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La mystérieuse chute du nombre de migrants qui traversent la Méditerranée pendant l'été 2017
©Reuters

Changement de trajectoire

La mystérieuse chute du nombre de migrants qui traversent la Méditerranée pendant l'été 2017

De janvier à mi-août 2017, 121 000 arrivées de migrants ont été enregistrées, principalement en Italie, contre 273 000 sur la même période en 2016.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Atlantico : L'International Organization for Migration (IOM) des Nations-Unies a dévoilé mardi les chiffres des arrivées récentes de migrants en Europe et c'est une surprise.  De janvier à mi-août 2017, on a enregistré 121 000 arrivées (principalement en Italie) alors qu'on en enregistrait  273 000 sur la même période en 2016. Comment expliquer ce phénomène  qui est encore plus visible en août alors que c'est le moment le plus propice aux traversées ?

Guillaume Lagane : Il y a probablement deux raisons. La première, c'est effectivement que les pays européens ont agi pour réduire la demande de départ. Il y a eu un accord en 2016 entre l'UE et la Turquie qui a eu pour effet de dérouter de la route des Balkans vers la Libye et on a un peu le même phénomène avec des accords conclus entre l'UE et des pays africains comme le Niger, le Tchad ou le Soudan. Et puis des accords bilatéraux entre l'Italie et la Libye. Elle est allée jusqu'à signer des accords avec des tribus du sud conditionnant une aide si elles retiennent les migrants.

Deuxième facteur, qui est plus d'ordre technique, c'est qu'on voit bien qu'avec tout le battage médiatique autour de ces migrations qu'elles sont dangereuses. Cela peut freiner les migrants d'aller en Libye car ils savent les risques qu'ils encourent. Il ne faut pas oublier que dans ces migrants, une moitié vient d'Afrique de l'Est, certainement de régimes répressifs comme l'Erythrée, et l'autre moitié vient d'Afrique de l'Ouest, dont peut-être pour une majorité des migrants économiques attirés par l'idée d'une vie meilleure.

A cela il faut encore ajouter la diversification des routes et l'explosion, même si les chiffres restent bien moindres, du nombre de migrants arrivant depuis l'Espagne.

Pour autant, qu'est-ce que ces chiffres ne disent pas ? 

La statistique est la forme moderne du mensonge. On ne sait pas vraiment comment elles sont compilées mais ce qui est sûr c'est qu'elles sont difficiles à obtenir. La situation politique en Libye étant très confuse, avec deux forces politiques rivales incarnées par Haftar et el-Sarraj. Du point de vue des Nations unies, il n'est pas facile d'avoir des statistiques officielles. Ce que l'on a, et ce qui est précis, ce sont les chiffres que l'on peut tirer des garde-côtes italiens.

En dehors des statistiques, il faut compter les migrants qui sont encore en Libye, extrêmement nombreux, et qui n'ont pas encore franchi le pas de la traversée. Pour rappel, même avant la guerre de 2011, la Libye accueillait pratiquement deux millions de travailleurs étrangers. Enfin, il faudrait rajouter le nombre de migrants qui sont arrivés illégalement et qui sont "passés entre les mailles du filet", mais sur eux il n'y a pas de chiffres précis.

Est-ce que cette baisse signifie pour autant que le phénomène va décliner de manière durable ? Surtout lorsque l'on voit que les arrivées en Espagne, même si elles restent bien inférieures, ont quand même triplé en 2017 par rapport à 2016  ?

Objectivement, rien n'indique que le phénomène migratoire devrait décroitre. S'agissant des réfugiés politique, de nombreux conflits qui ont lieu dans leur pays d'origine comme par exemple la Somalie ou le Sud Soudan, ne sont pas prêts de se dissiper tout comme le problème de persécution envers les populations locales.

Il faut rajouter le sempiternel problème du développement de l'Afrique qui est toujours très lent. Et à ces deux problèmes de fond, il faut rajouter le fait que l'Afrique est une bombe démographique à retardement. On estime aujourd'hui que le nombre d'Africains au Sud du Sahara passera de un milliard aujourd'hui à deux milliards en 2050 et quatre milliards en 2100. Le Nigéria seul passera de 182 millions d'habitants aujourd'hui à plus de 400 millions d'ici 2050. Les défis à venir pour ces pays en matière de santé par exemple ou même de capacité à nourrir les populations sont gigantesques.

Dans ce contexte il est difficile d'imaginer qu'ils ne trouveront pas d'intérêt à venir en Europe. L'accalmie apparente ne s'éternisera pas. A plus court terme, elle peut durer, on verra cela en fonction de l'efficacité des mesures prises par les pays européens comme celle voulue par Emmanuel Macron d'instaurer des "hotspots" sur le continent Africain pour traiter les demandes. Une méthode qui n'est pas sans rappeler ce qu'a fait l'Australie et qui semble efficace, toute proportion gardée.

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