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Législative partielle à Mayotte : retour sur l’impact de la pression migratoire à la présidentielle dans l’île
©ORNELLA LAMBERTI / AFP

Immigration incontrôlée

Législative partielle à Mayotte : retour sur l’impact de la pression migratoire à la présidentielle dans l’île

Mayotte, déjà historiquement concernée par l’arrivée massive d’immigrants clandestins venant des îles voisines de l’archipel des Comores dont l’île d’Anjouan, subit-elle une pression migratoire redoublée depuis qu’elle est devenue le 101ème département français en 2011.

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L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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Jérôme Fourquet

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Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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A l’occasion de la montée en puissance de la crise des migrants depuis 2015, différentes portions du territoire national ont été soumises à une très forte pression migratoire ces derniers mois ou années. On peut dès lors s’interroger sur l’impact électoral et plus précisément sur l’évolution du niveau du vote FN (dont on a vu que l’électorat était extrêmement sensible à cette thématique) que cette situation particulière a engendré localement.

L’est du département des Alpes-Maritimes, à la frontière italienne est de ce point de vue un cas emblématique. De nombreux migrants arrivés sur les côtes du sud de l’Italie remontent toute la péninsule et se concentrent à Vintimille avant d’essayer de passer en France pour gagner ensuite la Grande-Bretagne ou les pays d’Europe du Nord. Les contrôles à la frontière ont été considérablement renforcés mais des migrants tentent quotidiennement de passer soit en prenant le train soit même en empruntant des sentiers de montagne. La situation n’est certes pas comparable à celle qui a prévalu à Calais mais le climat a incontestablement changé et la question de la maîtrise des flux migratoires est désormais beaucoup plus présente dans les esprits localement ce qui s’est traduit dans les urnes. Alors qu’à l’échelle de l’ensemble du département des Alpes-Maritimes, Marine Le Pen voyait son score s’éroder de 2,1 points entre 2012 et 2017, dans la plupart des communes concernées, la hausse était sensible (de 7 à 12 points).

Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessus, cette poussée s’est opérée à la fois dans les communes frontalières (Menton et Castellar) mais également dans des communes situées en retrait. Face au renforcement du dispositif policier à Menton et sur la côte, les migrants et les passeurs utilisent également des itinéraires de montagne plus détournés passant par la vallée de la Roya. Dans plusieurs des communes de cette vallée, la hausse du vote frontiste a également été significative comme à Fontan (37%, +10,3 points), Tende (30,3%, + 7,6 points) ou Sospel située à la frontière (34,2%, + 7,4 points). Tous les villages n’ont pas pour autant été concernés par cette hausse car il existe également une tradition de gauche ancrée localement et des réseaux de soutiens aux migrants se sont organisés, autour notamment de la figure du paysan militant pro-migrants, Cédric Herrou. La hausse a ainsi été inférieure à 3 points à Breil-sur-Roya, à Saorge et à La Brique.

A l’autre extrémité du territoire national, Calais est le point d’aboutissement de nombreuses routes migratoires et le point de passage obligé pour la Grande-Bretagne. De par ce statut particulier, Calais et toute la région ont subi ces dernières années une pression migratoire très importante avec le développement hors de contrôle puis le démantèlement de la fameuse « jungle » à la périphérie de la ville, mais aussi son lot d’affrontements avec les forces de l’ordre et le développement d’une petite délinquance de survie (Voir à ce sujet par exemple « Calais : miroir français de la crise migratoire européenne », J. Fourquet et S. Manternach, Note de la Fondapol, Mars 2017). Après la destruction par les autorités de cet immense campement, un autre camp à Grande-Synthe, ouvert par la municipalité de cette ville et Médecins du Monde, verra sa population croître très rapidement avant qu’à l’issue d’une rixe entre communautés, un incendie ne se déclenche et ne détruise l’intégralité des baraquements à quelques jours du premier tour de la présidentielle.

