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La publication des dernières statistiques européennes sur le coût horaire du travail permet de recentrer ce faux débat.
La publication des dernières statistiques européennes sur le coût horaire du travail permet de recentrer ce faux débat.
©http://pixabay.com

Obsession de la compétitivité

Le coût du travail français trop élevé selon les Allemands : le retour d’un éternel faux débat

Au sein du débat français, la question du "coût du travail" est devenue une sorte de slogan pour les partisans de la "compétitivité". La publication des dernières statistiques européennes sur le coût horaire du travail permet de recentrer ce faux débat.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Ce 4 mai, l’organisme allemand des statistiques, Destatis, classait les pays européens en fonction du coût horaire du travail, laissant ainsi planer une sorte de classement au "mérite compétitif" au sein de la zone euro. Evidemment la France y fait figure de mauvais élève et peut ainsi faire valoir son bonnet d’âne habituel, avec un coût horaire supérieur à 20% à la moyenne de la zone euro. Ce qui serait une faute.

Le débat relatif au coût du travail en France est intarissable, il est source de toutes les préoccupations et prétexte à toutes les joutes politiques. Au cours de ces dernières années, la crispation semble s’être fixée sur le niveau de compétitivité des entreprises à l’exportation. Le travail est trop cher, ce qui provoque une moindre compétitivité, il faudrait donc baisser le coût du travail.

Le premier point à relever est que la France n’exporte que 28% de son PIB, ce qui tend à relativiser un peu le débat puisque la notion de compétitivité ne concerne donc qu’un quart de l’économie française. Puis, le second point, où il semble utile de décomposer les effets d’une baisse du coût du travail. L’hypothèse la plus probable serait d’intervenir par la voie d’une baisse des charges patronales. Disons 5%. Dans un tel cas, le coût de production du bien destiné à l’exportation ne baisse pas de 5%, la baisse sera fonction de la proportion de travail utilisée dans sa production. L’effet est donc réduit, marginal.

Puis, lorsque le coût de production baisse, il n’est pas acquis que cette baisse soit répercutée dans le prix de vente. L’entreprise dispose en effet de plusieurs choix. Soit de retrouver un peu de trésorerie en préservant ses marges, soit de répercuter cette baisse de coût en rehaussant les salaires, soit enfin de réduire le prix du bien. En l’état actuel des choses, lorsque les marges des entreprises sont faibles, c’est plutôt de ce côté que la répercussion aura lieu.

Des marges plus importantes qui permettront d’investir plus ? Pas forcément. En effet, dans un tel cas, il serait alors difficile d’expliquer pourquoi les investissements des sociétés non financières en Allemagne sont aujourd’hui inférieurs de plus de deux points à ceux de la France. Comme le démontre le graphique ci-dessous :

Investissements des sociétés non financières. En % du PIB. Données Eurostat.

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Si les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après- demain, il semblerait que les profits allemands d’hier aient trouvé une autre destination.

Après le passage de ces multiples facteurs, il devient difficile d’imaginer comment une baisse de charges de 5% pourrait effectivement permettre un retour fort de la "compétitivité" du pays. Parce qu’il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent. D’autant plus que la baisse de charges n’a pas lieu uniquement pour les entreprises exportatrices, mais pour l’ensemble de celles-ci. C’est-à-dire qu’il va falloir en financer le coût.

Financement qui, le plus souvent, est assuré par une hausse de la TVA. Impopulaire. Ou par une réduction des dépenses ? Mais pour ces deux solutions envisagées, le résultat à attendre est une contraction de l’activité. Le PIB tenant compte des dépenses publiques, toute baisse aurait un effet sur la croissance. L’hypothèse d’un retour de la "confiance" lorsque les dépenses publiques sont réduites tient plus de la fable que d’une quelconque réalité.

Mais le coût du travail peut également être envisagé sur un plan intérieur, plutôt que de percevoir le "problème" sous l’angle exclusif de l’exportation. En effet, l’économie française dépend bien plus de son marché intérieur que de ses exportations, le problème prend alors une toute autre ampleur. Et si pour tel ou tel  secteur, le coût du travail est jugé trop lourd, il reste à se demander par rapport à quoi. La réponse est simple : par rapport aux ventes. C’est-à-dire par rapport à la demande intérieure du pays. Et là, tout s’éclaire ; c’est la demande qui est insuffisante par rapport au coût du travail et non l’inverse. Mais alors pourquoi baisser les salaires plutôt que de "booster" la demande ? Ce qui peut être réalisé simplement par une intervention massive de la Banque centrale, surtout lorsque l’inflation est proche 0. Ce qui est encore le cas aujourd’hui, malgré la louable (mais trop timide) intervention de la Banque centrale européenne en janvier dernier.

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