Le Pape François veut convertir l'Église catholique au management honnête <!-- --> | Atlantico.fr
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Le "Pape des pauvres" engage des réformes pour sortir son institution de la crise financière qu'elle traverse...
Le "Pape des pauvres" engage des réformes pour sortir son institution de la crise financière qu'elle traverse...
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

"Pas d’argent, point de Suisse". Le Pape François a engagé la réforme des finances du Vatican. Avec les conseils de KPMG et de McKinsey, il crée un ministère de l’Economie pour préparer et contrôler l’exécution du budget de l’organe central de l’Église catholique.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La crise mondiale n’a pas épargné l’Église catholique. La crise a multiplié les dépenses et diminue les recettes. Le Pape François, très au fait des problèmes d’argent, aurait récemment raconté l’histoire suivante à quelques journalistes qu'il avait convié à déjeuner comme le font tous les chefs d’États et que Franz-Olivier Gisbert a rapporté.

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"C’est l’histoire d’un billet de 100 euros et d’une pièce de un euro. A la suite d’un accident regrettable, le billet et la pièce se retrouvent à la porte du ciel. Saint-Pierre les accueille comme il le fait chaque jour. Il prend la pièce dans ses doigts, et très affectueusement lui dit qu'elle va aller directement au paradis.
- Vous, le billet de 100, vous me suivez parce que Dieu voudrait vous parler.
- Moi ? Très bien, dit-il vaguement flatté d’être reçu par Dieu en personne.
Après quelques minutes d’attente, le billet de 100 euros, est introduit dans le bureau de Dieu...
- Bonjour, très heureux … ! dit le billet de 100 euros en s’inclinant et visiblement très à l’aise.
- Ne vous réjouissez pas trop vite, dit Dieu, j’ai un problème avec vous pour vous ouvrir les portes du paradis … Je ne sais pas ... Je m’interroge.
- Mais c’est injuste dit le billet de 100 euros, vous avez admis sans hésitation cette petite pièce de 1 euros … Elle est ridicule. Pourquoi ? Parce qu’elle brille, parce qu'elle roule … ?
- Je sais tout ce que allez me dire, mais vous, qui valez cher, 100 euros, et bien je ne vous ai pas vu beaucoup à la messe du dimanche !"

En cette période où les croyants versent le denier du culte, l’Église a toujours eu un problème avec les riches. Les pauvres sont généralement plus généreux, ils sont certes  plus nombreux. Mais pauvres.  En période de crise c’est pire.

L’organisation économique et financière de l’Église catholique a toujours été assez opaque et décentralisée. Chaque diocèse, chaque congrégation, chaque couvent est autonome financièrement. Chaque entité doit couvrir ses dépenses, c’est-à-dire payer ses personnels, les religieux et les civils, les charges sociales correspondantes, l’entretien de ses bâtiments, etc., etc. Pour  couvrir ces dépenses courantes, ses recettes proviennent des fidèles qui donnent à la messe, ou qui font des dons et des donations au diocèse. Les recettes peuvent provenir aussi de la vente des services religieux particuliers, des obsèques, des mariages ou la vente de produits fabriqués par la communauté (du vin, des produits agricoles dans certains couvents) ou même des touristes qui font retraite.

Cela étant, toutes les entités économiques ne sont pas équilibrées. Elles ont de plus en plus de mal à couvrir leur besoin. Notamment leurs investissements.

Mais  le pape qui adore les expressions imagées a repris la vieille formule française, "les diocèses tirent souvent le diable par la queue" Il ne l’a pas encore dit pas en chair place Saint-Pierre.

Pour équilibrer tout cela, les diocèses organisent,  des péréquations et des arbitrages entre les paroisses riches et les plus pauvres. Fait important : chaque unité économique verse un impôt à l’Église du pays en l’occurrence l’Église de France et l’Église de France verse a son tour un impôt au Vatican. Mais la clef de répartition n’est pas claire, c’est le moins qu'on puisse dire.

Alors le Vatican a en plus de cela ses ressources propres, les touristes, les donations, le patrimoine immobilier, et les actifs financiers et industriels accumulés depuis … 2000 ans, ou presque. Les chiffres sont très difficiles à établir. En gros, le Vatican aurait un budget de la taille de la Belgique. Mais le Vatican a été obligé de s’endetter pour couvrir ses besoins.

La nouveau Pape a décidé d’y voir clair et maintenant de mettre de l’ordre dans tous ces comptes.

L’audit avait été confié à KPMG et la réorganisation du management à McKinsey qui a en plus proposé des axes stratégiques. Cette réforme aura trois conséquences :

Un, la nomination d’un ministre de l’économie, du budget et de la prévision. Bref, il a un pouvoir total sur l’argent de l’Église. C’est un australien, le cardinal George Pell qui a été nommé.

Deux, ce ministre de l’économie va présider une sorte de conseil d’administration composé de huit évêques et de sept civils. Il y aura des énarques, des diplômés de Harvard et des banquiers, ce conseil va établir des sortes de "business plan", C’est-à-dire des prévisionnels de dépenses et de recettes en fonction des objectifs stratégiques fixés par le Pape.

Le Pape a dégagé un certain nombre de priorité en termes de lutte contre la pauvreté, en termes d’évangélisation et de représentation diplomatiques… Il faut financer tout cela.

Trois, ce ministre aura sous son autorité un contrôleur général. Sa mission sera avec l’aide de plusieurs cabinets conseils de surveiller toutes les activités économiques et financières du Vatican et de ses filiales. Ceci afin de lutter contre la corruption et le blanchiment. Sans contrôle, les associations de charité auraient servi à blanchir de l’argent sale. Le pape le sait... Au cœur du scandale potentiel, l’institut des œuvres de religion, l’UOR, un État dans l’État, qui centralise les produits de quêtes dans le monde entier. Ça représente des milliards dont peu de gens savent la réalité et l’origine. Le pape veut  éradiquer tout cela.

Son objectif, "faire en sorte que la première multinationale de l’histoire humaine créée il y a 2000 ans par Jésus Christ et qui a tout inventé retrouve sa rigueur et son dynamisme de façon à lutter contre la concurrence parce que cette concurrence est de plus en plus dure". Ce pape n’est pas comme les autres. 

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