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L’étrange sérénité des marchés financiers face aux incertitudes politiques majeures qui planent sur le monde
©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Volatilité

L’étrange sérénité des marchés financiers face aux incertitudes politiques majeures qui planent sur le monde

Le think tank américain Policy Uncertainty a publié un indice sur le niveau d'incertitude économique lié aux politiques économiques. L'incertitude évoquée ne se retrouve pourtant pas dans les indices de risques monétaires.

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez, 33 ans, diplômé de l'ESCE (Paris/La Défense) en 2003 a d'abord évolué plusieurs années chez BNPPARIBAS puis la Banque ROBECO en gestion privée avant de rejoindre SAXO BANQUE en 2009 en tant que Sales Trader. Son expérience des marchés financiers et plus particulièrement du marché des devises lui confère rapidement le rôle d’Analyste Marchés. Interlocuteur privilégié des médias français, il délivre quotidiennement des analyses sur les marchés financiers, tendances, risques macro-économiques et participe régulièrement à des conférences dédiées aux investisseurs. En novembre 2013, il rejoint le groupe IG, leader mondial des CFD, côté à Londres au FTSE 250, en tant que Chief Market Analyst.

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Atlantico.fr : Policy Uncertainty, un think tank américain, publie un indice sur le niveau d'incertitude économique lié aux politiques économiques. Le chiffre est au plus haut depuis la création de l'indice en 1997. Qu'est-ce qui explique un niveau aussi élevé ? Quels sont les risques qui planent au-dessus de l'économie réelle ?

Alexandre Baradez : L’indicateur a commencé à se redresser sensiblement à partir de 2016 et du référendum sur le Brexit. La forte chute de la livre sterling dans les instants qui ont suivi les résultats du référendum a montré à quel point le marché ne s’attendait pas à un tel résultat. Depuis la fin de la crise de la dette en zone euro, la situation politique s’était relativement calmée mais le vote sur le Brexit a ravivé instantanément les craintes et notamment les craintes économiques. Le ralentissement de l’économie britannique, lié notamment à l’absence de visibilité des investisseurs sur les relations économiques avec l’Union européenne post Brexit, a contribué à faire remonter cet indicateur. Puis l’élection présidentielle aux Etats-Unis quelques mois plus tard et la « surprise » Trump ont également contribué à rendre la visibilité économique plus difficile avec la remise en cause quasi immédiate de la plupart des accord commerciaux en place depuis des années. Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et le reste du monde ont fortement contribué à accroître l’incertitude économique. L’impact des tensions commerciales sur l’économie mondiale et les incertitudes crées sont régulièrement dénoncées par les banques centrales. Même si cela s’est stabilisé depuis quelques mois, l’Italie a également connu une phase d’incertitude politique au premier semestre 2018 qui a eu pour conséquence un écartement des taux souverains du pays par rapport aux taux de référence en zone euro à savoir ceux de l’Allemagne.

Pour autant, cette incertitude ne se retrouve pas dans les indices de risques monétaires (par exemple la volatilité implicite de l'Euro/Dollar, qui n'a jamais été aussi basse dans l'histoire récente). Qu'est-ce qui explique que les prévisions, de ce côté-là, soient plutôt stables ? 

C’est effectivement un des paradoxes de cette situation politique instable : l’écrasement de la volatilité sur l’euro par rapport au dollar mais plus globalement l’affaissement de la volatilité sur la plupart des paires de devises majeures comme la livre par rapport au dollar ou encore le yen par rapport au dollar. L’évitement d’un hard Brexit fin octobre et l’absence de déclarations inattendues (par rapport à un consensus) de la part des principales banques centrales ont également participé à la baisse de nervosité sur les principales devises mondiales. On peut également faire le constat de la forte décorrélation entre le niveau de risque politique (et économique) actuel et la volatilité sur les indices actions, notamment en Europe et aux Etats-Unis. La volatilité sur le SP500 évolue actuellement à 12.00 ce qui est un niveau très bas, qui plus est dans un contexte de ralentissement économique aux Etats-Unis, de repli des bénéfices des entreprises et avec l’accroissement des tensions politiques dans le cadre de l’enquête sur le président américain et l’Ukraine. Le remise en place récente d’un programme d’achats d’actifs par la BCE et les dernières mesures accommodantes prises par la Fed participent à ce tassement de la nervosité sur les différents marchés.

Est-ce que cette décorrélation indique que pour les marchés et notamment les cambistes, l'économie européenne et l'économie américaine sont à présent entrées dans un même cycle auquel les banques centrales répondent de la même manière ? 

Cette décorrélation de la volatilité et du risque politique/économique peut venir du fait que, dans un contexte économique mondial qui ralentit, les principales banques centrales adoptent des postures accommodantes. La Banque du Japon applique une politique monétaire très accommodante depuis des années, la BCE également face à une zone euro qui a eu du mal à se remettre de la crise de la dette de 2011/2012 et plus récemment, c’est la Fed qui a à nouveau assoupli sa politique monétaire avec 3 baisses de taux successives, l’injection quotidienne depuis septembre de 100 milliards de dollars de liquidité sur le marché monétaire après une phase de stress, et le lancement récent d’un programme d’achat de bons du Trésor de 60 milliards de dollars par mois. Il est toutefois nécessaire de se méfier de l’eau qui dort avec une situation économique en Chine sous surveillance. L’histoire récente nous a montré qu’une explosion de volatilité peut se produire en l’espace de quelques jours et avec très peu de signaux avancés : ce fut le cas début 2018, l’indice de volatilité du SP500, le VIX, est passé de 11.00 à plus de 50.00 en moins d’une semaine soit 350% de hausse ! Cette vague de stress spontanée était née d’une inquiétude sur la trajectoire des taux américains après un bon rapport sur l’emploi, rien d’extraordinaire donc mais cela avait suffi à mettre le feu aux poudres.

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