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La consommation d’au moins trois fruits par semaine aurait un effet protecteur sur l’asthme sévère
La consommation d’au moins trois fruits par semaine aurait un effet protecteur sur l’asthme sévère
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Fast food : après l'obésité, l'asthme ?

La junk food va-t-elle rendre nos enfants asthmatiques et sujets à l'eczéma ?

D'après une étude réalisée par des chercheurs néo-zélandais, consommer de la nourriture de type fast-food au moins trois fois par semaine augmenterait le risque, chez les enfants et les adolescents, de développer eczéma, rhinite allergique et asthme sévère. Quel crédit porter à ces résultats ? La junk food va-t-elle rendre nos enfants asthmatiques et sujets à l'eczéma ?

Nhân  Pham Thi

Nhân Pham Thi

Nhân Pham Thi est médecin spécialiste en pneumologie et en allergologie pédiatriques.

Il est également praticien à l’hôpital Necker Enfants Malades de Paris, et mène une activité de recherche et d’enseignement dans une unité de recherche CNRS.

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On savait déjà que la junk food provoquait diabète, obésité et maladies cardio-vasculaires. On sait maintenant qu’elle rend allergique. La revue britannique spécialisée en médecine respiratoire, Thorax, a publié une étude accablante dirigée par les chercheurs de l’Université d’Auckland en Nouvelle-Zélande. En effet, certains régimes alimentaires peuvent augmenter ou diminuer les risques de développement d’asthme, de conjonctivite et d’eczéma.

Ces douze derniers mois, les chercheurs ont interrogé des adolescents (de 13 et 14 ans) ainsi que les parents des enfants plus jeunes (de 6 et 7 ans) sur leur régime alimentaire et sur la gravité des symptômes respiratoires observés dans ce laps de temps. Ce sont quelques 319 000 adolescents, et 181 000 enfants d’une cinquantaine de pays qui ont participé à ce rapport. Celui-ci fait partie d’une vaste recherche débutée en 1991 par l’étude internationale sur l’asthme et les allergies pendant l’enfance (ISAAC).

Résultat : la consommation d’au moins trois fruits par semaine aurait un effet protecteur sur l’asthme sévère (réduction de la gravité des symptômes de 14 % chez les enfants et de 11% chez les adolescents). A contrario, s’ils consomment une nourriture de type fast-food à la même fréquence, le risque qu’ils développent eczéma, rhinite allergique et asthme sévère est accru (27% chez les enfants et 36% chez les adolescents). Un lien de causalité qui pose la question de la dangerosité de la junk food d’autant plus qu’il concerne de la même façon les deux groupes d’enfants, quel que soit leur origine et leur sexe.

Atlantico : Quel crédit porter à ces résultats ? La junk food va-t-elle rendre nos enfants asthmatiques et sujets à l'eczéma ?

Nhân Pham Thi : Il s’agit de résultats d’une étude portant sur une cohorte ISAAC, connue depuis des années, portant sur un nombre significatif d’enfants et dont il existe une branche en France. La méthodologie est fiable. Cette étude est donc très intéressante et mérite notre attention. Elle met en évidence une tendance, des facteurs de risques parmi d’autres. Il s’agit de cofacteurs qui agissent de concert avec d’autres peut-être plus importants comme le tabagisme passif, les infections virales sévères, l’histoire familiale d’atopie (de présence de gène de sensibilité à l’environnement).


La junk food va-t-elle rendre nos enfants asthmatiques et sujets à l'eczéma?

Je pense que combinée à d’autres facteurs de risque, cette alimentation qui est sûrement associée à un certain mode de vie va favoriser l’action d’autres leviers comme l’exercice physique, l’obésité. Elle va donc rendre plutôt PLUS à risque. 


Par quels mécanismes ?

Dans l’article, il n’est pas question de relation directe de cause à effet mais il s’agit d’une association observée. Il est difficile de tirer des conclusions fermes sur d’éventuels mécanismes : l’étude n’a pas été établie pour répondre à cette question. 
Mais on peut supposer qu’il s’agit d’un effet sur la corpulence : il aurait fallu avoir la description des indices de masse corporelle. Peut-être s’agit-il d’un effet métabolique sur les lipides, glucides, anti-oxydants. 


Très prisés des enfants et des adolescents, ce mode d'alimentation rapide est-il contournable ?

S’agit-il de le contourner ? Ce qui est peut-être préoccupant c’est la qualité des produits et les rapports entre les glucides/lipides/protéines à établir dans le choix des aliments. La part des acides gras insaturés pose aussi certainement un souci. Peut-être qu’une limite hebdomadaire ou mensuelle est à poser ? 


Comment éduquer les enfants au "bien manger" ? 

Cela commence au plus jeune âge, notamment à la maison : les enfants imitent les adultes et donc leurs propres parents dans leur alimentation. Peut-être faut-il NOUS éduquer, c’est-à dire les parents. A reprendre plaisir à manger simplement, à prendre plaisir avec des produits simples et frais, pas forcément plus coûteux que les produits industriels. Il faut bien sûr tenter d'investir plus de temps au quotidien dans la cuisine … mais il s’agit de temps que l’on ECONOMISERA certainement chez le médecin…et que l'on gagne en famille auprès de ses enfants. 

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