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L’Europe saura-t-elle saisir la chance historique qui se présente à elle ?
©KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Après les excuses

L’Europe saura-t-elle saisir la chance historique qui se présente à elle ?

Face aux ambitions impérialistes chinoises, la crise sanitaire du Covid 19 est l'occasion pour l'Union Européenne de se rassembler autour de valeurs et d'objectifs communs.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Après les excuses de Mme Von Der Leyen à l'Italie, l'appel à "la solidarité économique entre les entreprises européennes" d'Emmanuel Macron dans le Financial Times, et la nécessité d'appliquer l'adage "l'union fait la force" face aux ambitions impérialistes chinoises, la crise sanitaire du Covid 19 permettra-t-elle à l'Union Européenne de se rassembler ? Quelles seraient les conditions de la réussite de la promesse d'un fédéralisme européen renouvelé ? Quel serait le prix à payer en cas d'échec ?

Jean-Paul Betbeze : « L’Union fait la force », la phrase est bien connue, bien plus motivante d’ailleurs que la devise de l’Europe (« Unie dans la diversité »), mais malheureusement bien moins vraie que son contraire : « la désunion fait la mort ». Le COVID-19 place en effet l’Europe entre deux puissances devenues plus brutales : les États-Unis et la Chine. Les États-Unis sont la première puissance du monde, mais plus frappée humainement et financièrement par une pandémie qui vient de Chine – ce qu’ils n’acceptent pas. La Chine s’approche d’eux, à la fois de manière visible et moins visible, en nouant de multiples alliances et se créant des obligés. Soudain, le COVID-19 montre sa puissance, ses réseaux d’influence et « d’information », plus sa capacité de rebond – surprenante. Ainsi, selon les dernières prévisions du FMI, la croissance américaine passerait de 2,3% en 2019 à -5,9% en 2020 puis à 4,7% en 2021, contre 6,1 puis 1,2 et 9,2% pour la Chine aux mêmes dates ! Et la zone euro passe

En même temps de +1,2% à -7,5% puis à +4,7% : elle est la plus touchées des trois, celle qui remonte le moins. Au fond, selon ces prévisions, la Chine « efface » la pandémie, son PIB 2021 dépasse de 10,5% celui de 2019, les États-Unis en ont perdu 1,5% et la zone euro 3,2% !

Pour pouvoir rebondir, il faut d’abord résister à la chute de l’offre : c’est le confinement et à celle de la demande : baisse des revenus et montée de l’inquiétude. Ceci implique des déficits budgétaires conséquents et un soutien massif de la Banque Centrale Européenne. Mais, surtout, il faudra des plans de relance sur plusieurs années, élaborés au niveau de la zone et adaptés à chacun. Donc, pour éviter l’effondrement, il s’agit de milliards de déficit budgétaire pour chacun et au niveau de l’ensemble, plus des milliards de crédits aux entreprises garantis en partie par les budgets des États et soutenus par la Banque Centrale Européenne. Comment, en France par exemple, aurions pu tenir seuls ces soutiens, notamment le chômage à temps partiel et les milliards de crédit à conditions préférentielles ?

Mais la relance, décisive, sera plus coûteuse encore en milliards de soutiens à l’investissement et à l’innovation. Il faudra envisager des programmes de l’ordre du quadruple du Plan Juncker, 500 milliards alors que peu y croyaient (pas l’auteur de ces lignes). Il faudra aider à des programmes de réindustrialisation, si l’on veut notamment plus de robots, de flexibilité et moins de dépendance, et plus encore à des programmes stratégiques, si l’on veut être capables de collecter et de traiter les informations dans le monde, d’innover et de se protéger.

Christophe Bouillaud : Il faut espérer que les dirigeants nationaux des différents pays de l’Union européenne auront atteint la juste conscience des enjeux actuels : l’Union européenne ne peut pas se permettre une crise économique de plus où la divergence entre ses Etats membres en matière de reprise de l’activité serait de nouveau abyssale. La précédente crise, celle commencée en 2007-08, a en effet surtout été une longue suite de psychodrames, et, au final, une démonstration des divergences économiques et sociales croissantes au sein de l’Union européenne. Pour certains pays, cela a été un épisode passager, comme pour la Suède, la Pologne ou l’Allemagne, pour d’autres, l’Italie ou bien sûr la Grèce, ce fut l’occasion d’une dépression profonde et prolongée dont ils sortaient à peine quand cette pandémie est arrivée. L’un de ces pays convalescents était donc l’Italie, or, par la plus grande des malchances, c’est le pays européen qui a dû affronter le premier la pandémie sur son sol et qui n’a donc pu bénéficier en aucune façon de l’expérience d’un autre pays européen face à cette pandémie. Donc il vaudrait mieux se rassembler, et éviter de rejouer le scénario de la crise précédente.

