Mais je sais que la mosquée des Mureaux, que j’ai visitée pour les besoins de mon livre La France Djihadiste, peut d’ores et déjà être considérée comme soulagée : il n’y a pas de prosélytisme barbare. Les plaquettes – qu’aucun fidèle salafiste ne lit – le proclament.

Enfin… C’est ce que racontent justement ces tracts édités en Arabie Saoudite (connue par son immense liberté religieuse) et traduits en français. À la mosquée des Mureaux, perquisitionnée au début de l’état d’urgence, les responsables ne récitent même plus de discours. Lorsque je me suis enquis du départ d’un certain nombre de jeunes de cette cité des Yvelines, département connu pour sa radicalisation extrême, on m’a remis un document intitulé Position de la Salafiya face aux actes criminels perpétrés à Paris.

Intéressant petit fascicule qui, évidemment, innocente les salafistes. Extrait : "Il n’est pas impensable que cet acte [à l’époque, l’attentat contre Charlie Hebdo, NDLR] soit en réalité une offense visant à porter préjudice aux adeptes de la sunna en particulier et à l’ensemble des musulmans résidant en France…"

Comprendre : "C’est sans doute un complot". Tout le tract est du même tonneau. On est heureux d’y apprendre que "les gens raisonnables, parmi les juifs, les chrétiens et autres ont respect et estime envers les salafis. Ils sont apaisés vis-à-vis des adeptes de la Sunna et savent pertinemment que le problème ne provient pas d’eux".

On se réjouit de savoir que seuls sont raisonnables les mécréants qui sont d’accord avec les salafistes. Le reste ? Sans doute des fous, soit l’inverse de gens raisonnables. La voilà, la vraie équation.

Soyons attentifs aux prêches en ce temps de Ramadan. Ils seront plus durs que jamais. C’est la période de la Zakat, de l’aumône en liquide. C’est la période du cash flow. En un mois, les mosquées financent une année de prières. Même républicaines (ou supposées telles), elles vont baisser d’un ton dans la condamnation de l’islam radical. Sinon, les radicaux, généreux donateurs, iront voir ailleurs. Elles sont chouettes ces plaquettes ! Elles exonèrent les imams, et leur permettent de se taire. Vous voulez une condamnation du terrorisme ? "Tenez, prenez cette petite plaquette." Mais ne la ramenez pas trop car "cépaçalislam", c’est écrit par des Wahhabites qui acceptent qu’on tabasse les femmes et rejettent l’homosexualité. C’est donc vrai.

Un peu comme si les nazis avaient édité dans les kommandanturs des feuillets "c’est pas ça le nazisme" à chaque fois qu’un groupe de résistants était fusillé. Mais les Allemands, au moins, assumaient pleinement leur idéologie meurtrière. Modérés comme salafistes, républicains ou Frères musulmans : personne, et surtout pas l’islam, n’est coupable de quoi que ce soit en ce bas monde.

Dans les Yvelines, c’est un poignard qui a tué un couple de policiers. Ce n’est pas un islamiste. C’est un vulgaire couteau. On verra fleurir bientôt des plaquettes explicatives, à destination des journalistes, pour nous dire que "l’islam n’a rien à avoir avec les poignards et condamne fermement la vente de couteaux". Avec une mention toujours aussi ridicule : "Et d’ailleurs les juifs et chrétiens raisonnables sont d’accord avec nous : les poignards sont dangereux. Puisque nous, wahhabites, vous le disons, c’est fiable".

Pour un Hassan Chalgoumi (l’imam star de Drancy) qui prêche dans le désert et que la jeunesse musulmane déteste presque autant qu’un croisement entre Bachar el-Assad et Benyamin Netanyahu, combien de ces "modérés" salafisés pour hausser des épaules et dire : "On condamne les attentats dans ces tracts qui ne sont d’ailleurs même pas les nôtres !" ?

Non seulement le Ramadan a démarré en suivant une pente glissante de haine et du sang versé dans les Yvelines et à Orlando, mais il sera aussi l’occasion, besoin d’argent frais aidant, de se taire. Après tout, pourquoi pas ? Les journalistes bien-pensants trouvent que les imams taiseux sont de gentils républicains. Et luttent à la fois contre l’islamisme et les amalgames par leur seul silence.

Sauf que… Sauf que… Comme d’habitude, on ne verra pas de manifestations de musulmans. Après les attentats du 13 novembre 2015, seulement cinquante d’entre eux avaient protesté place du Trocadéro à Paris. Aujourd’hui, le Ramadan les occupe. Tandis que les terroristes islamistes réfléchissent déjà, entre deux repas de rupture de jeûne, à ce que sera le prochain attentat : une fan-zone de l’Euro 2016, une école républicaine à la rentrée, un village éloigné de la Lozère ou de la Creuse. Quelle équation, ce jour-là, nous proposeront les wahhabites dans leurs plaquettes ?

Que "l’islam aime l’école, les villages et le foot". Et que "les chrétiens et juifs raisonnables le savent bien". Les tracts sont sans doute déjà préparés. Et traduits en français. La langue de Voltaire. Celle que parlait le couple de policiers lâchement assassiné par un crétin, fou d’Allah, qui se moquait bien de savoir combien de plaquettes seront éditées pour l’Arabie Saoudite pour dire que non, définitivement non, l’islam, ce n’est pas ça.

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