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Le changement qui pourrait bouleverser la donne au Moyen-Orient : assiste-t-on aux prémices d'un accord sur le nucléaire iranien ?
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Le dégel ?

Le changement qui pourrait bouleverser la donne au Moyen-Orient : assiste-t-on aux prémices d'un accord sur le nucléaire iranien ?

Ehud Barak, ministre de la Défense israélien, a fait sensation en déclarant dans une interview accordée au Daily Telegraph que l'Iran avait abandonné sa quête de la bombe nucléaire.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Le 20 octobre dernier le New York Times a fait sensation en dévoilant que les autorités iraniennes avaient proposées aux Etats-Unis des discussions bilatérales directes. Dix jours, plus tard, l’un des faucons du gouvernement israélien, Ehud Barak, ministre de la défense, qui avec le premier ministre Netanyahu forment le camp des irrédentistes sur les intentions belliqueuses de l’Iran dans sa quête du nucléaire, faisait sensation lui aussi en déclarant dans une interview au Daily Telegraph, que l’Iran avait abandonné sa quête de la bombe nucléaire. Cette déclaration du Ministre israélien de la Défense, a définitivement désamorcé la perspective d’une frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. En effet, l’option militaire n’a plus de raison d’être dès lors que l’Iran aurait fait volteface dans sa quête du nucléaire militaire. Pour combler le tout, l’Iran a proposé aux  Etats-Unis d’y dépêcher ses secouristes afin de venir en aide à la population américaine touchée par la tempête sur la côte est.

Franchement, même si on veut demeurer sourd aux sirènes du dialogue, il faut vraiment vouloir faire exprès pour ne pas voir dans ces faits l’amorce d’un climat de dégel et de rapprochement entre l’Iran et les Etats-Unis. S’il est vrai qu’un accord sur le nucléaire serait un changement aussi majeur que brutal, il peut aussi s’avérer inéluctable au vu du contexte local en Iran et les changements tectoniques qui secouent le Moyen-Orient. En effet, déjà localement, l’Iran vit sous un régime de sanctions en temps de paix sans précédent dans l’histoire des relations internationales. L’économie du pays vit un quasi régime d’autarcie. Les réserves en devises ont été réduites de moitié pour atteindre 45 milliards de dollars US. Le système bancaire iranien est coupé du reste de la planète. Les denrées alimentaires peuvent faire l’objet prochainement d’un rationnement et les produits pharmaceutiques et médicaux se font de plus en plus rares. La monnaie a été de fait dévaluée de plus de 100% en un an et les exportations pétrolières ont atteint leur niveau historique le plus bas à moins d’un million de baril/jour. Le peuple iranien souffre et les dirigeants iraniens sont conscients que la situation ne saurait perdurer davantage.

Le pouvoir iranien, pour la première fois depuis longue date devient de son côté mono-céphale. Le Président Ahmadinéjad, affaibli, est de plus en plus écarté du processus décisionnel. Il s’est même vu refusé la semaine dernière, par le pouvoir judiciaire, le droit de rendre visite à son responsable de communication, emprisonnée pour crime de lèse-majesté à l’encontre de la personne du Guide. Son discours lors de l’assemblée générale de l’Onu a même surpris par sa modération, dénotant par rapport aux précédents. L’Ayatollah Khamenei, en sa qualité de Guide de la Révolution, statut constitutionnellement reconnu, concentre désormais la totalité des pouvoirs entre ses mains. Cette situation est propice aux prises de décisions. En effet, la démultiplication des centres de pouvoirs décisionnels déconcertaient les partenaires occidentaux de l’Iran, en rendant difficile la lecture du jeu de pouvoir. Or, aujourd’hui, clairement, tous les reins du pouvoir sont entre les mains du guide qui, seul jouissant de la légitimité constitutionnelle et politique nécessaire peut prendre une décision s’imposant à tous sur le nucléaire et plus généralement sur la nature des relations avec les Etats-Unis.

Car c’est de cela dont il s’agit et les éléments les plus idéologues du régime l’ont compris d’où leur discours anti-américain lors des évènements marquant la prise de l’ambassade américaine il y a 33 ans. Or, l’Iran n’est pas la Corée du Nord, avec d’un côté la Chine avec son soutien indéfectible et de l’autre les bases américaines à la frontière avec la Corée du Sud. L’Iran est au centre des enjeux internationaux les plus brulants, qu’il s’agisse des enjeux miniers d’hydrocarbures, du conflit entre l’Islam Sunnite et le chiisme ou enfin l’affrontement sino-américain. XXX

Le monde n’a d’autre choix que de ramener l’Iran dans le concert des nations en entamant ce dialogue. Etonnamment, les feux semblent être au vert même du côté de Paris. En effet, François Hollande, lors de la Conférence de presse conjointe avec le Premier ministre israélien a même reconnu que « l'Iran a parfaitement le droit de pouvoir accéder à la technologie nucléaire pour des fins civiles, mais l'Iran ne peut pas disposer de l'arme nucléaire ». Etant entendu, que le gouvernement israélien considère par la bouche de son ministre de la défense que l’Iran a abandonné sa quête de la bombe, rien ne semble plus s’opposer à une entente sur la sortie de crise.

Cette sortie pourrait prendre le schéma graduel suivant : l’abandon de l’enrichissement de l’uranium à 20% par l’Iran suivi du stockage des quantités déjà enrichies à l’étranger et enfin une reconnaissance de la pat de la communauté internationale du droit de l’Iran à enrichir à 3,5%. Au vu des pressions économiques accablant l’Iran, l’accord ne pourra mettre trop longtemps avant d’intervenir. Les élections présidentielles iraniennes de juin 2013 étant trop loin, le Guide devra avancer vers l’accord lui-même. Sachant que c’est le seul à disposer de la légitimité pour le faire, la concentration des pouvoirs entre ses mains, pour les besoins d’une sortie de crise n’est peut-être pas une mauvaise chose. C’est ce qui semble se dessiner.

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