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La grande braderie : la crise va-t-elle entraîner une déferlante de privatisations en Europe ?
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Tout doit disparaître

La grande braderie : la crise va-t-elle entraîner une déferlante de privatisations en Europe ?

La dette publique augmente dans tous les pays du sud de l'Europe ce qui entraîne une baisse incontrôlable du prix des actifs. Les Etats doivent ainsi miser sur les exportations et les privatisations.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Privatisations reprises en Italie, rachats à bon compte en Espagne, vente à perte en Grèce : il n’y a jamais de miracle en économie. Quand la croissance est là, les prix montent, qu’il s’agisse du prix du travail, le salaire, de celui des maisons, ou encore de celui des entreprises, à la bourse. Et quand la croissance n’est pas là, c’est l’inverse qui se produit : tout baisse, salaires, maisons, bourse. Et c’est le cas aujourd’hui. La récession s’installe au sud, pas seulement en Grèce où c’est la quatrième année, mais aussi au Portugal, en Italie et désormais en Espagne. Partout la dette publique monte et partout les valorisations des entreprises baissent. C’est mathématique : d’un côté, une croissance plus faible, ce sont des profits attendus plus réduits, s’il y en a, et d’un autre côté des taux plus élevés, c’est un taux d’actualisation des résultats qui grimpe, donc des valeurs boursières qui chutent plus encore. Ajoutons que les états surendettés cherchent à se défaire d’actifs inutiles, locaux, parcs ou châteaux, sans compter les immeubles de bureaux, et plus encore à privatiser des activités. Vendues, elles permettent d’alléger un peu la dette et de diminuer les coûts fixes publics, plus encore elles font monter la productivité de l’économie dans son ensemble. Mais ce n’est ni facile, ni immédiat.

Le problème aujourd’hui est que ce processus de vente, public et privé, se produit dans une phase de faible croissance, au mieux, au moment où ceux qui ont des liquidités se disent qu’il faut les garder, car nul ne sait de quoi demain sera fait, et qu’en toute hypothèse, demain, ce sera moins cher. La spirale baissière des valeurs d’actifs est partout en train de s’enclencher, pour ne pas parler de spirale dépressive.

La crise rebat ainsi les cartes. Elle conduit chacun à s’adapter et change les titres de propriété de ceux qui ne sont pas assez forts, pas assez rapides, pas assez connectés. La dette publique pourrait ralentir le processus d’ajustement, mais c’est fini, et c’est plus difficile pour la dette privée, celle qui vient des marchés ou des banques. On voit déjà que certains pays se sortent d’affaire économique par la baisse des salaires et des gains de part de marché à l’exportation, donc par la remontée des profits dans la valeur ajoutée. Ceci se produit en Irlande, en Espagne, en Italie et même en Grèce. C’est évidemment tout à fait méritoire, et c’est la seule voie. Mais cette reprise par l’exportation se heurte à la morosité ambiante côté demande et à la capacité des entreprises à trouver des marchés extérieurs. Si elles n’y parviennent pas, quel qu’effort d’ajustement interne elles font en baissant les effectifs et les salaires, elles doivent vendre leurs actifs non stratégiques, puis moins stratégiques, avant de se couper un bras… en espérant que ceci suffit. On voit ainsi l’Italie privatiser, elle a raison, mais la Grèce ne peut pas y parvenir, pour des raisons largement liées aux entreprises elles-mêmes. On voit l’Espagne remonter la pente de l’exportation, mais on voit aussi le mexicain Carlos Slim se rapprocher de Telefonica. On voit Carrefour vendre des actifs en Grèce, d’autres entreprises en céder en Egypte…

C’est donc la braderie, si l’on peut user d'un mot aussi violent, tant il s’agit d’efforts d’hommes et de femmes qui sont ainsi dépréciés. Mais c’est un ajustement économique nécessaire, économiquement positif, mais politiquement dangereux. Car il s’agit de propriétés nationales qui peuvent être défendues au niveau des territoires et d’autres au niveau national, pour l’emploi bien sûr, mais aussi pour leur importance en termes stratégique ou symbolique. Un pays qui ne peut plus payer est un pays qui vend, qui se vend. Et qui peut réagir, violemment.

Voilà pourquoi il faut tout faire pour permettre les ajustements internes par les salaires et l’emploi, par la baisse des taux et les financements, parce que la solution par la vente est la plus radicale, la plus traumatisante, et pas toujours la plus sûre. Voilà pourquoi il faut mobiliser la BCE, soutenir les banques en difficulté parce que ce sont elles qui peuvent « tenir » les valeurs d’actifs et poursuivre les programmes d’assainissement budgétaires. Voilà pourquoi il faut avancer unis en Europe, pour réduire les dépenses publiques dans le temps et soutenir la croissance privée, par la profitabilité, au plus tôt.

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