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François Hollande veut "casser le thermomètre".
François Hollande veut "casser le thermomètre".
©Reuters

Éditorial

La conjoncture s'aggrave, qu'à cela ne tienne le gouvernement casse le thermomètre

François Hollande tente désespérément de modifier certains indices mesurant la conjoncture pour leur donner une mine plus acceptable, pendant que les chiffres du chômage ne cessent de s'aggraver.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Cinq millions… Ils sont désormais pour la première fois plus de cinq millions inscrits à Pôle emploi, en ajoutant aux chômeurs à temps plein ceux qui recherchent un complément d’activité à des petits boulots saisonniers. Un chiffre qui claque comme un échec retentissant pour François Hollande qui a vu en deux ans de pouvoir près de cinq cent mille personnes supplémentaires exclues du marché du travail. La poursuite de la montée du chômage paraît irréversible : elle s’accélère au cours des derniers mois, en touchant toutes les catégories de la population, des plus jeunes aux seniors sans qu’on puisse en voir la fin. Juin n’échappera pas à la tendance, car il y a toujours des cessations d’activité à la veille des vacances. 

Il suffisait de voir le visage décomposé de Manuel Valls en annonçant ces chiffres pour mesurer le désarroi du gouvernement. "L’heure est à l’action" se bornait-il à énoncer, d’une voix blanche, une de ces phrases bouche-trou pour masquer le vide de la pensée, l’impuissance du pouvoir. Et comme à chaque difficulté nouvelle qui surgit, on a droit à l’invocation du pacte de responsabilité, comme le sauveur en dernier ressort, annoncé depuis six mois et dont on n’est toujours pas assuré qu’il verra vraiment le jour étant donné les réticences des partenaires sociaux.

Une fois de plus, on mesure l’impéritie du pouvoir, avec des ministres qui défilent constamment dans les médias avec des discours à géométrie variable témoignant de l’incohérence d’une politique au fil de l’eau, dont toute l’action se limite à l’usage d’un verbe mal contrôlé, suscitant le trouble et le désarroi au sein d’une population qui ne comprend rien aux volte-face incessantes du gouvernement, le plus sûr moyen de miner la confiance.

Face à cette situation, François Hollande cherche une nouvelle parade : la hausse du chômage résulte d’une croissance qui se fait attendre et dont l’insuffisance grève aussi les comptes de l’Etat en mettant au grand jour l’importance du déficit public. Et lorsque le pouvoir est impuissant à réformer, il reste la solution ultime : casser le thermomètre. C’est l’opération que François Hollande tente  vis-à-vis de ses partenaires européens, en s’appuyant sur l’Italie, qui se trouve dans une solution comparable, afin de modifier certains indices mesurant la conjoncture pour leur donner une mine plus acceptable. Déjà chez nous c’est une pratique courante. On sait pertinemment que les statistiques de l’emploi sont incomplètes car certains chômeurs ne sont même plus recensés. En matière de logement, on a laissé voter une loi suicidaire pour la construction qui se traduit selon l’Insee par une perte de 0,4% de croissance pour l’ensemble du pays. En matière scolaire, au lieu de lutter contre l’analphabétisme qui se développe, on décide d’adoucir la notation des élèves pour augmenter le nombre des diplômés. Aujourd’hui, Paris voudrait étendre ces artifices à l’ensemble européen pour masquer les faiblesses de la conjoncture. Tous ces  faux-semblants peuvent permettre temporairement de relâcher la pression qui s’exerce sur notre pays, mais c’est la plus grande hypocrisie qui n’empêchera pas la France de connaître l’heure de vérité, car elle ne peut continuer à ignorer l’évolution de la planète, il lui faudra bien admettre qu’elle est au cœur de la mondialisation. Pour l’heure, le sentiment d’insatisfaction suit la courbe du chômage. Jusqu’où montera-t-il ?

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