Le film Le loup de Wall Street avec DiCaprio a-t-il été financé avec de l'argent volé ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Le film Le loup de Wall Street avec DiCaprio a-t-il été financé avec de l'argent volé ?
©Reuters

DAILY BEAST

Le film Le loup de Wall Street avec DiCaprio a-t-il été financé avec de l'argent volé ?

L’association caritative fondée par l’acteur oscarisé et la société de production derrière 'Le loup de Wall Street' font l’objet d’une enquête dans un scandale de malversation à 3 milliards de dollars.

Amy Zimmerman

Amy Zimmerman

Amy Zimmerman est journaliste au Daily Beast.

Voir la bio »

Copyright The Daily Beast - Amy Zimmerman (traduit par Julie Mangematin)

A quand remonte la dernière fois qu’un scandale hollywoodien – en dehors des fesses de Kim Kardashian – a vraiment "cassé Internet" ? A l’ère des paparazzis à téléobjectif, de la télé-réalité en continu et des "conscious uncoupling" (séparations à l’amiable des stars hollywoodiennes, ndlr.), nous nous contentons de scandales bas de gamme, de ruptures scénarisées dans le Bachelor. Personne ne voit les choses en grand. Étonnamment, l’homme qui aura ramené le bon vieux glamour hollywoodien sur le devant de la scène n’est autre que le fondateur du "gang des minous", Leonardo DiCaprio. Oui, voilà où on en est arrivé.

En 2016, en décrochant enfin son Academy Award si longtemps attendu, DiCaprio a coupé le sifflet de tous ses détracteurs et des créateurs de mèmes mal intentionnés qui le harcelaient. Après s’être infligé des sacrifices physiques et émotionnels – comme par exemple, se laisser pousser une barbe peu flatteuse – pour son rôle dans The Revenant acclamé par la critique, DiCaprio s’est retrouvé réduit à un rôle de figurant dans une saga internationale.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant du scandale malaisien de blanchiment d’argent (bientôt dans les  tribunaux près de chez vous), DiCaprio y endosse le rôle de figurant de "l’acteur hollywoodien n°1". Selon les pièces du dossier de ce qui est présenté comme "la plus grosse affaire" jamais traitée par la "Mission de recouvrement d’avoirs issus de la corruption" (Kleptocracy Asset Recovery Initiative) du ministère de la Justice américain, la star du "Loup de Wall Street" est inextricablement liée à un groupe de cerveaux criminels présumés.

C’est une histoire vieille comme le monde. Un acteur hollywoodien finance par erreur son film sur un trader escroc à l’aide d’argent malaisien volé. Sorti en 2013, 'le Loup de Wall Street' représentait un investissement risqué, qui a failli ne pas sortir en salles. Par chance, l’aide financière est apparue sous la forme d’une mystérieuse société de production baptisée Red Granite Pictures, qui a contribué à hauteur de plus de 100 millions de dollars au projet de DiCaprio et Martin Scorsese. A l’époque, beaucoup riaient de voir un DiCaprio, dans un rôle sur mesure, incarner un débauché coureur de jupon et gobeur de Quaaludes (drogue populaire dans les années 1970, ndlr.). Mais personne ne se doutait que le film criminel était vaguement criminel. Qui savait que le Loup de Wall Street était un tel mille-feuille ?

Comme lerelate le Hollywood Reporter, les enquêteurs soupçonnent qu’une importante partie du capital de Red Granite Pictures a été détourné de la société de production 1MDB, créée il y a sept ans par le Premier ministre malaisien pour stimuler le développement économique local. La société aurait détourné 155 millions via un montage financier de 15 000 kilomètres à travers une série de sociétés fictives offshore. Red Granite Pictures a été lancée en 2010 par Riza Aziz, le beau-fils du Premier ministre malaisien, et Christopher McFarland, un homme d’affaires du Kentucky. Ces deux individus à l’état d’esprit semblable se sont rencontrés par l’entremise de leur ami mutuel, un jet-setteur malaisien répondant au nom de Jho Low. Low était une figure incontournable de la jet-set, statut qu’il a conquis en offrant 23 bouteilles de champagne Cristal à Lindsay Lohan pour son 23e anniversaire au club 1OAK. Naturellement, c’est là que notre "acteur hollywoodien n°1" aux yeux bleus entre en scène, mû par l’appel du "Cristal" de "Lindsay Lohan" et du "1OAK".

