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Le graphique qui va bousculer ce que vous pensiez savoir de la montée des inégalités
©REUTERS/Eduardo Munoz

Nouvelle ère

Le graphique qui va bousculer ce que vous pensiez savoir de la montée des inégalités

Ce 8 mai, l'économiste Branko Milanovic, ancien directeur de la recherche de la Banque mondiale et spécialiste des questions relatives aux inégalités, publiait un graphique sur son compte twitter retraçant les évolutions des inégalités, de 1820 à 2013.

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Ce 8 mai, l'économiste Branko Milanovic, ancien directeur de la recherche de la Banque mondiale et spécialiste des questions relatives aux inégalités, publiait un graphique sur son compte twitter retraçant les évolutions des inégalités, de 1820 à 2013, en utilisant une double mesure : inégalités entre pays, et inégalités à l'intérieur même des pays. Quelle est la spécificité de notre époque que Branko Milanovic nomme "l'âge de la convergence et des clivages internes" ? 

Nicolas Bouzou : La dynamique des inégalités depuis la première révolution industrielle fait en effet apparaître trois périodes. La première, de 1820 à la crise de 1929, se traduit par une explosion des inégalités entre les pays et un niveau élevé d’inégalités à l’intérieur des pays. Le premier phénomène s’explique par le fait que la première révolution industrielle a été le fait des pays occidentaux, dont la croissance a considérablement accéléré alors que le reste du monde a quasiment stagné. Le second phénomène s’explique l’absence d’Etat providence, d’éducation obligatoire et d’une fiscalité redistributive pendant la plus grande partie de cette période. Le deuxième période, jusqu’aux années 2000, montre des inégalités externes élevées mais constantes et des inégalités internes plus faibles que lors de la première période. Enfin, la période contemporaine s’illustre par une baisse des inégalités entre les pays due au fait que les pays pauvres s’enrichissent plus vite que les pays riches grâce à la mondialisation. Ce en quoi les altermondialistes des années 1990 ont été démentis à 100%. Les inégalités internes, contrairement à ce qu’on lit partout, n’explosent pas. Ces graphiques sont mondiaux. De fait, dans certains pays, les inégalités augmentent. C’est évidemment le cas aux Etats-Unis. En Europe et en particulier en France, c’est moins le cas. 

Quels sont les défis découlant de ce diagnostic, notamment pour les pays occidentaux ?

Ce graphique montre que le discours ambiant sur l’explosion des inégalités est faux, répeté benoitement par des gens qui ne se donnent pas la peine de se documenter. Regardez en France comme le débat est pollué par la non connaissance du sujet par 90% des gens qui s’expriment dessus. Le défi est beaucoup moins celui de la réduction des inégalités que de la lutte contre les injustices au sens de John Rawls. Ce qui est insupportable, ce sont les phénomènes de reproduction sociale que Bourdieu avait parfaitement analysés. Mais ses soi-disants disciples ne prennent même pas le temps de le lire. C’est moins de redistribution fiscale dont nous avons besoin que d’investissement dans l’éducation, le logement et les technologies de la troisième révolution industrielle (numérique, robotique et IA) afin que chaque jeune ait la possibilité de construire sa vie. Les inégalités culturelles sont bien plus saillantes que les inégalités de revenus.

A lire : Luc Ferry, Nicolas Bouzou : "Le pessimisme des intellectuels français est souvent l'avatar d'une haine du libéralisme"

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