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La France et le libéralisme : une dangereuse relation schizophrène
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La France et le libéralisme : une dangereuse relation schizophrène

En France, l’obsession antilibérale est partout. Mais pourquoi s'accroche-t-on à des recettes qui ont fait faillite partout dans le monde et pourquoi stigmatise-t-on le seul modèle économique qui marche ? Nicolas Lecaussin donne des éléments de réponse dans "L’obsession antilibérale française", publié chez les éditions Libréchange. Extrait (2/2).

Nicolas  Lecaussin

Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin est essayiste et Directeur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)

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Nous avons une relation schizophrène avec le libéralisme. Dès qu’on se lance dans une petite réforme, les chiens de garde crient tout de suite : « au loup ! » Celui qui ose faire cette réforme est immédiatement catalogué de « libéral ». Nous l’avons déjà montré, cela a été le cas de Nicolas Sarkozy. Cette accusation lui a collé à la peau pendant toute sa présidence ; ce qui l’a incité à se justifier à chaque occasion et à rappeler qu’il n’était surtout pas le « Président des riches » (donc des libéraux).

Deux exemples concrets me paraissent révélateurs de l’échec du libéralisme en France : les retraites et le logement social. Dans le cas des retraites, on s’obstine à sauvegarder le système par répartition, alors qu’il est en faillite.

Dans le cas du logement social, on s’entête à financer une politique qui a largement donné les preuves de son inefficacité, car le logement reste (avec le chômage) le problème principal des Français.

En 2011, j’ai rencontré un sénateur, membre du COR (Conseil d’orientation des retraites) et auteur de plusieurs Rapports de qualité sur les retraites en France. À mon grand étonnement, il me dit être tout à fait conscient du fait que la retraite en France a besoin d’une réforme systémique et que le passage à la capitalisation est inévitable à terme. Mais, ajoute-t-il en haussant des épaules, comment l’effectuer contre les politiques et les syndicats qui y sont opposés par simple idéologie. En réalité, peu importe s’ils savent ou non ce qu’est la capitalisation. Ils y sont seulement défavorables, parce qu’il s’agit d’une réforme libérale !

Un autre bel exemple d’autocensure idéologique est le Rapport Moreau. Il a fait grand bruit lorsqu’il est sorti en juin 2013. Pourtant, il n’apportait rien de neuf. Il ne fait que dire ce que l’on savait déjà : qu’il faut travailler plus longtemps dans sa vie et qu’il existe des « différences » entre les retraites du public et celles du privé ! Les remèdes recommandés par ce Rapport sont ceux que les hommes politiques, de gauche et de droite, ne cessent de préconiser chaque fois qu’il est question de la réforme des retraites : plus de fiscalité pour les actifs et les retraités et, éventuellement, travailler un peu plus longtemps.

Mais cette dernière proposition devient un casse-tête, dans la mesure où l’on veut en même temps sauvegarder un nombre identique d’années de cotisations. L’équité entre le service public et le service privé est effacée rapidement par peur des syndicats, et par la faute du mépris profond de nos décideurs pour le monde de l’entreprise privée. On ne cesse pas d’évoquer l’égalité et l’équité seulement pour les riches du système privé, mais pas pour les fonctionnaires privilégiés du service public. De même, ni le Rapport, ni même les débats qui s’en sont suivis n’ont fait d’allusion à la capitalisation des retraites et aux fonds de pension.

Ce qui n’empêche pas que la majorité des pays de l’OCDE ont introduit dans leur système de retraite un soutien par capitalisation. Les fonds de pension fournissent de 20 à 30 % des revenus des retraites dans les pays membres de l’OCDE, contre moins de 3 % en France. Sans l’introduction de ce pilier, toute réforme en restera au stade paramétrique. Tandis que dans seulement 2 ou 3 ans, on sera obligé de rédiger un autre Rapport. Donc, pas de capitalisation !

Pourtant, d’après l’OCDE (Pensions at a Glance, 2009), le système de retraite néerlandais est parmi les plus généreux d’Europe. Le retraité reçoit en moyenne 105,5 % de son salaire moyen (après impôts) et part à la retraite à 66 ans. Les dépenses de retraites représentent 5,4 % du PIB de ce pays. Quelle est la raison de ce bonheur pour les retraités des Pays-Bas ? Rien de miraculeux : c’est le bienfait naturel d’un système de retraite par capitalisation.

Dans le cadre des logements sociaux, l’ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, a souhaité renforcer les obligations des collectivités locales en matière de construction de logements sociaux. Un nouvel objectif de 20 à 25 % de HLM serait fixé dans le cadre de la loi SRU, elle-même déjà votée il y a 12 ans, tandis que les communes les plus « riches » seraient « sanctionnées ». Malheureusement, Mme Duflot a proposé des mesures qui partent d’un diagnostic erroné.

Dans un Rapport publié en 2011, intitulé, La vérité sur le logement social, l’IREF a montré que depuis 1945, les pouvoirs publics avaient fait main basse sur le logement social sous prétexte qu’ils seraient les seuls en mesure de résoudre la crise du logement. Or, depuis 65 ans, cette crise n’a jamais été résolue. Au contraire, tous les ans, une nouvelle crise s’ajoute à la précédente. Non seulement les pouvoirs publics ne les ont pas arrêtées, mais ils les ont aggravées. Et chaque année, on reprend le même refrain : il faut développer le logement social. Or, le problème n’est pas là !

Il y a plus de 4 millions de logements sociaux en France et 11 millions de personnes y vivent. Dans le secteur du logement, plus de 51 Mds d’euros sont prélevés tous les ans par l’État et les collectivités locales, à travers quarante et un impôts, droits et taxes susceptibles de frapper l’immobilier. Le secteur HLM reçoit environ 20 Mds d’euros d’aides par an sur le total de plus de 40 Mds d’aides diverses. L’aide apportée aux bailleurs publics est six fois plus élevée que celle que reçoit le privé. De plus, les bailleurs publics sont exonérés de quantité de prélèvements.

Récemment, l’UNPI (Union nationale de la propriété immobilière) qui regroupe plus de 250 000 adhérents, s’appuyant sur le Rapport de l’IREF, a porté plainte auprès de la Direction générale de la concurrence à Bruxelles contre les aides publiques françaises au secteur du logement et contre la gestion des organismes HLM, qui pratiquent une concurrence déloyale. L’objectif de cette plainte, déclarée « recevable » par Bruxelles, est de « rétablir les conditions d’une concurrence loyale sur le marché de l’immobilier locatif ». Les aides de l’État dont bénéficie le parc public ont en effet créé des distorsions de concurrence injustifiées, tout en prouvant leur inefficacité au regard du but poursuivi : le logement des plus démunis. La plainte déposée à Bruxelles insiste sur le fait que « les aides au parc immobilier français violent la réglementation de la concurrence européenne en matière d’aides d’États, et ceci sans respecter les règles établies au niveau européen concernant la compensation des services d’intérêt économique général ».

Les mesures prises par le gouvernement socialiste vont donc à l’encontre du bon sens. Ce qu’il faut c’est, au contraire, arrêter la construction des logements sociaux et libérer le marché étouffé par les réglementations et la fiscalité.

Extrait de "L’obsession antilibérale française", publié chez les éditions Libréchange, de Nicolas Lecaussin, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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