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Âprement combattu par les écologistes, le nucléaire est pourtant la moins mauvaise solution pour réussir une transition écologique.
Âprement combattu par les écologistes, le nucléaire est pourtant la moins mauvaise solution pour réussir une transition écologique.
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Allié incontournable

L’erreur que la planète paie cash : le renoncement au nucléaire, catastrophe pour le changement climatique

Âprement combattu par les écologistes, le nucléaire est pourtant la moins mauvaise solution pour réussir une transition écologique. La baisse de son utilisation entraîne en effet l'utilisation massive de charbon, énergie la plus polluante du monde. Pendant ce temps, le renouvelable continue de balbutier.

Bertrand Barré

Bertrand Barré

Expert en industrie nucléaire, Bertrand Barré est l'ancien vice-président du conseil scientifique et technique Communauté européenne de l'énergie atomique et ancien président du Standing Advising Group on Nuclear Energy (SAGNE) à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il est notamment l'auteur de Faut-il renoncer au nucléaire ? (Le choc des idées, Le Muscadier, 2013), Le Nucléaire - Débats et réalités (Ellipses, 2011) et L'Atlas des énergies mondiales : un développement équitable et propre est-il possible ? (Éditions Autrement, 2011).

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Atlantico : Après avoir  annoncé la fermeture de nombreux réacteurs nucléaires à la suite de la crise de Fukushima, le Japon a annoncé qu’il ne tiendrait pas ses promesses de réduction masse d'émission de gaz à effet de serre. Dans quelle mesure la baisse de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans un pays a-t-elle un effet sur sa consommation d’énergies fossiles, et donc son émission de gaz à effet de serre ?

Bertrand Barré : Pour la production d'électricité "en base", les sources concurrentes sont le charbon, le gaz et le nucléaire. Le caractère intermittent du solaire et de l'éolien ne permet pas de compter sur eux pour la base. Avant l'accident de Fukushima Daiichi, les centrales nucléaires japonaises (54 réacteurs) fournissaient 30% de l'électricité de ce pays. Leur extinction progressive dans l'année qui a suivi l'accident n'a pu être compensée que par une augmentation très significative de la production des centrales à combustibles fossiles : la facture des importations de charbon, de gaz naturel liquéfié et même de pétrole en a augmenté de 36 milliards de dollars par an. Même les turbines à fuel, qui ne servaient qu'à assurer le passage des pointes de consommation électrique, sont exploitées toute l'année ! C'est pourquoi, tant qu'un nombre suffisant de centrales nucléaires n'aura pas été autorisé à redémarrer, le Japon a du abandonner ses objectifs de réduction des GES.

Aujourd'hui, la nouvelle autorité de sûreté japonaise, la NRA, examine les dossiers d'autorisation du redémarrage de 14 réacteurs. Le gouvernement Abe y est favorable, mais il faudra aussi l'acceptation des gouvernements provinciaux.

Entre 2010 et 2012, la consommation mondiale de nucléaire a baissé de 7% au profit d’une augmentation de celle du charbon – énergie la plus polluante au monde – de 4,5%. Quelle serait les conséquences d’un arrêt progressif de l’utilisation nucléaire ? N’est-il pas le meilleur allié de la transition énergétique ?

L'essentiel de la baisse de la production nucléaire mondiale vient de la disparition du nucléaire japonais et de la baisse du nucléaire allemand, en dépit de l'augmentation chinoise. L'augmentation de la consommation mondiale du charbon ne vient pas que de la compensation de cette baisse mais aussi d'une augmentation de la part du charbon aux dépens de celle du pétrole, le gaz restant constant en pourcentage.

Un arrêt progressif du nucléaire au plan mondial (heureusement peu probable) se traduirait d'abord par une augmentation de la part des combustibles fossiles, même si, à long terme, la part des énergies renouvelables est appeler à croître significativement. Aujourd'hui, si on excepte la "biomasse traditionnelle" et l'hydroélectricité, les énergies renouvelables "modernes" ne fournissent que 1% de l'énergie primaire mondiale.

Une transition énergétique respectueuse de l'environnement ne pourra s'effectuer qu'avec une part croissante de nucléaire.

Les énergies alternatives sont-elles prêtes à prendre le relais comme le voudraient, ou le croient, de nombreux défenseurs de l'écologie ? Sinon, quand le seront-elles ?

Aujourd'hui, c'est exclu. Regardez l'exemple de l'Allemagne, pourtant championne du solaire et de l'éolien : la baisse du nucléaire depuis Fukushima, c'est le charbon et le lignite qui l'ont compensée. A plus long terme, beaucoup dépendra des progrès réalisés dans le stockage de masse de l'électricité, seule réponse sérieuse à l'intermittence du solaire et de l'éolien. Le tout, sans oublier les nécessaires améliorations de l'efficacité énergétique qui, soit dit entre parenthèses, passeront souvent par une électrification accrue (c'est bien clair, par exemple, pour les transports).

Si les évènements dramatiques comme Fukushima ont de quoi terrifier les populations, le nucléaire est-il une énergie plus dangereuse, pour les humains et pour la planète, que la prolifération d’énergie comme le charbon ?

Cette question a été étudiée de très près au sein du programme ExternE (External Costs of Energy, NDLR) mené sous l'égide de la Commission Européenne. Il est très clair que l'énergie nucléaire, par kWh produit, et en tenant compte de Tchernobyl et de Fukushima, reste la source d'électricité de base qui a le plus faible impact sur la santé humaine, exprimé en années de vie perdues. Le charbon est indiscutablement la pire, non seulement en termes de morts par accidents de mine, et de maladies professionnelles, mais aussi à cause des effets de la pollution due à sa combustion sur la population en général, sans parler à ce stade des effets futurs induits par son impact sur les changements climatiques...

Je réponds sur l'impact humain, car l'humanité est fragile ! La planète a connu bien des aventures au cours de ses 4,5 milliards d'années d'existence : ce n'est pas pour elle qu'il faut s'inquiéter, mais pour nous.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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