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La minute rêve : mais que pourrions-nous faire en France si nous avions les 1000 milliards de dollars que vient d'atteindre le fonds souverain norvégien ?
©Capture d'écran Youtube

Non Euro Millions

La minute rêve : mais que pourrions-nous faire en France si nous avions les 1000 milliards de dollars que vient d'atteindre le fonds souverain norvégien ?

La Norvège vient de passer les 1000 milliards de dollars de fonds souverain, position unique en Europe. Ce qui peut susciter jalousie et rêves, d'autant plus que la France par exemple pourrait vraiment faire quelque chose de ce joli pécule.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Pour la première fois, le fonds souverain norvégien, le "Norges Bank Investment Managers -NBIM- créé pour gérer les excédents de réserves de change provenant de l'exportation du pétrole, a atteint la valorisation de 1000 milliards de dollars, soit l'équivalent de 835 milliards d'euros. En imaginant que l'Etat français se retrouve à la tête d'une telle somme, quelles seraient les possibilités offertes pour le pays ? Que pourrions-nous faire avec une telle somme ?

Jean-Yves Archer : Si nous nous plaçons d'un point de vue juridique, il y a une priorité absolue qui consiste à revenir dans le cadre fixé par le Traité de Maastricht qui énonce deux règles : celle des 3% de déficit maximal du PIB et celle d'une dette inférieure ou égale à 60% du PIB.

Le président Macron est un europhile hyper-convaincu, il y a donc fort à parier qu'il dédierait une large part des 835 milliards d'euros au désendettement.

Ainsi, si l'on estime que la France a 2.200 mds de dette publique explicite soit 100% de son PIB, alors il faut rembourser à hauteur de 880 milliards ce qui suppose une négociation pour remboursement anticipé et nous laisserait avec une dette de 60% du PIB soit 1320 milliards.

" En même temps " pourquoi ne pas profiter de cette manne de 835 mds pour " faire " quelque chose de positif, c'est-à-dire des investissements dont le rendement escompté excède la mise de fonds.

Dans cette perspective, on pourrait soulager la dette publique de 360 milliards ( rappelons que le quinquennat de François Hollande a englouti 364 mds de dette explicite et plus de 500 mds d'engagements hors-bilan ) et conserver 500 milliards pour investir.

Trois investissements semblent relever de domaines fondamentaux.

  • Tout d'abord, l'exploitation des ressources du plateau maritime que la France et son outre-mer contiennent. Pour une fois, je suis volontiers en phase avec le programme de Jean-Luc Mélenchon relatif à une " grande politique de la mer ".
  • A partir du groupe ELF, Pierre Guillaumat et Jean-François Dehecq ont su faire sortir du sol la future multinationale SANOFI. Faisons, avec 200 milliards, le pari de la mer !
  • Puis, faisons le pari de défendre la mère patrie. Autrement dit, investissons dans nos forces armées et notamment dans les avancées requises pour maintenir à flot notre force de dissuasion. Terre, air, mer et bloc nucléaire méritent bien 75 milliards soit l'équivalent de deux années budgétaires au rythme actuel que l'on sait insuffisant.

Dans cette hypothèse, il resterait 125 milliards pour " faire France ", autrement dit pour remettre d'aplomb le pacte sociétal et éducatif. Pour donner à l'éducation civique une place décente qui permette de forger des citoyens et de contenir ceux que Jean-Pierre Chevènement avait été le premier à appeler des sauvageons.

En prenant un point de vue financier, qu'est-ce que cette somme pourrait permettre , en termes de réduction de dettes, d'abaissement de la pression fiscale, quelles seraient les possibilités offertes par une telle cagnotte ? 

Je vous ai répondu sur le volet endettement en retenant une voie médiane. Quant à l'abaissement de la pression fiscale, il serait mécanique. Le service de la dette ( avec des taux d'intérêt bas ) coûte déjà 40 milliards. En allégeant le montant total de la dette de la France, on diminue le service de la dette et on peut, dans mon hypothèse, baisser de 20 à 25 milliards les impôts, donc se dispenser de hausse de la CSG tout en introduisant une dose de TVA sociale pour freiner le dynamisme conquérant des importations.

Et d'un point de vue plus "stratégique", à quoi pourraient servir ces 1000 milliards pour le pays ? Quelles seraient les dépenses les plus profitables sur le long terme ?

Dans mon for intérieur et après analyse, je valide les propos d'Aymar Achille-Fould, éminent parlementaire du Médoc, qui fût nommé président de la Mission interministérielle de la Mer par le premier ministre Barre en 1976.

Sa biographie rédigée par les Services de l'Assemblée Nationale est claire : (http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/%28num_dept%29/29    ) " Son intérêt se focalise désormais sur sa première passion, la mer. Il s’est toujours battu pour que la France s’impose en permanence les moyens d’une politique maritime qui concerne à la fois les pêches et l’exploitation minière, le développement du tourisme et la maîtrise du trafic lié au commerce extérieur de la France. Ainsi, le député de Gironde préside le groupe interministériel de coordination de l’action en mer des administrations (G.I.C.A.M.A.). "

C'est à un GICAMA incluant des capitaux privés autant que publics qu'il faut aboutir pour enfin détenir le véhicule de notre progrès collectif commun. Au demeurant, il n'est pas incongru de rappeler ici qu'un milliardaire norvégien, Kjell Inge Rokke ( détenteur de près de 2 mds d'euros ) a décidé de faire œuvre philanthropique en dédiant une fraction de ses deniers à la lutte contre la pollution des océans.

Le fonds norvégien, lui, a beaucoup d'actifs monétaires et obligataires et représente une sorte de super Livret A de ce vaillant peuple du Nord. L'état de nos finances publiques ne nous permettrait de thésauriser ainsi étant connus nos besoins de financement.

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