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Les 5 fronts de la stratégie Trump
©Reuters

Jeux d'echec

Les 5 fronts de la stratégie Trump

Une bourse qui achète de la croissance, des pressions sur les monnaies étrangères, 50 milliards en plus pour les dépenses de l'armement, 1000 milliards en plus pour le secteur pétrolier... Depuis sont arrivée au pouvoir, la stratégie de Donald Trump se met en place.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Acte 1 : une bourse en hausse qui « achète » plus de croissance

Donald Trump sait que la psychologie est décisive, surtout en matière boursière : rien de plus rapide, de plus entraînant, mais il ne faut surtout pas décevoir ! « Le marché boursier a gagné trois trilliards de dollars depuis l’élection du 8 novembre, un record » dit le 29 février le Président Trump devant le Congrès, et ceci avant Snapchat (30 milliards, 30% de plus que Renault en un jour) !

Le Dow Jones dépasse 21000, contre 17900 début novembre. +16% en quatre mois et +12% pour le Nasdaq. De proche en proche, cette montée de la bourse américaine entraîne toutes les autres avec, en arrière-plan, l’idée que la croissance américaine va s’accélérer. Elle passerait à 3,5% en 2018 pour Steven Mnuchin, le Secrétaire d’Etat au Trésor. Cette croissance interne devrait aider l’emploi, au-delà du plein emploi actuel, par l’engagement de grandes entreprises (Ford, Fiat-Chrysler, General Motors, Sprint, Softbank, Lockheed, Intel, Walmart…) d’investir massivement dans le pays, puis par des mesures de simplifications administratives et d’autres, plus directement protectionnistes (par rapport au Mexique et à la Chine). Pour Donald Trump, toujours selon son discours au Congrès, il s’agit de ramener 94 millions d’Américains sur le marché du travail et d’en extraire 43 de la pauvreté.

Acte 2 : une série de pressions sur le Yuan, le Yen et l’euro

Toujours pour aller vite et consolider la reprise en réduisant l’importation et en favorisant l’exportation, le Président Trump a en ligne de mire les plus importants déficits commerciaux américains. Le déficit total vient en effet de passer le niveau record de 502 milliards de dollars en 2016, avec 347 milliards de déficit chinois, 69 japonais, 65 allemand et 63 mexicain.

Concernant le yuan, Donald Trump continue de dire que la Chine est un « grand manipulateur », même si son Secrétaire au Trésor temporise.  Des études vont se poursuivre à ce sujet dans le cadre du Trésor et S. Mnuchin a demandé à Ch. Lagarde de renforcer sa propre politique de surveillance. Le message a été reçu par la Chine qui freine la dépréciation de sa monnaie : surveillance des crédits internes et limitation des sorties de capitaux.

S’agissant du yen, en dépit de propos vengeurs, il semble que D Trump a trouvé un terrain d’accord avec le Premier Ministre Abe (des promesses d’emplois aux Etats-Unis ?). La valeur externe du yen n’est donc plus, pour le moment, en question. Attendons.

Reste l’Allemagne, dont l’excédent commercial avec les Etats-Unis irrite le Président américain. De fait, l’euro est faible par rapport à l’Allemagne, mais ceci ne peut être corrigé rapidement ! Angela Merkel a pris le devant de ces critiques lors de la Conférence de Munich sur les affaires internationales, en disant que la Banque Centrale Européenne était indépendante. Mais la vraie question va être de freiner la montée du dollar quand la Fed va monter ses taux, du fait de la politique de Donald Trump...

Acte 3 : 50 milliards de plus de dépenses d’armement, 1000 milliards de grands travaux et plus de pétrole.

Des dépenses d’armement, pour des raisons politiques bien sûr, mais aussi parce que le Président sait que ceci sera accepté sans problème par le Congrès. Il n’en sera pas de même pour les dépenses d’infrastructure, qui impliqueront une montée du plafond de la dette. Quant au pétrole, il est également un message pro-croissance et pro-revenus fiscaux. Il s’agit là d’un package.