Or, dans le Calaisis comme à la frontière italienne, la progression de Marine Le Pen entre 2012 et 2017 sera portée par ce contexte particulier : +8,4 points à Grande-Synthe, +11,2 à Marck, +11,5 à Calais et +14,8 à Fréthun, commune où se situe l’entrée du tunnel sous la Manche. Avec 57,4% au second tour, Calais sera la grande ville de France à accorder son meilleur score à la candidate frontiste.

De l’autre côté de la Manche, la circonscription de Douvres, porte d’entrée en Grande-Bretagne et objectif des migrants, fut l’une de celles où le « Leave » atteignit le plus haut niveau avec 62,2% contre 53,4% en moyenne pour l’Angleterre lors du référendum sur le Brexit. La circonscription voisine de Shepway vota également à 62,2% en faveur du Brexit. Ici aussi, la question migratoire pesa de tout son poids dans les urnes.

Mais la métropole n’a pas le monopole de l’immigration clandestine. Certains territoires périphériques sont également concernés au premier chef. Ainsi, Mayotte, déjà historiquement concernée par l’arrivée massive d’immigrants clandestins venant des îles voisines de l’archipel des Comores dont l’île d’Anjouan, subit-elle une pression migratoire redoublée depuis qu’elle est devenue le 101ème département français en 2011 (ce changement de statut ouvrant droit au RSA pour les résidents de l’île). Mayotte est aujourd’hui le département qui compte la plus grande proportion d’étrangers, devant la Guyane, ce qui rend la situation sociale explosive. Lors du 1er semestre 2016, Mayotte a ainsi été le théâtre d’une grève générale qui a paralysé l’île pendant plusieurs semaines mais surtout de nombreuses violences (en plus des affrontements violents entre bandes rivales, des barrages sauvages et du racket sur les automobilistes, des chasses aux blancs (n’zungus) ont été recensées). Confrontés à une pression migratoire grandissante et à une délinquance en forte croissance, des collectifs villageois ont procédé à des expulsions manu militari de Comoriens, parfois en situation régulière, vivant sur leurs communes dans un habitat précaire (surnommé « case »), détruit à cette occasion. Ces opérations de « décasages » se sont déroulées sur la côté ouest de Mayotte, versant de l’île où Marine Le Pen enregistre ses plus spectaculaires progressions entre la présidentielle de 2012 et celle de 2017. La candidate frontiste, dont le score sur l’île a littéralement explosé, passant de 2,8 % des suffrages en 2012 à 27,2 % de 2017, progressant ainsi de près de 25 points, a terminé seconde derrière François Fillon. Cette poussée inégalée ailleurs en France a fait l’effet d’un tremblement de terre et c’est sur la côte ouest que la hausse a été la plus massive. Cette côte au vent, où débarquent les kwassa-kwassas, empruntés par les Comoriens au péril de leur vie, est nettement moins urbanisée que la côte est qui abrite les principales villes et administrations du département. Il semble bien que la pression foncière sur ces terres agricoles ait alimenté tant la série d’expulsions du 1er trimestre 2016 que le vote en faveur de Marine Le Pen au 1er tour de l’élection présidentielle 2017 avec des hausses dépassant souvent les 28 points alors qu’elle n’a pas atteint les 20 points sur la côte est. Les positions de cette dernière quant aux questions migratoires et sa dénonciation du laxisme supposé des autorités, en métropole comme dans les outre-mers, ont manifestement trouvé un écho favorable auprès de la population mahoraise.

Dans un contexte géographique et ethnique très différent du Calaisis ou encore de la région de Menton et alors que l’essentiel des Mahorais sont musulmans, la question migratoire s’avère une nouvelle fois un facteur déterminant du vote Front national. Ce lien se vérifie également dans un territoire géographiquement et culturellement encore différent : Saint-Martin et Saint-Barthélemy aux Antilles. Dans ces petites îles, devant elles-aussi faire face à un afflux d’immigrants illégaux sur un territoire restreint, la candidate frontiste a également progressé significativement en doublant quasiment son score entre 2012 et 2017 en passant de 12,1% à 23,3%. 

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