Pour ce qui est des conditions d’un fédéralisme renouvelé, il faut déjà que les dirigeants nationaux laissent carte blanche à la Banque centrale européenne et à leurs banques nationales quand elles ne sont pas dans la zone euro pour soutenir à plein l’économie européenne en général, et celle de chaque pays en particulier. En gros, il faut aller vers un financement monétaire des Etats sur le modèle de ce que fait la Banque d’Angleterre, et surtout ne pas rejouer le jeu idiot des restrictions monétaires pour faire obéir à des diktats bruxellois un gouvernement national comme on l’a vu en 2011-2015. Il me semble que, globalement, cette condition est pour l’instant remplie.

Ensuite, la discussion engagée autour de financements budgétaires mutualisés du coût de la crise puis de la relance doit aboutir. Il ne faut certes pas perdre du temps dans un premier temps à se lancer dans un nouveau traité, ou bien dans une révision des traités actuels, mais il faut utiliser à plein tout ce qui existe déjà. Rien n’interdit par exemple de faire en sorte que l’Union européenne s’endette plus en son nom propre, en gageant le remboursement de cet endettement sur une nouvelle ressource fiscale propre. Beaucoup de choses sont déjà sur la table des négociations à en croire le résultat du dernier Eurogroupe en date. Il reste aux dirigeants nationaux à vraiment faire le nécessaire.

Surtout, moins que dans les détails de la tuyauterie monétaire et budgétaire, ce que les observateurs vont juger, c’est la capacité des dirigeants européens à vraiment admettre que tous étaient certes frappés par la pandémie et ses conséquences, mais que certains le sont plus que d’autres et qu’il faut vraiment repenser dès maintenant la manière dont l’ensemble européen protège chacune de ses composantes. C’est en fait sur ce point-là, de la vraie pensée d’ensemble au niveau européen, que les dirigeants nationaux doivent progresser. Ce n’est pas tant une question d’institutions à revoir dans l’urgence, que de prise de conscience que l’on ne peut pas être crédible comme ensemble si une partie va bien quand l’autre va très mal. Cela vaudra d’ailleurs d’abord en matière sanitaire : les pays les moins touchés par la pandémie devront aider durablement les autres.

Par contre, si à l’occasion de cette nouvelle crise, tout se passe de nouveau comme lors des crises précédentes, avec une « solidarité » qui ressemblera plus à une aumône donnée à contrecœur qu’à autre chose, la preuve sera faite que, comme l’aurait dit le Président Mao, « l’Union européenne n’est qu’un tigre de papier ». Et là, l’on pourra commencer à préparer son faire-part de décès.

Certains articles anglo-saxons ont reproché à la France de répondre souvent favorablement à l'Italie dans ses discours, mais d'agir inévitablement dans le sens de l'Allemagne en retour. Les actes, cette fois, vont-ils suivre les paroles ?

Jean-Paul Betbeze : Si la presse anglo-saxonne nous critique… c’est assez habituel, sachant surtout que les médias allemands ne sont pas tendres pour l’Italie, les italiens pour l’Allemagne et surtout les Pays-Bas, les médias français préférant critiquer Emmanuel Macron. Pour savoir ce que la France peut et va faire, il n’est pas mauvais de prendre en compte le raidissement mutuel américano-chinois, sachant qu’aucun ne nous fera de cadeaux. Si la zone euro entend développer des capacités de défense, les États-Unis ont déjà manifesté leur réticence, sinon des menaces, rappelant qu’ils financent l’OTAN. Si la zone euro dit qu’elle veut rapatrier des activités névralgiques, la Chine, à propos de Huawei par exemple, a manifesté ses réticences. Il faudra regarder ce qui se passe avec le Japon, qui a émis de telles intentions.

Partout, les jeux de forces mondiaux sont plus affirmés que jamais. « La démondialisation » ou « le redécoupage des activités pour avoir ici plus de résilience » n’iront nulle part d’elles-mêmes : ce seront de terribles rapports de forces. Les États-Unis veulent rester premiers, sont atteints par la pandémie et enragent. La Chine veut rester deuxième (et devenir première) et regrouper tous ses réseaux contre les États-Unis, maintenant qu’elle est en pleine lumière, ce qu’elle n’aurait pas souhaité, en tout cas ainsi. La zone euro veut se tenir « au milieu ». Mais le « Grand Marché » ne sera rien qu’un terrain de bataille entre les deux puissances du monde si nous n’avons pas de champions européens, de normes et règles européennes, de recherche européenne et de capacités de collecte et de traitement d’informations, et de capacités de défense ! Si les actes, français, allemands, hollandais, espagnols ne suivent pas les paroles, c’est que nous n’aurons pas vu le monde tel que virus nous le révèle ou que nous n’aurons pas osé l’affronter. Critiquer l’euro, Bruxelles, Merkel, Macron, ou autre est plus facile que de s’unir face aux Grands de ce monde, si l’on veut en être !

Christophe Bouillaud : C’est vrai que depuis les années 1990, les dirigeants français font, d’abord essentiellement pour un usage interne, puis sur la scène internationale, de beaux discours volontaristes sur le fait cette fois-ci on va enfin changer l’Union européenne. Cela a commencé avec Lionel Jospin en 1997 à la veille du Traité d’Amsterdam, et, à chaque grande étape, la France rate toujours ensuite le saut vers le fédéralisme budgétaire, car à chaque fois, nos braves camarades allemands nous rappellent, avec raison d’ailleurs, qu’ils n’ont jamais signé pour cela quand on leur a tordu le bras pour abandonner le D-Mark en échangeant ce sacrifice de leur part contre notre accord à la réunification allemande la plus rapide possible. Le péché original d’avoir demandé une monnaie commune avec l’Allemagne réunifiée sans exiger une fédération européenne budgétaire tout de suite et en acceptant au contraire les règles de stabilité « ordo-libérale » des budgets nationaux bien séparés exigée par les dirigeants allemands nous revient à chaque fois comme un boomerang à la figure. Et à chaque fois, le rapport de force est resté en faveur des Allemands, car, dans le fond, l’éclatement de la zone Euro serait un désaveu trop fort à supporter pour les élites françaises qui ont été demandeuses de cet immense pari sur l’avenir qu’est l’Euro, et qui ont été, un peu bêtement il est vrai, suivie dans un grand élan de panurgisme par les élites de tous les pays d’Europe du sud (Espagne, Portugal, Italie, et bien sûr Grèce) croyant bénéficier ainsi eux aussi à bon compte des avantages du D-Mark.

Peut-être, cette fois-ci du fait même que la crise semble bien être d’une gravité inédite, et que les dirigeants français ne sont pas vraiment seuls dans cette perception qu’il faut vraiment faire preuve d’unité – avec par exemple les dirigeants portugais et espagnols très remontés ces derniers jours et des dirigeants italiens sur une position de négociation radicale en raison de la situation interne de l’Italie -, on peut espérer avancer. Il faut voir aussi que l’opinion qui compte en Allemagne ne semble pas être sur une position, si j’ose dire, « néerlandaise » de « pas un de nos beaux Euros chèrement gagnés avec notre sueur pour aider ces fainéants de sudistes », ces délicats qui ne savent même pas supporter stoïquement une pandémie en comptant sur l’immunité collective. Il y a tout de même des gens qui, outre-Rhin, comprennent que, même si ce n’était pas le contrat de départ, il va tout de même falloir faire un geste envers les pays les plus en difficulté, ou alors s’attendre à un éclatement de la zone Euro, et probablement ensuite de l’Union européenne.

La recherche d'union au sein de l'Europe est-elle dissociable de la recherche d'intérêts économiques et politiques communs ?

Jean-Paul Betbeze : Non, c’est impossible. L’Europe a toujours été « un animal politique », courageux, qui a « poussé » l’intégration par l’économie, puis par la finance. Cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 9 mai 1950, Robert Schuman propose ainsi la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier). « Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. Le gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe. » Pratiquement, une guerre était devenue impossible. Ensuite l’Europe s’est étoffée, englobant l’Espagne et le Portugal pour les démocratiser, comme les pays de l’Est après la fin de l’URSS, plus la Grèce, afin de se protéger de la Russie et de la Turquie. De la politique, par l’économie : « des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait » pour citer encore Schuman.

50 ans plus tard, l’euro renforce les liens économiques, en empêchant les dévaluations compétitives et forçant à plus d’efficacité et de compétitivité. C’est alors la finance qui joue, avec l’idée que la concurrence interne et des normes externes permettraient d’avancer. Mais on sait que la construction était partielle : la monnaie était commune mais l’équilibre des comptes était affaire de chacun. La polarisation des richesses qu’entraîne la monnaie unique doit donc être compensée par des efforts de compétitivité, de productivité et de qualité. Mais tel ne fut pas le cas, pas assez en tout cas, ce qui entraina les crises des finances publiques grecques, portugaises et espagnoles, avec des ajustements sociaux violents chez chacun et des mesures de mutualisation des risques, sous contraintes de « réformes ».

