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Le système bancaire italien est-il en passe de devenir la vraie première victime collatérale du Brexit ?
©Reuters

Un trou dans la poche

Le système bancaire italien est-il en passe de devenir la vraie première victime collatérale du Brexit ?

Loin d'être solide, le système bancaire italien souffrait déjà de vraies faiblesses avant le Brexit. A la suite du scrutin du 23 juin qui a fait l'effet d'une piqûre de rappel, l'Italie fait face à la nécessité de re-financer ses banques... à hauteur de 40 milliards d'euro.

Christopher Dembik

Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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Atlantico  : Déjà avant le Brexit, qui fait office de révélateur plus que de déclencheur, les banques italiennes semblaient souffrir de véritables défauts et d'importantes faiblesses. Comment le Brexit a-t-il mis à jour les problèmes financiers qui rongent le système bancaire italien ? Quels sont-ils précisément ?

Christopher Dembik : Le Brexit a simplement constitué une piqûre de rappel pour les investisseurs concernant la fragilité du secteur bancaire européen. Dans le détail, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. En France, par exemple, les banques ont des bilans sains et sont plus solides qu’avant la crise financière mondiale. Le modèle de banque universel, propre à notre pays, permet aux banques de mieux résister en période de conjoncture défavorable. Par conséquent, les fortes baisses des cours de BNP Paribas ou encore Société Générale dans la foulée du Brexit étaient en grande partie irrationnelles. En revanche, on ne peut pas dire la même chose des banques outre-Rhin ou encore des banques italiennes qui subissent les effets, dans le premier cas, d’une trop forte exposition aux marchés financiers et en particulier aux produits dérivés et, dans le deuxième cas, d’une période de difficultés économiques intenses.

En Italie, la principale préoccupation des investisseurs est la hausse, depuis trois ans, du taux de créances douteuses des banques au-delà de 10%. Ce n’est pas un problème nouveau mais le marché semble l’avoir découvert il y a simplement quelques mois. Pour rappel, en début d’année, la forte chute des valeurs bancaires européennes reflétait les préoccupations concernant la santé des banques italiennes. Cela faisait suite à l’annonce par la Banque d’Italie d’un montant total brut de créances douteuses pour l’ensemble du secteur s’élevant à plus de 200 milliards d’euros en janvier 2016, soit une progression de 9% sur un an. Certaines banques sont plus en difficulté que d’autres. Ainsi, il fait consensus dans les milieux financiers que Monte Paschi, plus ancienne banque encore opérationnelle, ne pourra pas subsister en l’état.  Sa capitalisation boursière s’élève autour de 1,33 milliard d’euros tandis qu’elle fait face à près de 48 milliards d’euros de créances douteuses. On le voit rapidement, ce n’est pas viable, la banque n’a plus la confiance des investisseurs, elle devra être restructurée en profondeur.

A la suite de cette piqûre de rappel que prévoient les autorités italiennes et les dirigeants européens pour assainir le secteur ? Quelle réponse faut-il attendre pour mener une action cohérente ?

Comme souvent au niveau européen, on repousse au maximum le problème et on s’en occupe lorsqu’on est au pied du mur. C’est ainsi qu’a été traité l’endettement de la Grèce, que la question des migrants est gérée et c’est de la même manière qu’on essaie de redonner confiance dans le secteur bancaire italien. Depuis plusieurs mois, la mise en place d’une structure de défaisance, une "bad bank", est évoquée mais le chantier n’aboutit pas. Il s’agit de sortir les créances douteuses des bilans des banques pour les gérer dans une structure publique à part. Ainsi, les banques italiennes seront de nouveau suffisamment saines et solides pour prêter de nouveau aux agents économiques, et favoriser une croissance plus élevée.

C’est la façon la plus simple de gérer le problème des banques italiennes, nous avions agi de manière similaire avec le Crédit Lyonnais dans les années 90 avec succès. Le secteur bancaire français avait pu jouer rapidement son rôle de prêteur à l’économie. Cependant, des obstacles politiques empêchent d’avancer rapidement sur ce sujet en Italie. Néanmoins, nous sommes peut-être face à un tournant. Hier, le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, sans évoquer explicitement le cas des banques italiennes, a appelé à faire le maximum pour rassurer à propos des banques. On peut espérer un blocage de la situation à moyen terme.

En l'absence d'une action efficace, faut-il craindre une contagion potentielle à d'autres banques continentales ? Quelles en serait alors les conséquences ?

Le risque d’une contagion durable à l’ensemble de l’Europe parait pour le moment exclu. Premièrement, bien que les banques italiennes soient en difficulté, le risque de faillite désordonnée d’une banque systémique est très faible. En cela, la probabilité est basse de revoir le scénario de Lehman Brothers se reproduire. Deuxièmement, il faut aussi comprendre que nous sommes entrés dans un nouveau paradigme. Les banques centrales, en particulier la BCE, jouent le rôle de pompier depuis 2008, intervenant à tout-va sur les marchés financiers dès les moindres remous. Cela se traduit par des taux d’intérêt historiquement bas, parfois même négatifs, et par des rachats d’actifs, y compris d’obligations d’entreprises depuis le 8 juin dernier en ce qui concerne la BCE.

Dans ces circonstances, les banques centrales ont de plus en plus le rôle de teneur de marché. On l’a assez bien vu dans la foulée du Brexit, la panique boursière a été endiguée rapidement grâce à la Banque d’Angleterre et, plus marginalement, grâce à la Banque Nationale Suisse. Nous nous trouvons dans un système financier qui est contrôlé étroitement par les banques centrales. On peut considérer que le risque de crise durable est exclu tant que la crédibilité de l’action des banques centrales est intacte auprès des investisseurs.

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