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Guide des égarés : le cadeau d'oncle Jean
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Guide des égarés : le cadeau d'oncle Jean

Le dernier livre de Jean d'Ormesson c'est le cadeau savoureux d'un homme qui a l'écriture dans le sang et qui dresse pour nous un dernier (?) bilan, imprégné de sagesse et de passion pour la vie.

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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L’auteur

Est-il sérieux ou simplement légitime de présenter un homme qui, depuis soixante ans, consacre sa vie à la littérature? Tout a vraiment commencé pour le normalien Jean d’Ormesson avec La gloire de l’empire (1971) et Au plaisir de dieu (1974) : deux immenses succès qui le révèlent au grand public. Couronné de prix littéraires, fait grand-croix de la légion d’honneur (2014), académicien, philosophe, chroniqueur, journaliste, acteur à ses heures, il est le barde enchanté dont chaque nouvel ouvrage fait partager à des millions de lecteurs de par le monde sa passion du verbe et de la vie. En janvier 2015, les éditions Gallimard ont annoncé la publication de ses œuvres complètes dans la bibliothèque de la pléiade. Un honneur de plus. Si l’incontournable monument de la littérature française a plus d’un tour dans son sac pour surprendre son lectorat, y réussit-il avec son dernier (?) essai, le Guide des égarés ?

Thème

Pas foncièrement étonnant qu’à quatre-vingt-onze printemps, l’homme de plume et l’homme tout court s’interrogent ensemble sur le pourquoi du destin. Avant d’ouvrir la première page du guide des egarés, on aurait presque été tenté de s’écrier effrontément « encore un livre ! ». Dédaignant ceux qui ne l’aiment pas, Jean d’Ormesson persiste et signe mais quelles raisons avait-il de le faire ? La réponse surgit dès les premières pages du livre : la nécessité d’un inventaire s’est imposée à l’auteur, brassant les nombres, la matière, l’espace, l’air, l’eau, la lumière, les sciences, la pensée, les sentiments, les passions, les dieux et les démons. Pourquoi cet inventaire ? Pour tenter de répondre à la seule question que tout homme se pose tôt ou tard : celle du mystère qui l’attend ou non derrière sa propre mort.

Points forts

Tout au long de ce livre, cette impression, cette quasi-certitude, d’être accompagné par quelqu’un de familier. Nous aimons son ton, sa voix, la vitesse de sa pensée. Autour de lui, telle une armée d’ombres portées, les courbes de l’existence resserrent leurs liens, en tissant d’autres auxquels nous n’avions pas songé. Et leur évidence confond le lecteur par la puissance d’une sincérité effaçant d’un coup le vernis de l’incorrigible dandy. Ni postures avantageuses, ni brillantes digressions dans ce récit où le ciseau du sculpteur dompte l’esprit et la matière. L’aisance du résultat laisse pantois : rassemblée en 120 pages, une œuvre est là et d’elle jaillit la densité d’une réflexion partagée.

Points faibles

Les livres aimés sont trop courts et ici, la brièveté des chapitres plante en nous la lance d’un regret. La porte se referme trop vite nous privant du plaisir insondable du partage.

Une phrase

Qui seront trois :

- "vivre, c’est découvrir la lumière du matin… il m’a toujours semblé que la lumière était quelque chose de comparable à la pensée ou à ce que nous appelons l’esprit : un don de la matière mais qui s’élève comme par miracle, dans la stupeur et l’émotion, à la dignité souveraine de la grandeur et de la beauté."

- "le mal est une trouvaille de génie qui n’appartient qu’aux hommes. Il est une invention et un prolongement de la pensée."

- et cette autre, délicieusement positive : "le bonheur n’est pas un but, encore moins une obligation, mais un don gratuit, une surprise et la récompense de ceux qui ne passent pas leur temps à le cultiver."

En deux mots

Le guide des égarés n’est pas un livre mais une récompense, un cadeau inattendu déposé à notre porte par un facteur nommé destin. Nos doigts en tournent les pages avec avidité, puis reviennent en arrière pour que l’enchantement se poursuive. On ne note pas un tel livre pas plus qu’on ne demande le prix d’un cadeau. On le dévore, on en souligne des passages entiers et, …pour les inconditionnels de l’art de vivre, on lui fait une place, non pas dans une bibliothèque mais dans son cœur, au cas où une insomnie surviendrait. Exceptionnel et... nécessaire.

Recommandation

En prioritéEn priorité

Livre

« Guide des égarés »

De jean d’Ormesson

Ed.Gallimard

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