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Les Arvernes : "Voter pour Emmanuel Macron, c’est porter Jacques Attali au pouvoir. Gare à la réaction des naïfs du centre et de droite quand ils comprendront qu’ils ont été floués"
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Mise en garde

Les Arvernes : "Voter pour Emmanuel Macron, c’est porter Jacques Attali au pouvoir. Gare à la réaction des naïfs du centre et de droite quand ils comprendront qu’ils ont été floués"

Les Arvernes mettent en garde contre les conséquences d'une défaite de François Fillon. La droite mérite un candidat de droite, mais ce n'est pas Emmanuel Macron qui peut combler ce manque aujourd'hui.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Atlantico : Vous êtes critiques sur les hauts fonctionnaires qui se déclarent soutenir Emmanuel Macron : pourquoi ? 

Les Arvernes : Les fonctionnaires, et beaucoup parmi nous font partie de la fonction publique, sont tenus au devoir de réserve et à l’obéissance hiérarchique. 

On a trop souvent toléré des comportements inadmissibles en la matière, que l’on songe par exemple aux frasques répétées de l’Ambassadeur Gérard Arrau qui, pour ses déclarations sur Donald Trump, puis sur l’élection présidentielle, aurait dû immédiatement être mis à pied. 

Que certains hauts fonctionnaires qui se disent de droite fassent écho de leur ralliement à Monsieur Macron est à cet égard regrettable. Mais ce n’est pas surprenant : un plat de lentilles vaut mieux que pas de plat du tout. 

N'est-ce pas contradictoire, alors que vous prenez vous même parti ? 

Nullement. D’abord, beaucoup d’entre nous ne sont pas fonctionnaires. 

Ensuite, nous sommes un groupe qui s’est toujours affiché et assumé comme de centre droit. Il n’est que logique que nous soutenions notre famille politique.

Enfin, l’on peut sans doute nous reprocher bien des choses, mais pas d’avoir manqué de sévérité à l’égard de la Droite et du Centre.

Vous mentionnez l’anonymat : n’est-ce pas une sorte de lâcheté ?

L’anonymat n’est pas un choix, c’est une nécessité. 

Les Français l’ignorent, mais le spoil system a rongé l’appareil d’Etat de l’intérieur. De manière systématique, la gauche, avec d’ailleurs la complicité passive voire active de la droite au pouvoir, a placé ses hommes et ses femmes dans l’appareil d’Etat et le secteur public, et fait la chasse aux hauts fonctionnaires de droite et du centre. Dans ce contexte, il est nécessaire pour certains d’entre nous de demeurer anonymes, sauf à voir nos carrières professionnelles brisées.

C’est une des différences majeures que nous cultivons avec les Gracques, qui, eux, sont soutenus et ont entièrement infiltré l’appareil d’Etat, avec pour navire amiral Jean Pierre Jouyet (lequel loin de s’en cacher s’en félicite).

Enfin, toutes proportions gardée, qu’il soit permis de rappeler que des personnes beaucoup plus illustres que nous ont eu recours à l’anonymat. Blaise Pascal, dans son combat contre les jésuites, par exemple, y a eu recours ; il en est sorti Les Provinciales…

Quel regard portez-vous sur cette élection ? 

Après 5 ans d’un gouvernement lamentable, d’une présidence désastreuse, qui laisse la France non réformée, décrédibilisée sur la scène européenne et mondiale, l’alternance était écrite. Or elle est aujourd’hui très hypothéquée.

Si sur un malentendu historique Emmanuel Macron - ou Marine Le Pen - était élu, une bien grande responsabilité pèserait sur les chefs de le Droite et du Centre. 

Il faudra aussi s’interroger sur le soutien extraordinaire que la presse écrite, internet et audiovisuelle aura apporté à Emmanuel Macron, au mépris de toute indépendance et de tout sens critique. 

Y a-t-il un candidat qui a plus votre faveur et si oui pourquoi ? 

Nous l’avons dit. Contrairement à d’autres, nous croyons à la cohérence intellectuelle. Le candidat de la Droite a été désigné, sans bavure. Nous le soutenons donc, sans réserve, mais non sans esprit critique. 

