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Choc générationnel ?

La génération Z a débarqué dans les entreprises. Et bouleversé le langage du quotidien au bureau

Ceux qui ont grandi avec internet et le numérique bouleversent les codes. Et les risques d’incompréhension se multiplient. Encore plus par temps de télétravail.

Anne-Laure Boncori

Anne-Laure Boncori

Anne-Laure Boncori est Enseignant-chercheur à l’INSEEC Grande Ecole.

 

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Atlantico.fr : Nés entre 1995 et 2010, les premiers nés de la génération Z font leur entrée sur le marché du travail avec de nouvelles habilités et facilités face aux mondes du numérique. Comment sont-ils perçus par les recruteurs ? 

Anne-Laure Boncori : C’est un fait, les études terrain et les remontées des managers et DRH font état d’une meilleure maîtrise des réseaux sociaux et des outils digitaux par la Génération Z, par rapport aux générations précédentes. Ces individus – digital natives - sont nés au tournant de l’accès du Web au grand public et de l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Ils ont surtout connu, dès leur enfance ou adolescence, l’avènement des réseaux sociaux au milieu des années 2000 et de cette révolution technologique que fut le smartphone avec la sortie en 2007 de l’iPhone – l’Internet dans la poche. On peut jusqu’à dire que ces outils sont une extension d’eux-mêmes, un élément de leur construction identitaire ou levier de socialisation.

Quand on fait une veille actuelle du marché du travail, on se rend compte que bon nombre d’offres d’emploi pour ces jeunes diplômés concernent leur aptitude à se servir avec beaucoup plus de facilité et de proactivité les outils numériques ; en tout cas, c’est de cette façon que les perçoivent les recruteurs qui les ciblent en particulier pour des métiers de community management, de marketing digital, d’accompagnement à la transformation digitale des entreprises, voire d’analyse des données (data scientistes).

Dans le milieu du travail, quels sont leurs atouts face aux générations précédentes ?

Leurs atouts sont l’autre facette de leurs attentes : ils sont plus flexibles, agiles, et attendent des entreprises de vivre des expériences, au sens d’aventure, et d’apprendre en continu. Ils ne sont plus dans l’esprit de la trajectoire chère à la génération Y, et encore moins dans l’esprit de carrière qui, elle, était le graal des générations X et baby-boomers.

Ils apportent un souffle intrapreneurial aux entreprises (les chiffres le montrent : plus d’1 jeune sur deux tient absolument à entreprendre que ce soit à travers la création d’une start-up ou à travers des initiatives intrapreneuriales au sein des lab des entreprises).

Et parce qu’aux côtés de la génération Y, ils représenteront près de 75 % de la population active en 2025 et 50 % de la demande de biens, ils sont des échos notables des attentes en devenir des consommateurs.

Leur langage diffère-t-il de leurs collègues ? Y-a-t-il des incompréhensions qui bouleversent les relations au travail et surtout par temps de télétravail ?

Toute génération a son propre langage. La génération Z utilise par exemple l’adjectif « énervé » ou l’expression « du lourd » pour désigner quelque chose que l’on trouvait autrefois « cool ». Cela passe aussi par l’usage des acronymes nés des textos et réseaux sociaux : PTDR, MDR, LOL, OMG, LOLCAT… Et l’usage plus immédiat, décomplexé, du tutoiement.

Mais quand on dit langage, on peut aussi penser au langage comportemental, ce qui a un impact bien entendu sur les relations au travail. Nombreux sont les DRH et managers qui témoignent du fait qu’il y a une incompréhension sur la perception de la hiérarchie, de l’autorité. La Génération Z a beaucoup de mal avec les pratiques hiérarchiques classiques et l’autorité de statut : elle respecte avant tout l’autorité d’expérience et des sachants. Et recherche avant tout l’autonomie : c’est même un critère déterminant pour eux non seulement de choix d’entreprise mais aussi de motivation à rester au sein de celle-ci.

Par ailleurs, ils sont très à l’aise avec le télétravail et le demandent même. Ce qui laisse à penser que ce dernier va devenir une norme incontournable. 

Anne-Laure Boncori a notamment publié "Managers de temps de crise, en finir avec le management toxique" avec Jean-Claude Sac aux éditions Anovi. 

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