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©JOHN THYS / POOL / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

L’Europe des occasions manquées

Incapable de s’accorder pour relancer ses propres économies, et colmater les brèches, pouvons-nous, entrepreneurs, compter sur sa « vista » et sa volonté d’investir dans notre avenir à défaut de réparer notre passé bien mal composé ?

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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L’Europe, le rêve Européen, est né d’un cauchemar. Auquel il voulait mettre fin. Définitivement. La beauté initiale de cette construction est née, comme les êtres humains eux-mêmes, d’un traumatisme, pour mieux lui échapper, et permettre aux générations futures d’éviter de parcourir un chemin qui amena tant d’hommes et des femmes dans les camps de la mort. Pour éclairer les générations futures sur un chemin que les « vieillards » comme disait Platon dans « République », auraient déjà parcouru, pour le meilleur ou le pire.

Nous espérions tous, que marcher dans les pas de nos pères, auraient été une bonne idée. Cela ne semble pas être partagé par tous. La fracture terrible que la crise ne fait que raviver et révéler un peu plus, ne permet pas à cet « assemblage hétéroclite réuni au forceps », à ces membres si différents qui sont si mal assortis, du nord au sud et de l’est à l’ouest, de trouver une ligne directrice. L’incapacité, malgré des semaines de négociation et 3 jours de discussion, enfermés à Bruxelles, la capitale la plus dangereuse au monde (plus fort taux de mortalité par 100 000 habitants du Covid), de ces membres de s’accorder sur un « petit » plan de relance (750Mds c’est à peine 30M par pays, une goutte d’eau), montre à quel point nous avons tant besoin d’une Europe enfin supranationale, ou de plus d’Europe du tout. Incapable de parler d’une seule voix sur aucun sujet majeur. Absente des grandes décisions internationales, désormais accaparées par la Chine et les USA. 

Dynamitée de l’intérieur par des Etats qui se mettent en position de la quitter. Et peut-être décrédibilisée demain par une Grande Bretagne qui pourrait démontrer qu’il y a une vie prospère après l’Europe. Composée de pays qui sont à la limite de la démocratie, tentée un moment d’y intégrer des pays aussi dangereux (à cause de son Président actuel) que la Turquie. Noyautée par tant de pays qui espèrent lui prendre plus, qu’ils n’apporteront jamais. 

Déstabilisée par la disparité entre des pays encore à la limite du développement et ceux qui entament leur décrue progressive vers la stagnation. Aux mains de technocrates tellement éloignés des réalités concrètes et dont la courte vue pénalise ou interdit des méga-fusions indispensables pour peser au niveau mondial, au nom d’une possible distorsion de concurrence au sein de son espace. L’Europe reste indispensable, mais son fonctionnement actuel a de quoi désespérer les plus croyants. Là aussi on a brûlé la « cathédrale ».

Il ne sert à rien d’opposer les cigales et les fourmis. Le mal est bien plus profond que cela. Et pour les observateurs que nous sommes, il est consternant de voir que l’on souhaite lever 750Mds pour boucher les trous, plutôt que d’investir pour l’avenir. Comme en France, qui vient de se doter d’un Ministre des PME qu’on n’imaginait pas même du temps de Mitterrand, et qui a fait l’impasse sur le numérique, l’Europe devrait vendre un projet d’avenir et non un colmatage des fuites du présent. Boucher les fuites d’un radeau entouré de méduses ne construit pas un Yacht de luxe. On ne comprend même pas qu’on puisse parler de subvention et non de prêt. Pourquoi ne devraient-ils pas rembourser ? Le long terme est fait pour cela. A défaut d’ambition on peut au moins étaler la médiocrité !

Vendre aux pays Européens, un avenir, aurait peut-être permis de faire un sommet qui sonne comme un nouveau départ, plutôt que comme un « SOS on coule ». Les entrepreneurs l’espéraient, partout en Europe. Imaginez 50 à 100Mds sur l’IA, la data, les batteries, la santé ou l’eau. La relation à l’Afrique. Qui aurait pu s’opposer à un tel plan. Imaginez 50Mds de plus pour se doter d’un destin numérique, qui s’appuierait sur des champions à qui s’ouvriraient les marchés publiques Européens, qui donneraient la préférence à leurs entreprises afin de les rendre assez robustes pour qu’elles puissent se frotter aux Chinoises ou Américaines ?

C’était le moment de doper le plan à l’ambition au lieu de parler de sauvetage. Car ce mot à lui seul, suppose que certains sauvent et que d’autres sont sauvés. Cela entraîne dès le départ un schisme et un positionnement, qui divise au lieu d’unir. Qui demande là aussi de revoir la définition de ce qui est juste, que Platon, encore lui, tente de définir dans la « République ». La justice aurait certainement consisté à parler d’un avenir commun, et non de la révélation d’un passé désuni. Une occasion manquée, qui pourrait lui être funeste.

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