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©ERIC PIERMONT / AFP

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La crise du Covid montre que les entreprises se projettent beaucoup mieux et plus vite dans l’avenir que les responsables politiques ou les experts de la santé

La capacité pour les entreprises et les investisseurs à se projeter dans l’avenir ne date pas du Covid, mais la crise sanitaire mondiale a accéléré le décalage avec les responsables politiques qui se sont mis très en retard...

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les responsables politiques, en général, et les États en particuliers ont montré avec évidence au cours de cette crise pandémique leur incapacité à analyser correctement la situation et surtout à anticiper son évolution. A contrario, les grandes entreprises ont beaucoup mieux compris ce qui se passait et ont réagi beaucoup plus vite. Et cela dans le monde entier et notamment dans le monde organisé dans le respect des valeurs démocratiques.

La crise sanitaire a creusé ce clivage entre la sphère politique et le monde de l’entreprise, mais ce décalage préexistait depuis déjà de nombreuses années et notamment depuis le début du 20ème siècle.

Mais peu d’observateurs ont voulu voir ce phénomène. La majorité des analystes sont restés sur une description très manichéenne des acteurs de la société.

Avec d’un côté des entreprises dont le seul rôle aurait été de créer de la richesse matérielle, des biens et des services avec un seul objectif, accumuler des dividendes ou des profits pour assouvir le pouvoir financier des actionnaires.

De l’autre, l’Etat qui est théoriquement chargé de veiller à une bonne redistribution des dividendes en question, avec l’objectif de gérer le bien public.

Dans le comportement et le discours, une grande partie des responsables politiques entretiennent encore l’idée que l’existence du système capitaliste et d’économie de marché  reposait sur la lutte des classes.

La société serait donc divisée en deux. Avec d’une part, le camp du bien occupé par les représentants du peuple, responsable des valeurs morales et collectives. Cette culture a été confisquée par la gauche extrême, un courant radical écologique mais elle est très présente dans l’extrême droite, qui y ajoute des exigences de morale personnelle. D’autre part, le camp du mal, tenu par les affreux capitalistes, financiers mondialistes, anti-Etat, anti-frontières etc ...

Cette culture-là, qui transpire encore dans tous les programmes d’enseignement scolaire, ne correspond pas à la réalité.

La réalité est que les grandes entreprises, nationales et surtout internationales, font tout autre chose que d’amasser des fortunes dans ces coffre-fort que leurs propriétaires conserveraient précieusement dans des quartiers chics et protégés. Les grandes entreprises sont devenues de plus en plus des acteurs co-responsables des valeurs sociétales. Elles ont recensé ces valeurs morales qui traversent la société et se sont mises à les défendre.

Pourquoi ? Essentiellement pour répondre à la pression de leurs clients, les consommateurs, à la demande de leur actionnaires qui sont devenus très nombreux (via les systèmes de retraite) et aussi pour répondre à leur salariés qui recherchent un salaire pour vivre mais pas seulement.

Les intérêts des clients, des actionnaires et des salariés se rejoignent sur un socle de valeur commune que les responsables politiques, enfermés dans leurs certitudes idéologiques datant du 19ème siècle, n’ont pas vu ou alors très mal.

Beaucoup de chercheurs ont essayé de décrire ce phénomène en disant que la répartition des rôles avait changé, mais ils n’ont guère été entendus. Fini le temps où l’Etat détiendrait la vérité sur l’intérêt général et serait chargé de garantir les besoins de la société civile. Fini le temps où les entreprises n’auraient que pour seule ambition de dégager des profits afin de protéger leur rentabilité et leur avenir.

Le temps aujourd’hui est venu où les entreprises se sont donné le droit ( et même le devoir ) de remettre en cause le rôle des politiques pour pallier leur défaillance. Il en va de leur survie.

L’entreprise doit produire au prix le plus bas, le produit ou le service le plus qualifié parce que son consommateur l‘exige. Un consommateur qui peut voter tous les jours pour tel ou tel produit et qui a un droit de vie et mort sur l’entreprise. Les exemples sont nombreux. Mais le client n’exige pas seulement une optimalisation financière, il exige de la qualité, il exige des conditions de travail correctes et responsables, il exige que l’entreprise soit porteuse d’une histoire morale.

L’entreprise et ses partenaires s’occuperont donc d’éducation, de formation, de conditions de vie, de climat et d’environnement parce que les humains imposent la satisfaction de ces besoins. Il faut se souvenir de la pyramide de Maslow qu’on étudiait dans les années 1950, qu’on a superbement ignoré pendant les Trente glorieuses, mais qui va redevenir incontournable. L‘être humain a des besoins primaires et physiologiques, mais aussi et surtout des besoins d’estime de soi.

L’entreprise a compris le caractère incontournable des nouveaux besoins. D’où la facilité de la mise en place des obligations de la RSE ( responsabilité sociale et économique ) ; les entreprises les plus intelligentes n’ont pas attendu que le politique légifère. Les normes et les obligations sont sans doute nécessaires, mais elles ont été établies pour encadrer des attitudes déjà amorcées et développées par beaucoup d’entreprises.

Ce qui embarrasse les politiques dans la plupart des grandes démocraties, c’est que ces tendances lourdes d’évolution existent dans le monde entier, elles sont en voie de mondialisation et elles contribuent à fabriquer une classe moyenne mondialisée qui uniformise les modes de vie sur la base d’un socle de valeurs morales et sociétales identiques partout... Sauf actuellement en Asie où la Chine poursuit sur la base de son organisation un projet politique qui lui est propre. D’où l’antagonisme profond qui commence à exister entre les sociétés libérales et la Chine.

La crise sanitaire mondiale a montré à quel point les organisations politiques n’étaient pas en capacité de trouver des solutions. Elle a même montré à quel point les experts de la médecine étaient contradictoires et défaillants. La première année de l’épidémie a vu l’alliance des experts et des politiques. Mais on s’est aperçu que cet attelage n’était pas capable d’appréhender les besoins réels de la société et d’y faire face. Il a fallu presque un an pour s’apercevoir que les entreprises faisaient le job.

Les systèmes économiques ne se sont pas effondrés, les investisseurs n‘ont pas baissé les bras, les milieux financiers ont convaincu les sphères politiques de garantir la création monétaire et donc l’endettement, afin de compenser les pertes de valeurs.

Mais quand on regarde le détail de ce qui s’est passé, on est obligé de reconnaître que les entreprises privées ont trouvé les masques, les tests et les vaccins. Tous les disfonctionnements et les retards ne sont principalement liés qu‘un excès d’Etat qui a alourdit les procédures. L’Etat, l’administration et une grande partie de la classe politique a passé son temps à se protéger.

Les entreprises, les banques ont passé leur temps à répondre aux besoins de leurs clients, de leurs actionnaires et de leurs salariés. Et elles ont pour la plupart trouvé, de façon très pragmatique, des solutions : télétravail, e-commerce, click and collect. Aménagement d’horaire... mais surtout digitalisation et mutations énergétiques. Le monde politique a suivi tant bien que mal.

Les entreprises, elles font tout ce qu’elles peuvent pour revenir à la normale. Elles attendent les campagnes de vaccination qui dépendent de la logistique d’Etat, elles attendent les dépistages et l’isolement des cas positifs, des procédures qui sont encore aujourd’hui freinées et même bloquées ( pour les auto test ), par l’administration pour des raisons que tout le monde ignore.

Le monde de l’entreprise sait bien qu’on retrouvera la croissance quand on aura retrouvé de la confiance. Et les pays qui repartiront le plus vite et le plus fort sont les pays qui auront vacciné le maximum de gens et permis à tous de se tester très rapidement. Le moment viendra, dans un, deux ou six mois, où la pression sera telle que l’Etat ne pourra pas refuser le passeport vaccinal et la liberté de s’autotester. La majorité des entreprises, des clients, des actionnaires et des salariés le demanderont.

La France aura pris six mois de retard sur les États-Unis, le Royaume-Uni ou même l‘Allemagne.

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