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L’ex-oligarque kazakh Mukhtar Ablyazov.
©Wikipédia commons

Empoisonnant dossier

Le fantôme de l’ex-oligarque kazakh Mukhtar Ablyazov dans le sillage de François Hollande au Kazakhstan

Le voyage du président de la République au Kazakhstan était essentiellement d’ordre économique. En principe, il était hors de question de parler de l’ex-oligarque kazakh Mukhtar Ablyazov, que la justice française a décidé d’extrader pour détournement de fonds. Est-ce si sûr ? Surtout quand on sait que l’avocat d’Ablyazov est un très proche de François Hollande

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Le président François Hollande, qui est allé rendre visite, les 5 et 6 décembre, à son homologue kazakh Noursoultan Nazerbaiev, dirigeant à poigne depuis plus de 20 ans, a évidemment parlé, au cours de ces 48 heures, de la crise ukrainienne mais aussi de coopération universitaire, et de contrats industriels. Car dans ce pays, deuxième producteur mondial d’uranium, qui eut jadis comme premier secrétaire du PC, Léonid Brejnev, bon nombre de marchés sont à conquérir, notamment dans le domaine de l’aéronautique, l’énergie et le pétrole. Depuis de nombreuses années, le groupe Total y est d’ailleurs présent. Aussi n’est-ce pas un hasard si les patrons d’EDF, GDF accompagnaient le président français.

Bien évidemment, dans ce pays, où existent des lois peu garantes des libertés publiques et où dit-on, on pratique la torture, François Hollande avait en tête le nom d’un opposant à Nazerbaiev, sous le coup d’une demande d’extradition. Cet opposant, c’est Mukhtar Ablyazov, ancien patron de la banque kazahkh BTA, jadis ministre de l’Energie du président kazakh, arrêté non loin de Cannes le 31 juillet 2013.

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Or, Ablyazov compte parmi ses défenseurs, Jean-Pierre Mignard, lui-même très proche depuis des années de François Hollande, et accessoirement son avocat. Nul doute qu’avant ce voyage, Mignard a évoqué le cas de son client avec le président français… Lequel a dû en parler à son homologue kazakh, même si officiellement aucune référence à cet empoisonnant dossier ne devait être à l’ordre du jour. Qu’aurait pu promettre Nazerbaiev ? Que, si son ancien ministre se retrouverait sur le sol kazakh, il le traiterait avec bienveillance, cela pour montrer que le Kazakhstan n’est pas le pays liberticide que l’on décrit ? Que, éventuellement, il l’expulserait à condition qu’il arrête de faire de la politique ?

En réalité, les choses sont plus complexes. Pour une seule raison : la procédure d’extradition est du domaine de la justice française. Or celle-ci, via la cour d’appel de Lyon a donné son feu vert, le 27 octobre 2014, à l’extradition d’Ablyazov, poursuivi rappelons-le, pour des détournements de fonds de l’ordre de 5 milliards de dollars commis en Russie et en Ukraine au préjudice, entre autres, de la BTA. Le pays qui devrait accueillir, si l’on peut dire, l’oligarque ne peut être que la Russie ou l’Ukraine. En aucune façon, le Kazakhstan. En effet, selon la convention de Genève de 1951, Moscou et Kiev ont l’interdiction légale absolue de procéder à une ré-extradition vers le Kazakhstan. Une hypothèse à laquelle ne croient absolument pas les avocats d’Ablyazov qui l’ont martelé aussi bien devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence que devant celle de Lyon. En n’hésitant pas à se livrer à une déstabilisation scandaleuse de l’avocate générale de la Cour d’Aix, Solange Legras.

Au fond, les conseils de l’oligarque jouent la montre, car ils savent que les procédures d’extradition sont longues, très longues…Sur ce point, le président kazakh ne peut rien faire. Car in fine, c’est le pouvoir exécutif, en l’espèce aujourd’hui le premier ministre Manuel Valls qui signe ou pas le décret l’extradition…Mais peut-être que François Hollande, impressionné par le climat qui règne dans le pays, alerté par des cas similaires à celui d’Ablyazov, et parfaitement informé de cette histoire d’extradition par Me Mignard, - la Garde des Sceaux Christiane Taubira l’est également-serait convaincu d’en toucher deux mots à l’hôte de Matignon. Le séjour, même de 48 heures, du président français au Kazakhstan n’aurait peut-être pas été si inutile…

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