Dans le carnet d'adresse d’amis célèbres de Low - qui comprend Paris Hilton, Jamie Foxx et Alicia Keys -Leonardo était l’acolyte n°1, à la vie à la mort, pour le meilleur et pour le pire. Low et DiCaprio ont participé à leurs anniversaires respectifs ; à la soirée anniversaire des 30 ans de Low en 2012, on raconte que DiCaprio a rappé sur scène avec Busta Rhymes. Au cours de leur "bromance" (amitié passionnée), les compagnons de beuverie se sont aussi adonnés à une mémorable bacchanale à 11 millions de dollars au casino de Las Vegas. Low et les associés de Red Granite Pictures ont même offert à DiCaprio un cadeau à 600 000 dollars : l’oscar de Marlon Brando pour son rôle dans Sur les quais. Parce que, contrairement à ces affaires opaques, la soif d’Oscar de DiCaprio était terriblement limpide. Bien sûr, DiCaprio n’avait probablement aucune idée du fait que tout cet argent venait de 1MDB, et qu'il devait remercier le petit peuple malaisien à bout pour son Academy Award.

DiCaprio s’est fendu d’un hommage spécial à Red Granite Pictures dans son discours de remerciements aux Golden Globes 2014, les qualifiant de "collaborateurs". Le Loup de Wall Street a rapporté environ 400 millions de dollars, et pas le moindre dollar n’a contribué à la prospérité économique de la Malaisie. Cerise sur le gâteau : ironiquement, le film interdit aux moins de 17 ans n’a même pas pu être distribué dans ce pays d’Asie du Sud-Est qui impose des lois très strictes en matière de moralité au cinéma.

Mais DiCaprio a continué à jouer avec le feu. Selon le ministère de la Justice, Low et McFarland auraient détourné des fonds de 1MDB pour financer l’action philanthropique de Leo. Low a même offert à la Fondation Leonardo DiCaprio une sculpture de Roy Lichtenstein pour une vente aux enchères caritative – malheureusement, Low n’a pas pu s’assurer lui-même qu’elle serait bien vendue à son prix estimé de 700 000 dollars. Il s’était déjà envolé pour Taïwan pour fuir les enquêteurs internationaux. En raison de son statut de "fonds de bienfaisance" (et non d’organisation à but non lucratif), la fondation de DiCaprio n’est pas tenue de déclarer publiquement ses revenus. Selon Inside Philanthropy, "il est difficile de caractériser les dons de la fondation DiCaprio parce que son statut… rend impossible l’examen de ses finances." Et Daniel Borochoff de Charity Watch a confié au Hollywood Reporter"DiCaprio est en mesure de collecter des fonds par ce type de structure parce qu’il est une immense célébrité internationale. S’il était inconnu, ce serait beaucoup plus difficile parce que les gens commenceraient vite à poser des questions."

Malgré les efforts répétés du Hollywood Reporter, DiCaprio et sa fondation pour l’environnement ont refusé de répondre aux questions concernant la transparence des comptes de la fondation. Malgré le scandale grandissant de 1MDB, la fondation semble décidée à poursuivre business as usual – pardon, charité as usual. Le jour même où le département de la Justice déposait sa plainte officielle pour un scandale à plus de 3 milliards de dollars, DiCaprio organisait sa troisième soirée annuelle de levée de fonds dans un vignoble à Saint Tropez. L’évènement mondain a rassemblé des milliardaires, des hélicoptères, du loup de mer entier, et tout le champ lexical d’un jeu de cadavre exquis sur le thème Leonardo DiCaprio. Bono, Lana Del Rey et Mariah Carey figuraient parmi les nombreuses sommités hollywoodiennes présentes. Malheureusement pour le budget loup de mer de l’an prochain, les organismes caritatifs ne sont pas à l’abri dans les enquêtes sur les détournements d’argent.

Ce n’est pas la première incartade de DiCaprio dans la criminalité par procuration. Le trader de haut vol Dana Giacchetto comptait la star parmi ses plus précieux clients – avant sa condamnation de 2001 pour fraude boursière. DiCaprio a aussi frayé avec Helly Nahmad, le marchand d’art tristement célèbre qui a fait un séjour en prison pour avoir tenu un business de paris illégaux dans ses appartements de la Trump Tower. Malgré les liens étroits de DiCaprio avec ce nouveau clan de conspirateurs présumés, il est très peu probable qu’il soit poursuivi par la justice. L’acteur, qui a gagné plus de 25 millions pour Le Loup de Wall Street, est retourné dans sa zone de confort : les mannequins de 24 ans et Tobey Maguire. Pendant ce temps, Red Granite Pictures coopère avec les enquêteurs et officie toujours dans ses bureaux de Sunset Trip juste au-dessus de la société de production de DiCaprio, Appian Way. Plus les choses semblent changer, plus elles restent les mêmes.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !