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Libye

L’intervention occidentale en Libye, une catastrophe ? Voilà pourquoi ça n’est pas si simple

Les commentateurs rendent souvent responsable de la situation actuelle en Libye l'intervention de 2011 sous l'égide de l'ONU. La réalité est plus complexe.

Arnaud Delalande

Arnaud Delalande

Lybian Air Wars, Helion Publishing

Iraqi Air power reborn, Harpia Publishing.

 

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Atlantico : Dans les débats sur la Libye, ils sont nombreux à imputer la situation actuelle du pays à l’intervention française en 2011. N’est-ce pas déjà établir un lien de causalité assez hasardeux ?

Arnaud Delalande : Plutôt oui. D’abord il faut rappeler que ce n’est pas l’intervention française qui a enclenché la première guerre civile libyenne qui était déjà en cours depuis plusieurs mois. Il ne faut donc pas confondre causes et conséquences. Puis l’intervention française s’est faite dans le cadre de l’ONU, il n’y avait donc pas que la France pour intervenir.

Après l’intervention il faut rappeler qu’en juillet 2012 il y a eu des élections démocratiques et que la situation du pays s’est globalement améliorée comme l’atteste la réouverture des ambassades qui avaient été fermées. Le gouvernement du CGN qui devait laisser le pouvoir fin 2013 ne l’a pas fait ce qui a conduit me maréchal Haftar à lancer son offensive en mai 2014 avec l’opération « Dignité ».

Voilà pour la brève chronologie. On reproche également à la France d’être intervenue sur la base de « mensonges », comme quoi il n’y allait pas y avoir de massacres. C’est faux. Kadhafi avait ordonné de frapper sa population.  Je suis personnellement en contact avec un des deux pilotes libyens qui a fait défection à Maltes.

Une première opération prévue par Kadhafi était d’aller frapper la Tunisie lors des Printemps Arabes et cela ne s’est pas produit du fait de la défection de Ben Ali. A ce moment-là, les pilotes ont bien compris que le jour où il y allait y avoir une contagion des Printemps Arabes en Libye, il y aurait des frappes.

Est-ce qu’aujourd’hui quoi que ce soit permet d’affirmer que sans l‘intervention en Libye, le pays serait en meilleur état ?

D’abord il faut rappeler qu’il est normal et qu’il faut avoir un regard critique sur l’intervention et notamment sur l’après (et l’échec du désarmement des milices) mais rien ne permet aujourd’hui de dire que la situation aurait été meilleure si l’on n’était pas intervenus.

Kadhafi aurait commis des massacres, il suffit de citer l’exemple de Benghazi, d’autres groupements armés se seraient formés, il y aurait eu encore plus de défections dans les rangs de l’armée et le conflit aurait pu s’enliser à l’instar de ce que l’on a pu voir en Syrie.

Sur le plan du terrorisme, ce qu’il faut comprendre c’est que Kadhafi était le pompier pyromane de la région. Il a largement financé des groupes armés, il a souvent hébergé des groupes terroristes. En 2001 il a changé son fusil d’épaule et littéralement essayé de sauver sa tête en donnant des renseignements aux pays occidentaux mais le présenter comme un repart contre le terrorisme ou un faiseur de paix est un mensonge.

Mais en Libye, même au temps de Kadhafi, le trafic a toujours existé, le trafic d’êtres humains également, pareil pour l’esclavage…

Et la politique menée aujourd’hui est tout autant critiquable. On s’est appuyé sur Haftar dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et cela lui a donné des ailes. On se rend compte aujourd’hui qu’il n’a pas hésité à relâcher des djihadistes tunisiens comme il l’a lui-même confié à la chaîne France 24.

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