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Jean-Claude Juncker
Jean-Claude Juncker
©Reuters

Le deal des postes

Le Juncker qui cachait la forêt des socio-démocrates en train de faire main basse sur l’Europe alors qu’ils ont perdu les élections

Les dirigeants socio-démocrates européens, réunis samedi dernier à Paris, ont exprimé leur soutien à la candidature de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission, tout en négociant habilement d'autres postes...

Nathalie Brack

Nathalie Brack

Nathalie Brack est post-doctorante à l'Université d'Oxford et maître d'enseignement à l’Université libre de Bruxelles (Cevipol). Elle a récemment publié l’ouvrage "l’euroscepticisme au Parlement européen. Stratégies d'une opposition anti-système au cœur des institutions", Editions Larcier, 2014, ainsi que l'ouvrage "le fonctionnement de l’Union européenne" (avec Olivier Costa), Editions de l’Université de Bruxelles, 2e édition, 2014.

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Atlantico : Les dirigeants socio-démocrates européens exprimé samedi dernier leur soutien à la candidature de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. En quoi ce soutien n’est-il pas désintéressé et qu’ont-ils mis dans la balance en termes de postes et de ligne politique ?

Nathalie Brack : Ce soutien n’est bien entendu pas désintéressé. Les dirigeants socio-démocrates entendent retirer des bénéfices concrets en échange de leur soutien à Jean-Claude Juncker, à la fois en termes de postes et d’orientations politiques. Ainsi, ils estiment que Martin Schulz doit obtenir la présidence du PE pour les 2,5 ans à venir, pour ensuite céder la main à un membre du Parti populaire européen et ils convoitent également un autre poste, que ce soit la Présidence du Conseil européen ou le poste de Haut Représentant pour la politique étrangère et la politique de sécurité actuellement détenu par Catherine Ashton. Enfin, ils demandent également davantage de flexibilité et de souplesse dans l’application du Pacte de stabilité budgétaire et une réorientation des priorités de l’Union.

Avec probablement un poste de président du Conseil européen, une présidence de Parlement européen pour Martin Schulz voire un poste de Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE, les socio-démocrates s’en sortent-ils bien alors qu’ils n’ont pas eu la majorité au Parlement européen ? En quoi ce deal, s’il se confirmait, est à leur avantage ?

Il faudra attendre de voir ce que concrètement ils obtiendront, tant en ce qui concerne les postes que leurs demandes de flexibilité dans la politique budgétaire pour se prononcer. Toutefois, cette situation n’est pas vraiment surprenante. Si les socio-démocrates ne sont en effet pas parvenus, contrairement à leurs attentes, à faire basculer l’équilibre en leur faveur, ils restent toutefois le deuxième plus grand groupe et l’UE, contrairement à des pays comme la France, ne repose pas sur une logique majoritaire.  Les deux grandes familles politiques ont tendance à collaborer au sein du Parlement européen sur les dossiers importants et à se répartir les postes et responsabilités. Elles étendent donc ici leur coopération vu que la configuration a changé et que le Parlement Européen cherche à peser sur la procédure de nomination. Si ce deal se confirmait, c’est bien entendu à leur avantage s’ils se voient attribuer des postes importants et pourraient ainsi peser davantage sur les orientations prises par l’UE. Néanmoins, il faut souligner d’une part, que malgré la visibilité de ces hautes fonctions, c’est surtout la façon dont elles sont habitées qui importe et d’autre part, que ces postes ont également fait l’objet de compromis entre familles politiques par le passé (Catherine Ashton était issue de la famille sociale-démocrate par exemple).

Les sociaux-démocrates ne profitent-ils pas aussi des divisions dans le camp conservateur ? On sait que David Cameron a tenu une réunion anti Jean-Claude Juncker en Suède…

 Il est très stratégique de la part de la famille social-démocrate de se réunir avant le Conseil européen et de coordonner leurs points de vues afin de peser dans les discussions. Et ils profitent en effet à cet égard de la conjoncture actuelle des divisions au sein de la famille "conservatrice". Cameron tente de rallier un front anti-Juncker avec la Suède et les Pays-Bas notamment. Il va jusqu’à demander un vote lors du Conseil pour forcer les chefs d’Etats et de gouvernements à prendre ouvertement position, surtout parmi la famille conservatrice, ce qui va à contre-courant des habitudes plus consensuelles du Conseil. Par ailleurs, il semble maintenant lier la décision qui sera prise concernant Jean-Claude Juncker à sa position lors du référendum qu’il compte organiser s’il est à nouveau Premier Mmnistre en 2017 et ce, afin de faire pression sur les autres membres du Conseil.

L’ancien Premier ministre Français Jean-Marc Ayrault lorgnerait la présidence du Conseil européen, quelles sont ses chances ? Si Pierre Moscovici réussissait à prendre la présidence de l’Eurogroupe, est-il possible pour Jean-Marc Ayrault de prendre a minima une place à la Commission européenne ?

Il est encore trop tôt pour savoir à qui vont être confiés l’ensemble des fonctions de premier plan au niveau européen. En raison des pressions de Cameron, le risque de blocage reste important et il est possible que ces décisions n’interviennent pas lors de la réunion du Conseil européen cette semaine mais dans plusieurs semaines.  De plus, ces décisions forment généralement un package deal entre Etats, institutions, familles politiques et sont parfois difficiles à prévoir. Si le nom de Jean-Ayrault est en effet évoqué en ce moment, d’autres circulent également, que ce soit Selle Thorning-Schmidt ou Enrico Letta. Enfin, la procédure de nomination des Commissaires est différente et se déroule plus tard dans l’année : l’initiative revient d’abord aux Etats puisque chaque pays propose ou "recommande" son candidat. Ensuite, le Conseil, de commun accord avec le président de la Commission, adopte la liste des autres personnalités qu'il propose de nommer membres de la Commission.  Donc les scénarios évoqués ne sont pas impossibles mais il est encore trop tôt pour se prononcer.

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