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Georges Ibrahim Abdallah (en arrière plan).
Georges Ibrahim Abdallah (en arrière plan).
©Reuters

Encombrant

L’opinion est-elle prête à accepter la libération de Georges Ibrahim Abdallah ?

C’est l’un des plus anciens détenus de France. Il est en prison depuis plus de 30 ans. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat en 1982 d’un diplomate américain et d’un diplomate israélien. Il demande pour la neuvième fois sa libération.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Ce mercredi 5 novembre, le Tribunal d’application des peines (TAP) de Paris va-t-il décider la libération de Georges-Ibrahim Abdallah, actuellement détenu à la centrale de Lannemezan dans la Tarn, où il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité ? En théorie, cet ancien instituteur, issu d’une famille maronite du Nord Liban, âgé aujourd’hui de 63 ans, a le droit de sortir. Depuis 1999, très exactement. Seulement voilà : ce n’est pas un détenu comme les autres. Alors que la France commence à être touchée de plein fouet par les attentats terroristes au début des années 80, Abdallah est arrêté en 1984 pour complicité dans l’assassinat deux ans plus tôt, de deux diplomates en poste à Paris, l’américain Charles Ray et l’Israélien Yacov Barsimentov. Les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) dont Abdallah est membre, revendiquent l’assassinat. L’arme du crime, un 7. 65, est retrouvée chez lui. Mis en examen, il est jugé en février 1987 par la Cour d’assises spéciale de Lyon. Alors que l’avocat général réclame 10 ans de réclusion, les magistrats frappent fort : ils le condamnent à la réclusion criminelle à perpétuité. Ce verdict constituait une sorte de réponse au traumatisme subi par la population lors des attentats de 1986, notamment celui de la rue de Rennes du 17 septembre qui fit 7 morts et 55 blessés, et revendiqué par le Hezbollah qui réclamait, entre autres, la libération d’Abdallah.

A huit reprises, sans jamais vouloir se repentir, il va réclamer sa mise en liberté. Deux fois, il est sur le point de l’obtenir. En 2003, le Tribunal d’application des peines l’accorde. Mais, en appel, la justice dit non. Fin 2012, elle dit oui pour la seconde fois… en subordonnant cette liberté à un arrêté d’expulsion qui doit être pris par le ministre de l’Intérieur. L’embarras de Manuel Valls est de courte durée puisque en avril 2013, la Cour de Cassation annule la décision, estimant que Georges-Ibrahim Abdallah ne peut se voir accorder une libération conditionnelle que s’il a bénéficié pendant un an d’une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique. Soulagement du côté du CRIF qui s’est toujours déclaré ulcéré à la perspective de la libération de l’ancien membre des FARL. Même sentiment du côté des Etats-Unis, partie civile, farouchement opposés à tout élargissement.

Pourtant, au fil des mois, quelques voix s’élèvent pour réclamer la remise en liberté d’Abdallah. Ainsi, l’ancien patron de la DST, Yves Bonnet qui estime que ce dernier a "le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance". Deux ans plus tard,le 23 octobre 2013, une poignée de parlementaires, comme les députés Noël Mamère (EELV), André Chassaigne (PC) ou la sénatrice Nathalie Goulet (Centriste) lancent un appel au président Hollande pour la libération de Georges-Ibrahim Abdallah. Visiblement, l’opinion semble peu réceptive à ces appels si l’on en juge par la faible – très faible – mobilisation de ses partisans. Surtout dans le contexte international actuel. Le 30 septembre dernier, le Tribunal d’application des peines (TAP) de Paris, composé de 3 magistrats antiterroristes du Tribunal et d’un représentant du Parquet, se déplace à Lannemezan pour réexaminer le dossier de Georges-Ibrahim Abdallah. Il écoute longuement son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, qui a repris le flambeau laissé par Jacques Vergès, décédé l’année dernière. Pour l’avocat, le Tribunal peut à tout moment décider la libération d’Abdallah afin qu’il parte vers une destination de son choix, sans doute Beyrouth. Les autorités libanaises, nous a confié Me Chalanset, étant disposées à venir chercher son client dès sa sortie pour l’emmener à l’aéroport afin qu’il parte vers le Liban. Et de préciser : "Il est évident qu’accorder une libération conditionnelle sur le territoire français à Georges -Ibrahim Abdallah ne serait pas sans risques pour lui". Face à ce casse-tête, que va décider le tribunal ? Une chose semble acquise : le départ d’Abdallah du territoire français provoquera quelques remous au sein de la classe politique.

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