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Le travail a pris une place plus importante dans la vie de 31% des actifs français.
©JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Atlantico Business

Les 2/3 des Français regrettent la vie d’avant, celle du travail en entreprise

La machine à café, le lien social, les déjeuners et discussions informelles… La très grande majorité des salariés sont en manque de liens socio-professionnels, de réunions, de contacts réels plus que virtuels, de déjeuners et de discussions. En bref, le télétravail entraîne des frustrations insupportables. Une étude réalisée sous la responsabilité de Flavien Neuvy, Directeur de l’Observatoire Cetelem.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ce sont les Zooms de l’Observatoire Cetelem, accompagnés par Harris Interactive, qui ont interrogé 1 000 Français sur leur rapport au travail et à ses nouvelles modalités, pour savoir si la crise sanitaire et ses conséquences dans la sphère professionnelle avaient changé la place du travail dans la vie quotidienne des Français. Savoir plus précisément :

Comment le développement massif du télétravail est-il accueilli ?

Les salariés sont-ils favorables à sa généralisation ?

Sa pratique, depuis un tiers lieu, comme un espace de coworking, va-t-elle s’intensifier ?

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Les principales réponses à ce sondage vont créer la surprise :

Suite à la crise sanitaire, le travail a pris une place plus importante dans la vie des actifs français pour 31% d’entre eux, notamment chez les jeunes (41%), mais l’épanouissement est pourtant négativement impacté. Près de 6 actifs sur 10 (58%) se sentent épanouis dans leur travail et seuls 17% des actifs vont jusqu’à s’estimer très épanouis.

D’autant que les actifs s’inquiètent pour leur avenir. Pour environ 1 actif occupé sur 3, la crise a eu un effet délétère sur ses perspectives d’avenir professionnel. Elle a réduit les possibilités de recevoir une promotion ou des primes (33%) et les opportunités sur le marché de l’emploi (32%), tout en augmentant la charge de travail (31%).

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Pour autant, le télétravail dégage quelques avantages appréciables. Les Français affirment qu’ils ont gagné en gain de temps (77%) et en flexibilité (75%); tandis que parmi les inconvénients, ils citent en premier lieu l’isolement (52%), mais aussi la perte de convivialité (37%), et la sédentarité (32%).

A l’avenir, la généralisation du télétravail est souhaitée par plus de 7 Français sur 10 (72%), mais pas tout le temps. Les actifs aimeraient télétravailler en moyenne 2,3 jours par semaine, et pratiquement la moitié d’entre eux (49%) apprécierait, au moins de temps en temps, pouvoir travailler dans un tiers lieu comme un espace de coworking.

Les interactions habituellement associées à la vie professionnelle manquent aux Français, que ce soit les discussions entre collègues (73% des actifs occupés), les déjeuners (68%), ou les événements festifs ponctuels (63%).

La vie sociale en entreprise est donc très largement regrettée. En d’autres termes,

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la crise n’a pas fondamentalement bousculé la place du travail dans la vie des Français, la majorité des actifs (56%) estimant n’accorder ni plus ni moins d’importance à son travail qu’avant.

En outre, près de 6 actifs sur 10 se sentent épanouis dans leur travail (58%)seulement 17% d’entre eux vont jusqu’à s’estimer très épanouis. La période est en effet source de fragilités.

Parmi les facteurs pouvant expliquer qu’ils ne se sentent pas toujours pleinement épanouis figure, en premier lieu, le manque d’interactions sociales au travail (plus de 6 sur 10), que ce soit les discussions entre collègues (73%), les déjeuners (68%) et les événements festifs ponctuels comme les pots de départ ou autres soirées (63%). Ce sont notamment les plus jeunes qui déclarent le plus pâtir de cette privation : ainsi, près de 3/4 des actifs de moins de 35 ans déclarent que déjeuner entre collègues (75%) ou boire un verre à la sortie du travail (77%) leur manque.

La crise a également eu un effet délétère sur les perspectives d’évolution professionnelle. Selon 33% des actifs occupés, elle a réduit leurs possibilités de recevoir une promotion ou des primes, et pour 32%, leurs opportunités sur le marché de l’emploi. Concernant leur quotidien, ils sont 31% à affirmer que la crise a eu un effet nuisible sur leur charge de travail, et davantage encore au sein des catégories aisées (37%). Moins nombreux sont ceux qui considèrent que la crise a dégradé leurs relations avec leurs collègues (21%) ou leur manager (13%), malgré le relâchement des liens parfois dû au télétravail.

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« Avec près d’un actif sur deux qui n’indique pas de changement particulier au quotidien sur les différents aspects de sa vie professionnelle, la crise ne représente pas un  important bouleversement. Elle apporte néanmoins des difficultés certaines, particulièrement ressenties par les actifs exerçant des fonctions de management, plus sensibles à la dégradation de leur charge de travail et à l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. La crise ne change donc pas tout, mais elle instaure un contexte de perturbations et de remise en cause des acquis et potentiellement, crée des occasions de réinventer le travail. » C’est l‘analyse de Flavien Neuve, Directeur de l’Observatoire Cetelem.

