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La magistrate de Nanterre comparait depuis ce lundi 8 juin pour violation de secret professionnel en marge de l’affaire Bettencourt.
La magistrate de Nanterre comparait depuis ce lundi 8 juin pour violation de secret professionnel en marge de l’affaire Bettencourt.
©Reuters

Une juge à abattre ?

La juge Prévost-Desprez en correctionnelle à Bordeaux pour avoir violé un secret en stuc

La magistrate de Nanterre comparait depuis ce lundi 8 juin pour violation de secret professionnel en marge de l’affaire Bettencourt. Si une telle comparution est rarissime, elle prouve que les magistrats ne s’auto-protègent pas tant que cela.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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A ceux qui pensent que les magistrats s’auto-protègent, voici un cas concret - certes très rare - qui prouve le contraire : celui d’Isabelle Prévost-Desprez, président de la 15 ème chambre correctionnelle du Tribunal de Nanterre.

En effet, depuis ce matin, lundi 8 juin et pour deux jours, elle comparait devant le Tribunal de Bordeaux pour violation de secret professionnel. Un délit susceptible d’être puni d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. ll est reproché à la magistrate d’avoir fourni des informations à deux journalistes du Monde qui suivaient l’affaire Bettencourt.

Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire ? Tant il est vrai que le secret professionnel ou le secret de l’instruction semble être depuis des lustres un secret en stuc, violé allègrement lors d’affaires politico-financières au fort retentissement médiatique. Que ce soit l’affaire Karachi, le Kazakhgate, l’amende de Sarkozy ou le financement du Front national… Or bien évidemment, dans ce genre de dossier, beaucoup ont intérêt à parler, et choisir, après avoir fait un petit tour dans le cabinet d’un juge d’instruction, une tribune médiatique, dont profite le (les) journaliste.

Sauf que dans le cas du procès qui se déroule ce lundi 8 juin, les choses sont a priori différentes : c’est en effet Isabelle Prévost-Desprez qui est soupçonnée d’avoir été trop bavarde. Tout part d’une perquisition que cette dernière effectue le 1er septembre 2010 au domicile de l’actionnaire principale de l’Oréal, Liliane Bettencourt. Or quelques heures plus tard, Le Monde publie avec force détails les conditions dans lesquelles s’est déroulée la dite perquisition. Illico, Georges Kiejman, l’avocat de la vieille dame porte plainte contre X pour violation du secret de l’instruction. L’affaire Bettencourt a débuté depuis deux mois à peine avec la divulgation des fameux enregistrements illicites effectués par le majordome Pascal Bonnefoy. Enregistrements qui vont être à l’origine d’un scandale qui vient de connaître son épilogue judiciaire il y a quelques jours.

En ce début septembre 2010, l’affaire s’emballe avec la plainte donc qui vise implicitement la magistrate de Nanterre. Le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, qui se trouve en bisbille - un euphémisme - avec sa collègue,  ouvre une information judiciaire qui sera finalement dépaysée à Bordeaux, comme l’ensemble de l’affaire Bettencourt, et confiée au juge Philippe Darphin. Qui met en examen sa collègue le 3 juillet 2012. En effet, il estime, après avoir consulté les SMS échangés avec les journalistes et fadettes de la magistrate qu’elle seule peut avoir alerté les journalistes du  Monde sur cette fameuse perquisition chez Mme Bettencourt. Le juge écarte greffiers, enquêteurs de police et autres magistrats comme étant susceptibles d’être auteurs de fuites. Aussi, le 23 septembre 2013, Philippe Darphin reprenant quasiment mot pour mot le réquisitoire du procureur de Bordeaux décide-t-il de renvoyer Isabelle Prévost-Desprez devant le tribunal correctionnel.

Un renvoi terrible pour cette dernière, jugée par ses pairs, qui n’a cessé, au cours de l’instruction de marteler être étrangère aux informations publiées par le Monde le 2 septembre 2010. Ce que ne manquera pas de souligner son avocat, le pugnace François Saint-Pierre, qui plaidera la relaxe. Tout comme il ne manquera pas de dire qu’en consultant les fadettes des deux journalistes, le juge d’instruction a violé le secret de leurs sources. C’est dire que tout est ouvert à l’issue de ces deux jours d’audience. On reste tout de même étonné de voir qu’une juge d’instruction aussi chevronnée qu’Isabelle Prévost-Desprez, qui a eu à enquêter sur l’Angolagate, l’affaire du Sentier, dossiers sensibles par excellence, se retrouve épinglée pour une histoire tout compte fait mineure, qui n’a pas fait changer le cours de ce scandale. Alors, a-t-on vraiment voulu tuer - professionnellement s’entend - la magistrate, comme elle l’écrivait dans son livre "Une juge à abattre", paru en 2010 chez Fayard ?

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