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Le taux d’accession à la propriété aux États-Unis est le plus bas constaté en 18 ans.
Le taux d’accession à la propriété aux États-Unis est le plus bas constaté en 18 ans.
©Reuters

American nightmare

La longue descente aux enfers de la classe moyenne américaine

Loin de retrouver son niveau de vie d'avant-crise, la classe moyenne américaine fait au contraire les frais de la transformation de l'économie du pays.

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

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Dans le secteur immobilier, dont l’effondrement est à l’origine de la crise financière de 2008-2009, les prix des maisons sont certes en hausse (12,2% sur un an, selon l’indice S&P/Case Shiller de juillet), et le marché de la revente croît également. Cependant, l’industrie immobilière confirme un ralentissement de la demande cet été face à la montée récente des taux hypothécaires. Le total de la dette hypothécaire aux Etats-Unis est désormais environ 5 fois plus grand  qu’il ne l’était-il y a 20 ans. Et le taux de délinquance de ces prêts hypothécaires qui était de l’ordre de 2% en 2000 est aujourd’hui à près de 10%.

Le taux d’accession à la propriété aux États-Unis est le plus bas constaté en 18 ans et il est devenu plus cher que jamais que  de louer une maison en Amérique. En fait, le loyer demandé médian des logements locatifs vacants vient d’atteindre  un nouveau record jamais observé.

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Le commerce de détail US "s’active" à première vue depuis un an, notamment dans le secteur de l’automobile (0,9% en août). Mais la confiance des consommateurs a sensiblement diminué en septembre, et les ventes des magasins ont ralenti en août (0,2% après un gain de 0,4% en juillet), signe que les ménages américains s’essoufflent rapidement. C’est que l’endettement des consommateurs aux États-Unis a augmenté de 1 700% depuis 1971, et 46% de tous les Américains reportent un solde de carte de crédit débiteur de mois en mois.

Comme le confirmaient les plus récentes statistiques (août), le chômage aux États-Unis continue certes de reculer (7,3%, soit 0,1% de moins qu’en juillet). Mais la baisse est lente. Et si le chômage diminue, ce n’est pas pour de bonnes raisons. Ce ne sont pas tant les embauches qui augmentent que le nombre croissant d’Américains qui renoncent à chercher un emploi.

Plus de 90 millions d’Américains en âge de travailler sont considérés comme "pas ou plus sur le marché du travail". Ce qu’on appelle le "taux de participation", ou la part de la population qui a un travail ou qui en cherche un, est tombé à 63,2%, un creux en 35 ans ! Bref, les Américains abandonnent le marché du travail par milliers. 516 000 Américains "ont quitté la population active" rien que le mois dernier. Ce qui constitue un record à la hausse, le taux le plus important  jamais observé !

"Les salariés qui ont renoncé à travailler représentent les trois quarts de la baisse du taux de participation depuis le début de la récession", déplore l’Economic Policy Institute dans une note économique. Même les travailleurs dans la fleur de l’âge décrochent : plus de la moitié des gens (53,7%) ayant renoncé à travailler sont âgés de 25 à 54 ans.

Le nombre d’emplois du secteur privé a diminué de 278 000 le mois dernier. 77% des emplois qui ont été "créés" jusqu’ici cette année ont été des emplois à temps partiel. Sans oublier que la qualité des emplois créés laisse souvent à désirer.

L’économie américaine continue de s’échanger des emplois bien rémunérés contre des emplois faiblement rémunérés. 60% des emplois perdus durant la dernière récession sont des emplois à salaire moyen, mais 58% des emplois créés depuis lors, ont été des emplois à bas salaires. En 1980, moins de 30% de tous les emplois aux États-Unis étaient des emplois à faible revenu. Aujourd’hui, plus de 40% de tous les emplois aux États-Unis sont des emplois à faible revenu.

Selon la Brookings Institution, quelque 70% des embauches depuis la fin de la récession l’ont été dans des secteurs à faible coût de main-d’œuvre, comme la restauration rapide et le commerce de détail. Ce que des économistes appellent des "McJobs", une référence aux emplois peu rémunérés des restos de type fast-food.

À cet égard, le portrait est désolant : corrigés de l’inflation, les salaires chez McDonald’s n’ont pas progressé d’un cent… en 50 ans, selon des études américaines.

Selon le Census Bureau, le revenu médian des ménages n’était en 2012 que de 51 017 $US, quasiment au même niveau qu’en 2011. Il est encore inférieur de 8% au niveau de 2007 et de 9% au sommet historique de 1999 (corrigé de l’inflation). Il a baissé de 7,8 pour cent depuis l’an 2000. Selon une étude, entre 1969 et 2009, les salaires médians gagnés par les hommes américains âgés de 30 à 50 ont diminué de 27% en tenant compte de l’inflation.

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Ce qui fait dire à Lawrence Mishel, président de l’Economic Policy Institute, que "le seul groupe qui ait vraiment prospéré depuis la fin de la récession, en juin 2009, ce sont les 5% de la population qui gagnent le plus". Le 1% le plus riche du pays a reçu 20% du revenu de la nation l’an dernier, quand le travailleur moyen ne bénéficiait d’aucune amélioration.

Sans oublier que le taux de pauvreté - fixé pour un ménage à moins de 23 283 $US/an - a stagné en 2012, à 15%. Son plus haut niveau depuis 1993.

Environ une personne sur quatre travaillant à temps partiel en Amérique vit en dessous du seuil de pauvreté. À l’heure actuelle, 40% de tous les travailleurs américains gagnent moins que ce qu’un travailleur avec un salaire minimum à temps plein gagnait en 1968. Le nombre de foyers américains recevant des coupons alimentaires est à un niveau record .

Selon le Bureau du recensement américain , la classe moyenne a la plus petite part du gâteau du revenu global jamais enregistré auparavant !

Ce billet a d'abord été publié sur le blog A Lupus

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