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L’État troque GDF-Suez contre Alstom : tout ce qu’il pourrait faire s’il se débarrassait de ses participations dont il considère qu’elles ne lui servent à rien
©Reuters

Soldes

L’État troque GDF-Suez contre Alstom : tout ce qu’il pourrait faire s’il se débarrassait de ses participations dont il considère qu’elles ne lui servent à rien

L'Etat a pu financer son entrée dans le capital d'Alstom en cédant 3,1% de GDF-Suez. Une idée qui pourrait faire son chemin pour d'autres investissements plus judicieux.

Alain Fabre

Alain Fabre

Alain Fabre est Conseil indépendant en Fusions & Acquisitions. Il est aussi expert économique auprès de la Fondation Robert Schuman, de l'Institut de l'Entreprise et du mouvement ETHIC. 

Il a récemment publié Allemagne : miracle de l'emploi ou désastre social?, Institut de l'Entreprise, septembre 2013. 
 

Il a publié pour l'Institut de l'Entreprise L'Italie de Monti, la réforme au nom de l'Europe et Allemagne : miracle de l'emploi ou désastre social

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Atlantico : L'Etat a vendu une partie de sa participation à GDF-Suez, pour financer son entrée dans le capital d'Alstom. Quelles sont les autres principales participations que l'Etat possède, sans que cela représente réellement un intérêt pour l'économie ? 

Alain Fabre : Même après les privatisations, l’Etat dispose d’un portefeuille conséquent puisque selon les données officielles, sa valeur représente de l’ordre de 70 milliards d'euros. Si l’on se tient à la situation d’avant Alstom, il est présent chez Orange, Renault, Air France, SCNF ; et également dans les secteurs du transport, de l'énergie, des banques etc... L’Etat est un investisseur de premier plan. Mais on peut se demander si sa présence dans le capital de certaines entreprises est vraiment indispensable. On peut s'interroger sur les effets de la présence d'un tel actionnaire dans le capital d'une entreprise. Est-elle un frein ? A quel point ?  Car l’Etat possède un pouvoir de réglementation. Le dossier Alstom a bien démontré qu'absent de son capital, ses prérogatives étaient limitées, voire nulles.

Aussi, on peut estimer sans que ce soit exhaustif que l’Etat pourrait céder ses participations dans Renault, Air France, à la Française des jeux, et la réduire très fortement chez EDF et GDF qui se porteraient aussi bien avec un Etat actionnaire à 30% !

Comment l'Etat pourrait-il réinjecter dans l'économie les sommes ainsi libérées ? Et comment la "force de frappe" financière qu'il acquérirait en revendant ses participations inutiles pourrait-elle peser dans les domaines qui serait ainsi investis ?

Plutôt de jouer à l’investisseur financier, fonction qui fait doublon avec  la Caisse des dépôts, l’Etat pourrait céder une large partie de son portefeuille pour financer des réformes de structure.  L'état devrait utiliser pour racheter les licences qu'ont versées ces professions pour exercer de manière autonome. Certaines professions reposent sur des rentes sociales comme les chauffeurs de taxis, les pharmaciens ou les notaires et l’Etat devrait plutôt racheter les licences qu'elle a cédée pour opérer sur ces marchés fermés. Prendre des mesures en faveur de la baisse des impôts et des cotisations du tissu productif pourrait être financé par des cessions de titres dans le portefeuille public.  Je combats l’idée des interventions ciblées. L’Etat n’a pas à choisir telle priorité plutôt que telle autre. Rappelons nous le plan Calcul ! C’est le rôle de l’entreprise d’assumer le risque de l’innovation et des secteurs à développer.L’Etat doit renoncer à ces mesures qui ne permettent pas une prise en charge normale de ce risque par les entreprises. Il y a un domaine essentiel dans lequel l’Etat pourrait investir, c’est celui de l’Université : doter les Universités des moyens de se développer et de franchir un cap de plus dans leur autonomie.

En voulant intervenir de la sorte dans l'économie pour des motifs en grande partie politiques, le "troc" entre GDF-Suez et Alstom a-t-il vraiment un intérêt ? Se débarasser de certaines participations pour investir dans des entreprises en crise, est-ce vraiment une manière utile d'utiliser ces participations ?

Je continue à déplorer l’entrée de l’Etat dans Alstom, comme il l'a fait chez PSA. Ce n’est pas son rôle ! De quoi se mêle-t-il ? Alors qu’il est le premier responsable de l’effondrement de notre industrie. De plus, pour un groupe industriel qui s’allie à General Electric, il est contre-productif d’avoir un Etat français qui a une réputation internationale déplorable au capital. Tout ça n’est pas sérieux et il s’agit en fait non d’un projet stratégique mais d'un signal envoyé à l’extrême gauche. L’Etat est tout de même le pire gestionnaire mondial avec des dépenses supérieures de 30% à ses recettes. On ne voit donc pas ce qu’il apporte à une entreprise de la dimension de Alstom. Vendre du GDF pour acheter du Alstom, c’est du bricolage. Ce n’est pas de la stratégie et une mauvaise façon d’utiliser la force de frappe financière que représente son portefeuille.

Le cas Alstom, et la difficulté persistante de l'équilibrage des comptes publics, peut-il impulser une dynamique de réorientation des participations de l'Etat ? La revente de GDF-Suez peut-il être le début d'un mouvement plus important ?   
Les moyens financiers de l’Etat et notamment son portefeuille doivent servir à ranimer la croissance par la réduction des déficits et de la dette et la réalisation des réformes.  Pas à faire du bricolage industriel. Notre pays continue à vouloir entrer dans l’avenir à reculons. C’est dommage.

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