Vous dites « c’est le seul candidat de Droite ». Qu’est-ce qu’être de droite selon vous ? 

C’est le combat que nous sommes efforcés de mener depuis que nous nous sommes constitués en 2012. Nous avons considéré que le quinquennat de Nicolas Sarkozy était un échec, car, comme Jacques Chirac avant lui, il s’est avéré incapable de donner à la France la politique qu’elle réclame : une politique de droite. 

Etre de droite c’est d’abord considérer que les questions de la Cité, du vouloir-vivre ensemble (respect de la loi, culture, éducation, immigration) priment sur les questions économiques. A ce titre, la France a besoin d’ordre, elle a besoin d’un pouvoir fort, qui fasse respecter la loi et défende notre façon de vivre. 

Etre de droite, c’est ensuite, en matière économique, faire évoluer le curseur des politiques publiques, qui s’est égaré dans le mantra néo keynésien, vers l’offre, la réduction de la dépense publique, l’investissement dans les questions économiques de souveraineté. 

Etre de droite, enfin, c’est considérer que la France prime, et la protection de ses intérêts vitaux.  En un mot, le multilatéralisme, notamment européen, est un moyen, et non une fin.

Selon vous Emmanuel Macron n’est pas droite ? 

C’est François Hollande, dont il a été l’un des principaux inspirateurs, relooké par les médias et par une partie de l’intelligentsia qui a, à rebours de son échec depuis trente ans, a trouvé un moyen de conserver son pouvoir. 

C’est, plus généralement, non pas le premier des modernes, mais le dernier des anciens. La politique à l’ancienne, c’est la politique technocratique, celle qui donne raison à tout le monde et ne veut fâcher personne, sauf bien sûr le vilain populiste. En un mot, c’est la politique sans vision, sans nerfs, sans colonne vertébrale autre qu’une ambition personnelle. En un mot, Emmanuel Macron, c’est la politique sans la politique.

Voter pour Emmanuel Macron, c’est porter Jacques Attali au pouvoir, trente six ans après le désastre de 1981. Gare à la réaction des naïfs du centre et de droite quand ils comprendront – mais trop tard – qu’ils ont été floués.

Vous existez depuis 2012 : quel regard portez-vous sur l'action que vous avez menée et sur l'évolution de la Droite et du Centre

Nous avons le pessimisme de la lucidité et l’optimiste de la volonté (rires).

La lucidité oblige à constater que le travail de refondation de la droite, c’est à dire des idées et des personnes, pour lequel nous nous sommes battus, n’a pas été conduit. C’est, selon nous, la raison essentielle pour laquelle cette élection pourrait être perdue, au plus grand malheur de notre pays.

Mais nous sommes volontaires. Nous recrutons beaucoup. Surtout, nous ne doutons pas que les solutions que nous proposons sont celles dont le pays a besoin. En ce sens, nous sommes faits pour durer.

Pour revenir à la haute administration : peut-il selon vous y avoir alternance sans changements dans la haute administration ? 

Non et c’est précisément l’un des problèmes majeurs de notre pays, qu’a bien analysé Daniel Halévy en parlant de « constitution administrative de la France ». 

La gauche hollandienne a, au mépris des principes de gestion les plus élémentaires et de la tradition républicaine, placé un nombre considérable de personnes à des postes clés au cours des derniers mois (exemple parmi tant d’autres : l’ex directrice de cabinet de J.Cahuzac, directrice du budget à 39 ans !)

Cela signifie que si la Droite revient au pouvoir, elle devra gouverner avec beaucoup de hauts fonctionnaires hostiles à sa politique. C’est exactement ce qui s’est passé avec Nicolas Sarkozy, dont l’essentiel des collaborateurs en matière économique (à une ou deux exceptions notables comme Xavier Musca) était clairement socialiste. On a vu le résultat. Sans changement des hommes, pas de changement de politique.  Si la droite gagne les élections, mais ne procède pas à un changement immédiat des quelques deux cent principaux hauts fonctionnaires, il n’y aura pas d’alternance, et le hollandisme continuera.

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