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La une du Monde s'intitulait : "Racisme : une France tolérante mais crispée sur l'islam".
La une du Monde s'intitulait : "Racisme : une France tolérante mais crispée sur l'islam".
©Reuters

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Quand la une du Monde en dit long sur la confusion idéologique "des élites" dans l'analyse du racisme et de l'islam

Une nouvelle race vient de naître : l'islam. Son père s'appelle Le Monde. Sa mère : la bêtise triomphante et sûre d'elle-même.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le titre du journal dit tout : "Racisme : une France tolérante mais crispée sur l'islam". Une France tolérante : tout va bien alors ! Crispée sur l'islam : tout va mal ! Ainsi dans la très riche rubrique de l'antiracisme, l'islam est venu s'ajouter aux Arabes, aux Juifs, aux Noirs, aux Jaunes… Une nouvelle race en quelque sorte que la République (telle que l'entend Le Monde) se doit de protéger contre les racistes.

L'article en question a nécessité beaucoup de travail. Nombre d'experts et de spécialistes ont été interrogés. Presque autant que ceux qui ont planché sur le grotesque et célèbre rapport qu' Ayrault a dû mettre à la poubelle sur la colérique injonction d'Hollande. De ce travail de fourmi, il ressort que la crainte (ou la détestation) qu'inspire l'islam aux Français "crispés" doit être apparentée au racisme. Un racisme de substitution qui aurait pour nom l'islamophobie.

L'article contient une évidence d'importance : "l'islam de France n'est pas l'islam afghan" ! Oui, il fallait que cela soit dit, faute de quoi la très fragile architecture du texte se serait aussitôt effondrée. Bien-sûr que l'islam de France n'est pas l'islam afghan. Tel n'est certainement pas l'aspiration de la plupart des musulmans français. Et, surtout, ni nos lois ni la majorité, déjà "crispée", de la population française ne permettraient que Paris ne ressemble à Kaboul.

Mais les musulmans de France ont quelque chose en commun avec leurs coreligionnaires afghans, pakistanais, saoudiens, syriens, somaliens, maliens et autres : ils prient le même Dieu, vénèrent le même prophète et considèrent comme saint le même livre. Ça ne crée pas nécessairement une connivence ni même une proximité. Mais cela devrait créer, au moins, quelques devoirs. Et là rien. Pas un cri. Pas un mot.

N'entendent-ils pas les plaintes de ceux qu'on ampute ? Les hurlements des femmes qu'on lapide ? Les gémissements de ceux qu'on égorge ? Les cris des filles qu'on fouette ? Évidemment qu'ils ne sont pas comme ça. Evidemment qu'ils n'en sont ni responsables ni coupables. Mais on aimerait que de temps en temps la hiérarchie religieuse de l'islam français fasse part du dégoût que lui inspirent ces pratiques commises au nom du même dieu, du même prophète et du même livre. Dès lors, Le Monde pourrait, à coup sûr, faire un titre sur les Français "décrispés" face à l'islam.

Imaginons que le catholicisme soit religion d'Etat dans un quelconque pays et que le fait de dire que Jésus était un pauvre illuminé entraîne là-bas la peine capitale pour blasphème. Aussitôt tous les évêques de France protesteraient contre cette infamie. Ces pays existent : l'Afghanistan, le Pakistan, l'Arabie Saoudite. A première vue ils ne sont pas catholiques… Imaginons encore que des intégristes catholiques, genre Saint-Nicolas du Chardonnet, s'emparent de quelques jeunes filles court-vêtues, et donc impudiques, et les fouettent en public.

Ils seraient aussitôt excommuniés, vomis, rejetés par toutes les églises de France et de Navarre. Le fouet pour les pécheresses tentatrices est en usage dans de nombreux pays : aucun d'entre eux n'est catholique… Imaginons enfin qu'un groupe de croisés fanatiques fasse irruption dans un hôtel de Nairobi en criant "le Christ est grand !" pour éventrer des femmes musulmanes et émasculer des petits garçons de la même confession. Toute la chrétienté prendrait alors le deuil face à cette horreur. Ces événements ont eu lieu récemment et le groupe monstrueux n'était pas catholique…

Ponce Pilate, était, comme chacun sait, romain. Son nom est passé à la postérité de façon très, très, peu glorieuse. Et pourtant sa descendance est nombreuse y compris aujourd'hui en France. Cette dernière, rappelons-le quand même, a été pendant plus de mille ans façonnée par le catholicisme. Pour le meilleur et aussi pour le pire. Les juifs égorgés sur la route des Croisades (avant que cela ne soit le tour des musulmans), le massacre des Albigeois, la Saint-Barthélemy, les dragonnades, le chevalier de la Barre, Calas…  Religion dominante, religion d'Etat, le catholicisme fut alors cruel et oppressif. Et pourtant ce sont des curés, alliés au Tiers-Etat, qui permirent la Révolution française. Car il y avait dans les horreurs précédentes transgression absolue du message du Christ qui mourut sur la croix après avoir prêché l'égalité et la fraternité entre les hommes.

Mahomet, chef de guerre, connut un autre destin. Il serait bon que les instances religieuses de l'islam français, instruites de toutes les arcanes du Coran, nous fassent savoir si là aussi il y a eu transgression. Certes on ne manquera pas de nous dire que l'islam est une religion jeune. De sept siècles plus jeune que le christianisme. Et donc qu'il faut laisser à cet enfant turbulent le temps de s'assagir. Sept siècles encore à attendre ! Armons-nous de patience.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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