Par conséquent et à l’encontre du nouveau discours dominant, le télétravail, synonyme d’une plus grande liberté et flexibilité, est aussi facteur de solitude et de stress.

Suite à son recours massif et imposé, le télétravail a forcé les entreprises à s’adapter à de nouvelles méthodes : pratiquement, la moitié des actifs (49%) déclare avoir été amenée à télétravailler depuis mars 2020. Un chiffre encore plus élevé dans l’agglomération parisienne (69%), et au sein des professions qui s’y prêtent plus facilement, comme les cadres et professions libérales (73%). Accueilli globalement de manière positive pendant le premier confinement (74% des actifs qui ont télé travaillé durant la période l’ont bien vécu), il commence néanmoins à provoquer une certaine lassitude : 32% des actifs qui télé travaillent depuis le second confinement vivent cette pratique comme une contrainte, en raison de l’affaiblissement des liens sociaux (46% d’entre eux) et d’un découragement face à une situation sanitaire qui s’éternise (45%). Les problèmes pratiques parfois posés par le télétravail n’apparaissent qu’au second plan : 22% de ceux qui le vivent mal actuellement déclarent souffrir d’une mauvaise installation, et 18% d’un manque de matériel informatique adapté.

Pour les Français, le travail à distance oscille entre bénéfices perçus et inconvénients. Certes, il permet de gagner du temps (77%), notamment dans les transports pour les habitants de la région parisienne (65%), il offre plus de flexibilité (75%), que ce soit dans l’organisation du travail ou de la vie quotidienne, et permet de réduire ses dépenses (48%). Mais le télétravail engendre aussi des contraintes, que ce soit de l’isolement (52%), la perte de la convivialité (37%), ou encore de la sédentarité (32%). A noter que les télétravailleurs sont à la fois moins enthousiastes et moins critiques que les autres : ils sont moins convaincus des gains en flexibilité dans l’organisation du travail (40% contre 45% dans la population générale), et ils sont également moins persuadés qu’il crée de l’isolement (41% contre 52%).

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Finalement, le télétravail a-t-il un impact sur la performance au travail aux yeux des Français ? Ils identifient plus facilement un allongement du temps de travail (48%) qu’un gain d’efficacité via le télétravail (38%). Un constat plutôt négatif que les télétravailleurs ne confirment qu’en partie : 55% indiquent un temps de travail qui s’accentue, mais 49% évoquent également une plus grande efficacité.

Accueilli positivement, le développement du télétravail semble probable pour un grand nombre de Français (85%). Beaucoup souhaitent également ce développement (72%), les jeunes actifs de 25-34 ans (83%) et les habitants de l’agglomération parisienne (82%) y sont plus favorables, tout comme les Français qui ont télétravaillé au cours de la crise sanitaire (81%).

A l’avenir dans un monde idéal, les Français seraient minoritaires à choisir une option 100% télétravail (13%), et préféreraient majoritairement une option alternant avec des phases de présentiel. En effet, c’est un modèle hybride (2 ou 3 jours en distanciel et 3 ou 2 jours de présentiel) qui est l’option la plus plébiscitée par les actifs (48%), et encore davantage chez ceux qui ont pratiqué le télétravail pendant la crise sanitaire (58%). Ainsi, les Français souhaiteraient télétravailler en moyenne 2,3 jours par semaine, un chiffre qui monte à 2,6 chez les actifs qui ont télétravaillé pendant la crise sanitaire. Et ce souhait ne concerne pas que les actifs les plus jeunes : ceux âgés de 35 à 49 ans aimeraient également télétravailler environ 2,5 jours par semaine.

Pour leur lieu de travail quotidien, s’ils étaient complètement libres de leur choix, les actifs souhaiteraient travailler la plupart du temps depuis chez eux (44%) ou sur le site de leur entreprise (36%). Mais certains sont tentés par des alternatives plus nomades : 60% (70% chez les moins de 35 ans) aimeraient, au moins de temps en temps, avoir la possibilité de travailler à l’extérieur (jardin, parc, etc.) ou dans des tiers lieux comme les espaces de coworking (49%).

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Lorsqu’ils se projettent dans les prochaines années, les Français anticipent une adaptation de la société au télétravail, qui sera selon eux encouragée par l’État (88%) et devra nécessairement faire partie des conditions proposées par les entreprises si elles souhaitent rester attractives (86%). Par ailleurs selon eux, le droit au télétravail va devenir une revendication légitime chez les salariés (78%) et les candidats au recrutement (77%). Derrière ces perspectives idéales pour le développement du télétravail, les Français en perçoivent cependant déjà certaines limites : nombreux sont ceux qui pressentent les risques d’un accroissement des inégalités sociales entre les salariés (74%), certains surtout les plus jeunes ne bénéficiant pas de bonnes conditions pour exercer leur activité depuis leur domicile.

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