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La puissance des réseaux sociaux

La pression du selfie : quand l’envie de se distinguer amène à vouloir ressembler à tout le monde

Le meme de Dolly Parton est largement relayé sur Internet. Ce cliché regroupe quatre photos différentes pour ses comptes Facebook, LinkedIn, Instagram et Tinder. Les réseaux sociaux signent-ils la fin de l'individualité ?

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Atlantico.fr : Le meme créé par Dolly Parton a fait le tour des réseaux sociaux présentant quatre photos, chacune destinée à une plateforme (LinkedIn, Facebook, Tinder, Instagram). Est-ce une description de notre personnalité? Comment expliquer l'engouement provoqué par ce meme, partagé des milliers de fois et repris par de multiples personnalités sur internet ?

Nathalie Nadaud-Albertini : On peut expliquer l’engouement provoqué par ce meme par le fait que les gens se sont reconnus et se sont sentis concernés. Comme l’explique Emma Gray Ellis dans son article paru dans The Wired, c’est une façon pour tout un chacun de se moquer de la façon dont il se met en scène sur les réseaux. Publier ces quatre photos est pour chaque internaute une façon de dénoncer ce qu’il perçoit comme un phénomène d’uniformisation rabotant çà et là toute singularité individuelle et de tenter d’y résister.

La grande majorité des internautes proposaient des photos très similaires pour les différentes plateformes sociales. Sommes-nous devenus tous pareils ? 

La grande similarité des photos montre que chaque réseau est un lieu où s’exerce pour tout un chacun une forme de représentation de soi au sens où l’entend Erving Goffman dans La Mise en scène de la vie quotidienne I. La présentation de soi. C’est-à-dire que l’on a affaire à l’activité d’une personne donnée qui, à une occasion donnée, se présente à autrui de façon à influencer la perception qu’une ou plusieurs personnes auront de lui. Dans ce cadre, cette personne joue alors un « rôle », à savoir un « modèle d’action pré-établi que l’on développe pendant une représentation et que l’on peut présenter ou utiliser en d’autres occasions » (p.23). Autrement dit, dans une certaine situation, il est d’usage de se présenter selon tel ou tel code pour donner telle ou telle image de soi. C’est ce qui se passe avec le meme crée par Dolly Parton qui met en évidence le fait qu’on utilisera des codes visuels différents selon le réseau social : sur LinkedIn, ce sera le code du professionnalisme ; sur Facebook, le code du familial ; sur Tinder, le code de la séduction ; et sur Instagram le code du glamour décontracté.

Cela ne veut pas dire que nous sommes devenus tous pareils mais que l’on a appris les codes de la présentation de soi en ligne requise par les différents réseaux. Un peu comme on a appris dans la vie hors ligne à se présenter et à se comporter différemment au bureau et à la plage. 

Est-ce que ceci ne tend pas à démontrer que ces réseaux sociaux signent la fin de l'individualité ? 

Cela ne montre pas que les réseaux sociaux signent la fin de l’individualité. Cela montre que chaque réseau requiert une socialisation spécifique dont chaque utilisateur prend acte, comme l’on prend acte dans la vie hors ligne des différentes formes de socialisation auxquelles il faut se conformer. L’individualité de chacun se construit au sein de ces différentes formes de socialisation quotidiennes, car chaque individu en a sa propre interprétation autant que sa propre façon d’articuler les différents contextes de socialisation. Il en est de même des différentes formes de socialisation au sein des réseaux sociaux. 

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