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La rupture des noces immémoriales du masculin et du féminin est pour aujourd’hui
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Bonnes feuilles

La rupture des noces immémoriales du masculin et du féminin est pour aujourd’hui

Dans "Elle : Eloge de l'éternel féminin" (ed. Albin Michel), Denis Tillinac nous invite à préserver ce mystère qu'est la femme pour l'homme et éviter à tout prix qu'une guerre des sexes n'éclate. 1/2

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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Notre désarroi est plus trouble, parce que nous voyons se déchirer, au fil des années et sur un tempo accéléré, la trame d’une civilisation qui fut celle de nos pères. On l’appelle encore occidentale par abus de langage, mais nos croyances, nos règles et nos mœurs nous en éloignent ; il n’en restera bientôt que des vestiges. Nous sommes les gardiens tantôt distraits, tantôt résignés et tantôt paniqués de ruines auxquelles est consentie l’aumône d’une muséification. Nous avons du mal à encaisser un tel chambardement. Avec des nostalgies variables, nous sommes enclins à regretter, non sans les idéaliser, ces temps jadis où les épousailles de la permanence et de l’innovation permettaient à l’homme de traverser les générations sans perdre ses ancrages. Il les cherche à tâtons dans une nuit sans lune, mal équipé et mal barré pour affronter les vents mauvais de l’Histoire. Le sac écologique de la planète, les pressions démographiques, les flux migratoires, les conflits prévisibles pour le contrôle de l’eau, des matières premières et des sources d’énergie, la dissémination des armes nucléaires, une lutte des classes à échelle mondiale, la tentation d’un prométhéisme technicien : autant de menaces qu’il va falloir conjurer.

La pire de toutes : une fin programmée des noces immémoriales du masculin et du féminin. Rien de moins. La fin des connivences qui partout, au long des siècles, ont modulé en premier lieu les sentiments humains. Toi et Moi, Il et Elle, émerveillés par le mystère de cette altérité. C’est l’altérité des genres qui enfante la psyché, éveille la conscience, construit le désir, nourrit la créativité. Sans le regard de l’Autre, l’écho de sa voix, sa main tendue, ses bras ouverts pour une étreinte amicale, amoureuse ou fraternelle, le moi balbutie des mots d’infirme en béant devant son miroir.

Sans l’Autre tout proche bien qu’énigmatique, l’imaginaire est réduit à battre de l’aile au ras de pulsions et de fantasmes. L’altérité des genres est le premier des distinguos par quoi l’humain commence à appréhender le monde. Toi mon père et ma mère, toi mon frère ou ma sœur. Toi mon âme sœur.

Cette altérité est au fondement de toutes les légendes des origines et des fins dernières. Elle s’est déclinée différemment selon les saisons historiques des civilisations qui ont essaimé sur ce globe à présent minuscule. Le génie de la nôtre est d’avoir fait naître entre Athènes et Jérusalem une conception de la féminité qui a imprégné au plus intime notre spiritualité, notre sensibilité, notre esthétique, notre érotique. Elle fut et reste le joyau le plus précieux de notre héritage ; d’une certaine façon, elle en résume la singularité et la noblesse. Or, un certain féminisme venu des États-Unis, mais issu du pire nihilisme européen, a dévoyé la juste cause de l’émancipation de la femme pour détruire le bonheur de se reconnaître dans le chatoiement des dissemblances en vue d’instaurer un enfer où Hermaphrodite et Narcisse s’exténueraient dans la quête d’une unité fantoche. Plus de toi face à moi, plus de secret à déchiffrer dans le regard de l’Autre : un monologue stérile du Même avec le Même. Plus d’ici et d’ailleurs : des individus interchangeables condamnés à une errance solitaire sur un espace aléatoire. Au bout de cette logique se profile un cauchemar totalitaire : la barbarie de l’Indifférencié, légitimée par une confusion puérile entre l’existence de l’altérité des genres, et ses modalités selon les cultures.

Ce nihilisme rejoint celui des fous d’Allah dans un même déni de la féminité où transparaît la haine du monde. Il prêterait à sourire si les forces de l’argent, les progrès des sciences du vivant, la déshérence des fondements anthropologiques et le suivisme apeuré des faiseurs d’opinion ne conspiraient à l’avènement d’un androgynat mental, par la loi ou par la terreur. Les deux font la paire quand le matraquage des esprits anesthésie les consciences. À un conditionnement récurrent se surajoute l’imbroglio de revendications « sociétales » qui prises séparément semblent raisonnables, mais dont le flux tendu enracine l’idée d’une mise au rebut de l’altérité par un prétendu sens de l’Histoire. Les cultures tendant à dégénérer en folklore dans le barnum du cosmopolitisme, ce qui distingue le masculin du féminin serait voué à choir dans « les poubelles de l’Histoire », formule de Trotski.

Ceux qui s’y réfèrent pour exalter le chant polyphonique du monde et la joie d’y inscrire nos dissemblances seraient des passéistes machos ou réacs. Ainsi est dite la messe des sectateurs de l’Indifférenciation, avec un catéchisme où dans les écoles garçons et filles, au lieu d’apprendre à cultiver le beau mystère de leur altérité, sont sommés de la mettre sous séquestre. Divers pédagogues conspirent à cet attentat contre la vie, dévoyant leur mission par soumission à une frénésie idéologique. La menace n’est donc pas illusoire. Des lois prétendument émancipatrices, en relais d’une sociologie à leur convenance, nous rapprochent d’un degré zéro de la sociabilité où l’homme et la femme seront au mieux les partenaires d’un jeu de rôles sans enjeu affectif, au pire des concurrents. Rien de plus calamiteux pour l’avenir de l’engeance humaine : Toi et Moi acculés à un mimétisme parallèle, car soustraits à notre identité première. Toi déguisé en Moi, pour ne pas offusquer la bigoterie des nouveaux tartuffes : cachez ce sexe que je ne saurais voir. Toi mon ennemi potentiel, et réciproquement, dans l’open space où nous sommes tous en lice pour entretenir une guerre économique sans merci.

Extrait de "Elle : Eloge de l'éternel féminin" de Denis Tillinac, publié chez Albin Michel.

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