Laïcité à la Macron : quelques arguments pour l’applaudir | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Laïcité à la Macron : quelques arguments pour l’applaudir
©LUDOVIC MARIN / AFP

Voeux aux cultes

Laïcité à la Macron : quelques arguments pour l’applaudir

Jeudi dernier, le président Emmanuel Macron adressait ses voeux aux cultes. Il a prononcé un discours sur la responsabilité de l'Etat dans la cohésion et le suivi des cultes et a demandé à "chacun de respecter constamment et absolument toutes les règles de la République".

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

Voir la bio »

Atlantico : « Je ne demanderai jamais à quelque citoyen français que ce soit d’être modérément dans sa religion ou de croire modérément ou comme il faudrait  en son Dieu. Ça n’aurait que peu de sens. Mais je demanderai à chacun de respecter constamment et absolument toutes les règles de la République ». Au regard de ces vœux adressés aux cultes  par Emmanuel Macron, à quoi ressemblera son quinquennat sur le plan de la laïcité ? 

Bertrand Vergely : Cette déclaration d’Emmanuel Maxron appelle trois remarques. 

     1) Il y a quelque chose de juste dans cette déclaration  à savoir l’idée que la notion de religion modérée et de foi modérée est inepte.  Quand on croit en Dieu on ne croit pas en lui parce que l’on croit modérément mais parce qu’on y croit. Ayons modérément foi en Dieu. Cela revient à dire qu’on n’y croit pas. D’où l’ineptie des medias quand, croyant bien faire, ceux-ci distinguent parmi les musulmans les musulmans modérés des autres, les fanatiques, avec l’idée qu’un bon musulman est un musulman modéré qui ne croit pas trop ou plus trop,  un musulman inquiétant ou dangereux étant un musulmans qui croit vraiment. À consommer avec modération, disent les publicités pour l’alcool. Que l’on sache l’Islam n’est pas un alcool, celui-ci étant interdit. Or, dans l’expression musulman modéré = bon  musulman, de fait le bon Islam est traité comme un alcool. Sans le vouloir, les medias sont islamophobes. Ce qui n’est pas le cas d’Emmanul Macron ;

 C’est voltaire, avec son obsession du fanatisme,  qui a instillé l’idée que la bonne religion est une religion modérée qui ne croit pas trop.   Ironie de Voltaire.  Justesse en revanche d’Emmanuel Macron. Paradoxe cependant aussi. Voltaire étant le père de la laïcité avec son idée de religion modérée, en allant contre cette idée, force est de constater qu’Emmanuel Macron adopte une position qui, religieusement correcte, est inacceptable sur le plan de la laïcité. 

     2) Les religions peuvent être religieuses et vraiment croire, dit Emmanuel Macron. À une condition toutefois : qu’elles observent absolument et constamment les règles de la République. Cette phrase sonne curieusement. Pourquoi ce besoin de dire qu’il faut observer absolument et constamment les règles de la République ? Les observer suffit. A quoi bon rajouter de l’absolu dans cette obéissance ? La République n’est pas une religion que l’on sache. Or, ici elle est traitée comme telle. Ce rajout ressemble furieusement au besoin de se faire pardonner, un besoin se formulant ainsi : « Je permets à la religion d’être religieuse, ce qui est religieusement correct mais inacceptable pour la laïcité, mais pour me faire pardonner je demande à la religion religieuse de faire de la République une religion. Et, avec de l’absolu mis partout, dans la religion comme dans la politiquer, je réconcilie tout le monde. En conséquence de quoi, par la République vécue comme un absolu je redeviens laïc, l’absolu de la religion ne pouvant avoir lieu que dans l’absolu de la République ». Emmanuel Macron n’est pas, comme Vincent Peillon, désireux de faire de la laïcité une religion. Il n’en demeure pas moins que son propos reprend ce que la République a toujours utilisé pour bâtir une République laïque à savoir la République et la laïcité vécues comme religion. 

     3) En ce sens, son discours est un signe que l’on peut interpréter ainsi : fondamentalement rien ne va changer. Bien qu’ Emmanuel Macron ait écrit un livre dans lequel il se propose de faire non pas la révolution mais une révolution, il n’y en aura aucune. La société française continuera de vivre dans ses contradictions s’agissant du religieux sans parvenir à les résoudre. Ce dont Emmanuel Maxron n’et nullement responsable. La laïcité désignant le peuple qui n’est pas le clergé par rapport aux clercs et au clergé, la laïcité n’existe que quand le peuple se situe comme peuple par rapport à une religion et non en dehors d’elle. Autrement dit, tant qu’il n’y aura pas de vraie religion il ne pourra pas y avoir de vraie laïcité face à la religion. La République ayant décidé d’appeler laïc ce qui est dépourvu de religion, celle-ci est un athéisme qui n’ose pas dire son nom. De sorte que nullement neutre mais clairement antireligieuse, celle-ci ne peut pas respecter la liberté de croyance dont elle se réclame par ailleurs. Emmanuel Macron pense qu’en mettant de l’absolu partout il sera possible de réconcilier Religion et République. C’est un vœu pieux. Ce qui lors de vœux adressés aux cultes est de circonstance. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !