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La créatrice d’Harry Potter change de registre en s’attaquant à un public adulte, mais pourra-t-elle survivre aux enfants sorciers ?
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Bye-Bye Harry Potter

La créatrice d’Harry Potter change de registre en s’attaquant à un public adulte, mais pourra-t-elle survivre aux enfants sorciers ?

Après la saga à succès Harry Potter, sa créatrice, l'écrivain JK Rowling, revient sur le devant de la scène avec un tout nouveau roman pour adulte.

Atlantico : JK Rowling sort aujourd'hui en France son nouveau roman, "Une place à prendre", premier depuis la série Harry Potter: elle s'attaque désormais au registre adulte, n'est-ce pas un parti pris risqué en terme de renommée et de marketing?

Michèle Fitoussi : C'est un choix vraiment osé mais à la fois complètement réfléchi. Je trouve ça courageux de sa part de se lancer dans un roman où il n'y a plus de magie, d'univers de science-fiction et surtout plus aucun repère pour nous lecteurs.  Là, c'est un peu "Bienvenus chez les Moldus", une vie de classe moyenne, on entre au cœur de la classe populaire et pauvre de l'Angleterre. C'est un roman noir, dépressif, qui montre le côté sombre des choses. Tout le monde est en guerre contre tout le monde, les adolescents contre les parents, les pauvres contres les riches, les hommes contres les femmes,...On est vraiment les témoins des affres de la société et de ses défaillances. JK Rowling en revanche ne trouve pas que son choix est courageux. Elle a beaucoup réfléchi à ce qu'elle voulait faire et ne pas faire. Elle ne voulait surtout pas se lancer dans un pâle copie d'Harry Potter.  Elle s'est juste dit qu'elle n'avait pas la pression des factures à payer, qu'elle était libre et qu'elle pouvait donc écrire ce qu'elle voulait. Elle a mis quatre ans à produire ce roman qu'elle a commencé juste après Harry Potter, les fans sont en attente malgré tout et le teasing a clairement fonctionné, la preuve on ne parle que de ça.

Passer de l'univers de Poudlard à celui de la banlieue anglaise de Pagford : est-ce un choix judicieux?

M.F:La question ne se pose pas en ces termes selon moi. On parle plutôt d'un choix personnel assumé. Oui, on sort d'une saga Harry Potter vraiment géniale, que les adultes et les enfants adorent. On est plongé dans un univers de magie, on se souvient de ces gens qui attendaient chaque nouvelle tome avec impatience. C'est passionnant mais pour elle, elle avait envie d'autre chose. Son agent, son éditeur ont fait un teasing fabuleux autour de ce nouveau livre et ont gardé le secret jusqu'au bout. L'intérêt, c'est qu'il s'agit d'un livre qu'elle voulait faire sans aucun doute. Elle a déjà reçu de mauvaises critiques dans les journaux anglais. Elle savait qu'elle allait créer une onde de choc, elle a eu peur au début mais elle s'est quand même lancé. Ce livre va clairement diviser ses lecteurs. JK Rowling nous offre une vision de la société vraiment peu enchanteresse.En plus, dès les premières lignes, elle fait le choix de faire mourir la personne la plus humaine du roman. Vraiment, on est aux antipodes d'Harry Potter et ses personnages car dans "Une place à prendre", il  y a de la drogue, de la pornographie, des mauvais sentiments. Là, elle va loin dans la bassesse humaine. Mais loin d'une rupture, on peut choisir de situer ce nouveau roman comme une description de la vie des méchants oncles et tantes d'Harry Potter. 

Peut-on passer d'écrivain pour enfants et adolescents à écrivain pour adultes sans y laisser de plumes ? Peut-on survivre à Harry Potter?

M.F:JK Rowling le revendique que c'est possible mais elle ne connait pas encore la réaction du public. Au fil  des années, elle a vendu 400 millions d'euros d'exemplaires dans le monde.  Elle peut se permettre de laisser quelques plumes dans sa réputation d'auteure et d'ailleurs quel auteur renommé ne l'a pas fait?  Elle a crée un succès mondial avec cette saga, elle a donc plus d'une corde à son arc. Harry Potter est devenue une marque bien plus qu'un livre. Aujourd'hui, JK Rowling peut vivre sur ses royalties mais elle aurait aussi pu continuer d'écrire des suites à Harry Potter mais elle ne l'a pas fait. Elle a choisi l'inverse plutôt que la facilité. Ses livres changent de public et c'est un écrivain, elle a des choses à raconter et elle ne s'en prive pas. Elle ne se demande pas ce qui va plaire mais plutôt ce qu'elle a envie d'écrire. Quand elle était sans le sous, elle aurait pu faire le choix de trouver un travail mais au lieu de ça, elle a décidé d'écrire Harry Potter. La suite, on la connait donc elle a sans doute bien fait de s'écouter et c'est ce qu'elle fait encore aujourd'hui.

A titre personnel, vous avez lu son nouveau roman, est-ce qu'elle a réussi son pari?

M.F:Je ne serai pas aussi sévère que le New York Times ou le Guardian qui ont jugé scandaleux sa critique de la classe moyenne. C'est vrai que les pauvres en prennent plein la figure. Elle a mis un coup de pied dans la fourmilière dans une ville anglaise où il ne se passe rien. Alors à certains moments du livre, le soufflé a du mal à prendre, le début est très long, elle expose beaucoup chaque personnage, dans les détails, ça manque un peu de rythme. C'est un peu poussif. Pour autant, il y a des moments très réussis mais globalement, j'aurais aimé qu'elle aille jusqu'au bout, qu'elle fasse un vrai roman policier avec des descriptions à la Elisabeth George. Une vraie intrigue aurait été plus intéressante et là, elle aurait vraiment réussi son pari. Une chose est certaine, c'est qu'elle n'écrira jamais la huitième tome d'Harry Potter mais un livre pour enfant complètement différent tout en continuant ensuite à écrire des romans pour adultes.

Propos recueillis par Valérie Meret

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