Acte 4 : une politique fiscale qui soutient l’exportation, en même temps que les traités de commerce vont être revus (NAFTA) ou dénoncés (TTIP)

La politique fiscale concerne le projet de taxes (DBCT, Destination -  Based – Cash-Flow – Tax) qui veut faire en sorte que les profits des entreprises US à l’export ne soient pas taxés ! On l’imagine, le processus sera complexe, mais est en première ligne des travaux du Congrès. Cette Taxe sera la base de la politique fiscale de D Trump, plus encore peut-être que la baisse des impôts sur les sociétés (qui interviendra ensuite, pour solde en quelque sorte). C’est ce que la bourse attend, les grandes sociétés exportatrices américaines ayant fait part de leur enthousiasme.

D Trump manifeste son « désir » de rapatriement des activités offshore et son opposition à toute fermeture d’usine. Il veut ainsi chambouler les chaînes de production et rapatrier non seulement de la valeur ajoutée, mais plus encore de l’emploi. D’où son intention de renégocier le NAFTA, avec le Mexique et le Canada, sachant qu’il vient de signer un executive order indiquant que les Etats-Unis se retirent du Traité Trans Pacifique.

Acte 5 : déréguler les banques et contrôler la Fed

Le 31 janvier, le Représentant Patrick McHenry envoie une lettre à Janet Yellen lui demandant de mettre en pratique la doctrine présidentielle  America First. Ceci est contradictoire, dans son esprit, avec la participation de la Fed à divers comités internationaux, comme le Comité de Bâle et à l’élaboration de règles mondiales, comme celles de Bâle sur la sécurité bancaire. This is unacceptable ajoute le Représentant, qui demande à la Fed de cesser ce genre d’activités, jusqu’à ce que le Président nomme des « fonctionnaires qui mettent la priorité sur les meilleurs intérêts de l’Amérique » !

Janet Yellen vient aussi de recevoir une lettre de plus de 30 membres du Congrès lui demandant de ne plus prendre de décisions en matière de régulation jusqu’à ce que le successeur à Daniel Tarullo soit nommé. Le 28 février, le Comité des services financiers de la Chambre des Représentants publie un rapport préparé par les services républicains qui juge le processus de désignation d’acteurs systémiques non bancaires par le Financial Stability Oversight Council (FSOC) « incohérent et arbitraire ». Ces désignations « arbitraires » mettent en danger la stabilité du système financier. J. Hensarling, Président du Comité, s’est appuyé sur ce rapport pour réaffirmer le bien-fondé des réformes prévues dans sa proposition de loi (Choice Act), qui prévoit de retirer au FSOC son autorité de désignation d’institutions systémiques. D’autres mesures se préparent pour réduire, au moins, le Dodd Franck Act qui surveillait et limitait les activités bancaires, suite à la crise de 2008. L’équipe de D Trump veut assouplir les règles, pour que le crédit soit plus facile.

Mais la Fed, par la voix de Janet Yellen a annoncé qu’elle maintenait le programme de stress tests. La Fed s’apprête à monter ses taux, en mars sans doute. Et ceci va se poursuivre d’autant plus que la politique de surchauffe de D Trump se met en place. Il y a donc tout lieu de penser à une contradiction croissante entre la politique fiscale et la politique monétaire et plus profondément avec la Fed, responsable non seulement de la stabilité monétaire (la lutte contre l’inflation) mais plus encore de la stabilité financière (la qualité du système bancaire et financier). Là, la bourse risque de moins aimer.

Au total, les mesures proposées par Donald Trump entrent dans une politique de soutien à la croissance américaine qui exercera des effets positifs (emploi, bourse), mais aussi inflationnistes, potentiellement déstabilisants et non coopératifs. Rien n’est donc dit. La bourse pourrait s’en soucier… un jour.

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