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Primaire PS : famille, je vous hais
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Primaire PS : famille, je vous hais

Après La Rochelle, on n’y voit guère plus clair. Seule certitude à ce stade, Jean-Michel Baylet n'a pas beaucoup d'amis au parti socialiste.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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La Rochelle est derrière nous, OK, mais l’issue de la primaire PS reste aussi difficile à pronostiquer que la météo estivale d’une Gaïa déboussolée. Et encore, pour la météo, c’est tout de même un poil documenté : en été, il fait généralement plus chaud qu’en hiver…

Avec la primaire, en revanche, pas d’archives, pas de stats, pas de références. On ne sait pas qui va voter. On ne sait pas combien seront les votants. Pire, on ne sait même pas si le décompte des bulletins se fera à la marseillaise, à la lilloise ou à la loyale.

C’est le flou le plus total, quoi…

Pour autant, c’est en entendant ma mère annoncer qu’elle allait voter Montebourg (« Tout de même, il faut bien lutter contre les spéculateurs… ») que j’ai pris  la pleine mesure des risques que « nous » (la gauche moderne, éclairée, fédéraliste, rock’n’roll, libérale, polyglotte et cosmopolite) courions :

― Maman, tu ne te rends pas compte ! Montebourg ne lutte pas contre la spéculation : il a juste repris les boutiques laissées vacantes par Mélenchon et Fabius et cherche à se rendre incontournable pour le coup d’après…
― Mouais... En attendant, il est le seul à dire qu’il va stopper la mondialisation !
― Maman, enfin ! [glapissement exaspéré. NDLR] Tu ne veux tout de même pas renvoyer le parti socialiste trente ans en arrière, lorsque Pierre Mauroy devait se bagarrer contre ces visiteurs du soir qui suggéraient à François Mitterrand de sortir du Système Monétaire Européen et de rejoindre le pacte de Varsovie !

Ah tu votes Montebourg ? Très bien : moi je vote Valls !

Peine perdue. Elle est sympa, ma mère, mais qu’est-ce qu’elle est têtue. En fait, elle sait bien que Montebourg est essentiellement un ambitieux qui, maintenant qu’il s’est émancipé de Ségolène Royal, veut faire carrière en solo ― une sorte de Copé de gauche avec plus de cheveux. Mais elle pense que c’est le moyen d’envoyer un « message  » aux poids lourds :

― Il n’ira pas loin, mais celui ou celle qui l'emportera devra tenir compte de ses voix pour la présidentielle et ça sera une bonne chose… Moi, je veux un PS plus à gauche !

Bon, à vrai dire, ça se tient. Elle ne se fait pas d’illusions sur les motivations du bonhomme mais elle veut s’en servir comme d’une machine à convaincre Aubry et Hollande ― les « vrais candidats » ― de faire attention à elle et à ses copines retraitées de la fonction publique (oui oui, je caricature : l'une de ses amies a fait une partie de sa carrière dans le privé…). Et à sa décharge, les stratégies de ce genre sont toujours moins dangereuses dans une compète « pour de rire » que dans une élection pur-porc.

Le hic, les capacités de mobilisation du « surmoi marxiste » étant ce qu’elles sont, c’est que le porte-voix de la gauche non-reconstruite peut toujours se retrouver propulsé en tête ! On a vu des choses plus étranges. Et alors là, adieu veaux, vaches, cochons, couvées : le second mandat de Sarkozy, c’est dans la poche.

Mais je ne suis pas homme à me laisser abattre. Ma mère vote Montebourg à la primaire pour peser sur le programme de Martine Hollande ? Très bien. Moi je vote Valls. Un partout la balle au centre (si j’ose dire). D’accord, le Catalan fougueux est un peu trop convaincu que la construction de nouveaux commissariats peut stimuler la croissance et que fumer un pétard est l’antichambre de l’enfer, mais il a tout de même compris deux-trois trucs au monde moderne. D’ailleurs, même The Economist a fini par le remarquer depuis l'éviction du Loft de DSK.

― Quoi, tu veux voter pour Valls ? Mais il est de droite !
― Mais non maman : c’est juste ce que disent Montebourg et Mélenchon pour le délégitimer et convaincre les gens comme toi que quiconque ne rêve pas de la fin du capitalisme et de l’économie de marché est un ultranéolibéral à la solde des marchés et de Sarkozy. Et de toute manière, c’est comme ton démondialiste : il ne va pas gagner mais plus il engrange de voix, plus il peut peser sur François Aubry et l’empêcher de promettre la collectivisation des moyens de production pour être élu…
― Ah, si c’est comme ça, d’accord…

Une éléphante dans un magasin de porcelaine ?

Au final, à nous deux, on la situation est à peu près sous contrôle. Le PS va se retrouver avec un candidat standard (« normal », c’est trop connoté), qui promettra une social-démocratie moyenne avec une inflexion un peu radicale si c’est ma maman (enfin, Montebourg) qui fait une bonne troisième place et un tropisme un peu plus business friendly si c’est Valls. Sarkozy n’est pas encore avec sa valoche sur le trottoir devant l’Elysée, mais ça commence à ressembler à quelque chose…

― Vous n’oubliez pas un truc en chemin ? demande ma sœur qui passait par là.
― Euh, non, je crois qu’on est bordé, là…
― Ben moi je vote Ségolène et vos petits arrangements, c’est hors de question !

Oh zut ! Ma sœur… J’avais oublié ma sœur ! Tss, elle aurait voté Baylet, on aurait pu faire comme si de rien n’était. Mais Ségolène… Ça c’est un os de taille. Elle fragilise complètement nos plans, cette trouble-fête imprévisible. La fois dernière, on pouvait s’en accommoder avec fortitude et zénitude, mais là : elle va tout fiche en l’air.

« Ah, c’est sûr, avec DSK,  c’était plus simple », se marre mon frangin qui écoute aux portes et se contrefout de la primaire puisqu’il vote Bayrou, cet innocent (le frangin, pas Bayrou. Quoique…).

Oui, avec DSK, c’est sûr, c’était plus simple. Ces centristes, quelle plaie...

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