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Les compagnies aériennes étouffent, les constructeurs d’avions exultent
©REUTERS/Luke MacGregor

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Les compagnies aériennes étouffent, les constructeurs d’avions exultent

Les milieux d’affaires occidentaux peuvent se réjouir des formidables contrats décrochés ce week-end par les deux grands constructeurs aéronautiques du monde. Boeing et Airbus ont signé au salon de Dubaï plus de 150 milliards de dollars de commandes. C’est énorme, historique même. C’est surtout mieux que les 100 milliards de dollars du dernier salon du Bourget, mais gare aux dégâts collatéraux.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Cette fois-ci, le gagnant est l’américain Boeing qui a vendu pour 95 milliards de dollars de son futur long-courrier, le 777X. Produit en 2017, il sera mis en service à partir de 2020. Cet avion est construit pour concurrencer l’A350 et l’A380. Avec près de 70 milliards de dollars en commande, Airbus entend bien challenger son rival américain et profiter de son avance en multipliant les versions afin de coller au mieux au marché et répondre aux compagnies aériennes. Mais l’évènement n’est pas là. L’évènement c’est que ce marché marque une nouvelle fois la montée en puissance des compagnies du Moyen-Orient et l’étouffement progressif des plus anciennes compagnies occidentales.

Ces commandes ont été passées par les compagnies du Golfe : Emirates et ses 150 achats chez Boeing, Qatar Airways, Etihad… Les compagnies du Golfe sont en train de se constituer les plus grosses flottes du monde et se préparent à dominer le ciel mondial. Les occidentaux sont incapables de lutter pour trois raisons. 

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La première, c’est que ces compagnies du Moyen-Orient ont beaucoup d’argent à investir. Le développement des compagnies aériennes et la prise de part de marché sur le ciel fait partie des axes stratégiques de développement.

La deuxième raison, c’est que les pays du Golfe sont au centre du trafic aérien long courrier. Le Qatar est à mi-chemin entre l’est et l’ouest, entre l’Amérique et la Chine. Mais à mi-chemin aussi, entre le nord et le sud, entre Berlin et Sydney en Australie. Cette position géographique fait que ces pays du Golfe ont créé des plateformes parmi les plus importantes du monde. C’est vrai pour le transport des marchandises, le made in China ou le made in India arrive à Dubaï pour y être dispatché vers les différents marchés en Europe et aux États-Unis. Mais ce qui se passe pour les marchandises, touche aussi le développement du transport de passagers. Les pays du Golfe sont devenus des escales incontournables.

La troisième raison, c’est que les compagnies qui jouissent d’une position géographique des plus intéressantes, offrent aussi les tarifs parmi les plus attractifs. Et pour cause, les prix du carburant sont, dans le Golfe, les moins chers du monde. Les compagnies aériennes se sont juré d’être imbattables sur le prix du ticket et sur le service. A la limite, ces avions peuvent voler avec du carburant gratuit.

Pour les autres compagnies, la concurrence est sévère. Faites l’expérience sur le premier comparateurs de prix venu : Emirates arrive en tête des prix dans la plupart de ses routes. Et ce, pour une qualité de service qui vaut bien celle d’Air-France.

Aujourd’hui, les compagnies occidentales n’ont qu'une réponse : se regrouper pour dégager de la synergie. Sur les passagers comme sur les fournitures à commencer par le pétrole. Air-France-KLM est condamné demain à intégrer Alitalia et à se rapprocher de Lufthansa.

Les commandes massives d’avion Airbus et Boeing mesurent la vigueur de la reprise économique dans les pays émergents. Elles marquent aussi le début d’une nouvelle vague de consolidation dans les compagnies aériennes. Seul moyen de survivre. Il ne faudrait pas que le succès des constructeurs américain et européen, entraine l’échec des compagnies occidentales. Air-France, Lufthansa, Delta, transportent des passagers. Emirates ou Qatar Airlines, eux aussi, de plus en plus. Mais en plus, ils font la guerre avec l’intention de la gagner. On pourrait peut-être s’en inquiéter, non ?

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