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Les chefs d’entreprise ne supportent plus les polémiques politiciennes stériles qui empêchent l’examen des vrais problèmes
©Ludovic Marin / AFP / POOL

Atlantico Business

Les chefs d’entreprise ne supportent plus les polémiques politiciennes stériles qui empêchent l’examen des vrais problèmes

La société française est devenue folle. Elle passe son temps à débattre sur des questions culturelles et identitaires et en oublie de traiter les vrais problèmes de son déclin et de sa survie. Le débat verbal consomme l’énergie qui serait nécessaire à créer de la richesse, et de l’influence.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La majorité des chefs d’entreprise ne disent rien mais sont atterrés. Depuis plus d’un an, ils se débattent comme des beaux diables pour tenir leur activité en équilibre, tout en luttant contre cette pandémie qui n’en finit pas. Alors que les vrais problèmes s’accumulent dans les hôpitaux, les agences de Pôle emploi, que les avions ne volent toujours pas et que les écoles et les universités tournent au ralenti... Alors que l’Etat fait les fins de mois d’une majorité d’agents économiques, qu‘il contracte une dette qu’il faudra bien rembourser... Pendant ce temps-là, l’opinion publique assiste médusée au spectacle d’une classe politique qui se répand dans des débats stériles, marginaux, clivants, pseudo-sociétaux, quand ça n’est pas les intellectuels eux-mêmes qui se vautrent dans la vulgarité la plus médiocre et détruit ce qu’il reste de l’industrie du cinéma. Le pire, c’est que ce soir-là, les animateurs des Césars pensaient défendre leur métier. 

Le comble de tous ces débats qui ont été relayés par l’espace médiatique et les instituts de sondage ces dernières semaines, a été porté par cet interminable examen des risques de l’islamo-gauchisme. A partir d’une vraie tragédie : l’assassinat de Samuel Paty, on est parti en  vrille autour de la liberté individuelle de pensée, au cœur des valeurs de la République. On a même entendu la présidente de l‘UNEF qui, pour attraper sa part de  lumière, s’est permis des énormités raciales et racistes, ou Audrey Pulsar qui a essayé, en vain, de lancer sa  campagne politique. Ce débat autour du racisme, de l’islamo-gauchisme ou même de l’islamophobie n’est que le produit d’une gauche française qui a perdu ses repères, ses valeurs et qui du coup, se débat dans l’ambiguïté et la confusion pour retrouver ses clients. Mais comme la gauche a beaucoup imprégné l’Education nationale et le monde des intellectuels, ce débat se répand dans toute la société et occulte une fois de plus l’essentiel. Et c’est insupportable.  

Mais ce n’est pas tout, quand l’opinion se lasse de la stigmatisation de faits divers, souvent sordides, on plonge tête baissée dans les querelles de chiffres sur le Covid, avec l’ombre instrumentalisée du professeur Raoult, ou le propos glaçant d’un Francis Lalanne qui dans n‘importe quel autre pays démocratique, risquerait d’être inquiété pour mise en danger de la démocratie. 

Les chefs d’entreprises, pourtant mal aimés, sont sans doute les derniers animaux de cette époque à s’agripper aux conditions réelles de la vie. Ils connaissent les vrais problèmes. Il faut que l’économie fonctionne, il faut que la machine à créer des richesses continue de tourner, coûte que coûte et peut-être même quoi qu’il en coûte.

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Pour le monde des affaires, la stratégie qu'il faudrait appliquer est claire et précise, exactement comme dans une entreprise.

1er point : on fixe l’objectif, sortir de l’épidémie.

2e point : mobiliser tous les moyens pour atteindre cet objectif et la chance aujourd’hui est d’avoir découvert des formules de vaccin très rapidement. 

3e point : mettre tout en œuvre pour réaliser les campagnes de vaccination massive, de façon à protéger le maximum d’êtres humains. On commence par ceux qui sont les plus âgés et les plus porteurs de risque, ce qui permet de soulager les services hospitaliers et permettre le traitement des autres pathologies.

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4e point : il faut évidemment organiser et gérer une telle aventure vaccinale et c’est sans doute le plus difficile.

Alors, les critiques ne manquent pas contre le système politique, l’administration, ses lenteurs, son manque d’anticipation, son manque d’expertise, les déficits de moyens et les excès d’ego.

Les critiques sont telles que les chefs d’entreprise ne comprennent pas qu’on n’ait pas testé et tracé plus vite qu’on ne l’a fait pour isoler les cas contacts. Ils ne comprennent pas qu‘ils n’aient pas disposés eux-mêmes des tests pour protéger leur salariés. Ils comprennent d’autant moins les disfonctionnements que beaucoup d’organisations patronales ont pris en main, parfois contre la loi, la mise en œuvre de mesures de protection. Ils sont allés eux-mêmes chercher les masques, les tests et sans doute, ces dernières semaines des vaccins qui étaient bloqués pour des raisons de maladresse, d’inexpérience logistique ou même pour de basses raisons politiques.

Le chef d’entreprise est ainsi fabriqué qu‘il se donne des obligations de résultats. C’est la grande différence, avec les dirigeants du système de santé qui, eux, ne se reconnaissent même pas des obligations de moyens.

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Mais ce qui est incompréhensible aux yeux des chefs d’entreprise, c’est la faillite politique. Pas la faillite de la gouvernance en place qui n’avait pas le choix mais la faillite des corps intermédiaires.

Pendant toute cette période, depuis plus d’un an, les corps intermédiaires politiques et syndicaux se sont noyés dans la critique systématique, sans que jamais n’émerge une stratégie alternative. Une politique cohérente et responsable. Plus grave, face au doute et à l'anxiété de l'opinion, on ne connaît pas un responsable politique ou syndical qui aurait fait la pédagogie de la vaccination par exemple. Pas un qui aurait apporté son expertise pour continuer au calme ou à la sécurité. Au niveau régional, quelques maires ont fait le job parce qu’ils étaient les pieds sur terre, près des malades.

Quant aux syndicats, qui ont la main sur la médecine du travail, on les attend encore pour faire la promotion du testing, du traçage, et de la vaccination. Ils sont restés, pour la plupart aux abonnés absents, pleurant parfois sur les perversions du télétravail qui introduisaient trop de distance, pourtant nécessaire.

Quand on évalue toutes les difficultés, on sent bien qu’il faudra, un jour, revenir sur le principe de précaution qui paralyse toutes les initiatives et empêche de prendre le moindre risque. On sent bien aussi qu’il faudra mettre à plat la sanctuarisation extrême de la liberté individuelle, quand l’exercice de cette liberté risque de mettre la vie des autres en danger. La France n’a jamais pu casser les chaines de contamination parce que le gouvernement n’a jamais osé installer le traçage digital et l’isolement des cas positifs. Le traçage ressemblait trop au « flicage »  et l’isolement à l’enfermement.

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Pour les chefs d’entreprises, c’est incompréhensible et dangereux.

Face à tous ces vrais problèmes, la classe politique a tout fait pour opposer notre culture, notre identité et nos traditions, même au prix de la ruine de l'économie par le choix du confinement ou du risque de la mort.

A la réflexion, l’instauration en France du permis de conduire à points ou de la ceinture de sécurité, ou même, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, a dû tenir du miracle. On se demande comment un pays aussi attaché aux droits de l’Homme, à la démocratie et à la liberté individuelle a-t-il pu adopter, puis respecter des mesures aussi liberticides.

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