Aujourd’hui, la crise du COVID-19 frappe à toutes les portes, notamment à celle de l’Italie, troisième économie de la zone, et la plus fragile. Elle d’abord, bien sûr, mais aucune autre économie ne se relèvera sans les programmes européens de soutien en cours, puis de relance en projet, le tout en plein milieu du conflit États-Unis/Chine. L’intérêt politique européen commun est bien clair : exister comme un nouveau « Tiers-État » dans ce nouveau monde, avec ce que ceci implique en économie et en finance, pour défendre notre autonomie, autrement dit nos libertés. L’Europe avance par grands sauts, cette fois c’est plus par rapport à l’extérieur qu’à l’intérieur que la question se pose : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». Schuman, encore.

Christophe Bouillaud : Non, c’est maintenant où nous allons voir si le pari de Jean Monnet d’une intégration économique pour favoriser à long terme une intégration politique du continent va fonctionner. Il faut bien dire par exemple que, très prosaïquement, on est en train de se rendre compte à l’occasion de cette crise que l’agriculture européenne est désormais vraiment organisée sur une base continentale. Ce n’est peut-être pas très glorieux pour le respect qu’on doit à chaque ressortissant européen, mais, tout de même, c’est grâce aux travailleurs saisonniers de l’est, poussés par les difficultés économiques de leurs pays respectifs, que les durs travaux des champs se font à l’ouest du continent. D’un point de vue plus général, il faut rappeler que les pays européens échangent beaucoup entre eux, et qu’en pratique, aucun ne peut vivre confortablement sans ses voisins.

L’intégration économique correspond aussi en pratique au fait que la plupart des représentants des intérêts économiques dans chaque pays ne sont pas demandeurs d’un rétablissement des frontières intra-européennes. Tous veulent continuer à faire des affaires avec leurs partenaires. C’est sans doute l’ancrage le plus important qui permet d’espérer une fin heureuse à toutes ces tribulations qui s’annoncent.

Par contre, sur les intérêts politiques, et sur la vision à plus long terme des choses, il faut bien constater des divergences de fond entre dirigeants des pays européens. L’attitude à avoir vis-à-vis de la Chine en particulier semble devoir diviser les Européens. Certains pays, comme la Hongrie, paraissent vouloir s’affirmer à l’occasion de cette crise comme prochinois. La France quant à elle se met dans une posture très étrange : d’une part, nous commandons en tant qu’Etat des centaines de millions de masques à des producteurs chinois pour nous tirer du mauvais pas où nous a mis notre impréparation, pour ne pas dire notre impéritie, et d’autre part, nous semblons rejoindre le camp de Donald Trump qui voit dans l’éclatement de cette pandémie une responsabilité essentiellement chinoise. Nous laissons ainsi s’exprimer dans nos médias une vieille gloire de la médecine française qui accuse carrément les autorités chinoises d’avoir caché que ce virus est le résultat d’une manipulation de laboratoire à Wuhan qui aurait échappé à ses créateurs. Il ne faudra pas s’étonner ensuite si nos amis chinois le prennent mal et retardent les envois qu’ils nous ont promis.

Cela rejoint une question plus générale, déjà posée avant l’éclatement de la pandémie, autour de l’équipementier chinois Huawei : la Chine communiste est-elle toujours un partenaire que l’on peut engager dans des relations destinées à devenir de plus en plus pacifiques et mutuellement favorables, ou bien est-elle devenue, sous l’impulsion de son dirigeant actuel, un rival pour l’hégémonie mondiale qui, sous couvert de loyauté des relations commerciales, prépare méthodiquement sa prise du pouvoir planétaire ? Il existe la même divergence de vue sur le statut de la Fédération de Russie, partenaire ou ennemi ?

Plus généralement, vu les différences entre pays européens dans la vision du monde de leurs élites politiques respectives, on sent bien que la définition d’une vraie stratégie géopolitique européenne est le point faible de l’édifice. Il est vrai que, des années 1950 aux années 1980, tout était plus simple : l’atlantisme était obligé, car la menace soviétique inquiétait tout le monde, et les pays européens s’entendaient pour gérer de concert leur vaste espace postcolonial, ce qu’on appelait alors le « Tiers Monde ». Depuis lors, les choses se sont bien compliquées, et les dirigeants européens n’ont plus un socle de doctrine géopolitique si commun que cela.

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