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Harlem Désir laisse la place de Premier secrétaire du Parti socialiste à Jean-Christophe Cambadélis.
Harlem Désir laisse la place de Premier secrétaire du Parti socialiste à Jean-Christophe Cambadélis.
©Reuters

Poussée de désir

L'autre remaniement : Cambadélis part à la chasse aux militants PS après la disette Désir

Nommé secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Harlem Désir laisse la place de Premier secrétaire du Parti socialiste à Jean-Christophe Cambadélis. Des évolutions sont à prévoir dans une formation politique moribonde.

Atlantico : Jean-Christophe Cambadélis qui remplace Harlem Désir à la tête du Parti socialiste : peut-on parler de vrai changement en profondeur ou de simple retouche cosmétique ? Quelles sont les différences fondamentales entre les deux hommes ?

Marika Mathieu : Il y a peut-être une marge entre la rupture et le cosmétique ! Nous sommes en présence des deux personnages déjà en compétition pour la direction du PS en 2012. Pour Jean-Christophe Cambadélis, ce poste est une ambition assumée depuis longtemps. En 1997, on le donnait déjà comme favori avec l’élection de Lionel Jospin. Il n’est en rien une surprise mais une option écartée qui revient à la charge.

Jean-Christophe Cambadélis a à de nombreuses reprises exprimé son désir de « repolitiser » le PS, d’y réinjecter un certain nombre de principes et sans doute sa fibre sociale et européenne l’aidera à les traduire en mots. Leur gestion du parti sera peut-être très différente. Ce sont deux militants précoces, mais l’un dans l’associatif (SOS Racisme), l’autre dans l’extrême gauche trotskiste (bureau politique du PCI, Lutte ouvrière jusqu’en 1986). Tous deux défendent une voix « sociale » pour le parti, un véritable engagement sur l’Europe et placent le combat contre le FN en tête de leur préoccupation. Mais si l’un et l’autre sont de parfaits connaisseurs des rouages du PS, l’un s’est fait fort de n’appartenir à aucune chapelle au point de disparaître parfois du débat, tandis que l’autre s’est plusieurs fois illustré dans la constitution de courants et d’alliances (« les rénovateurs » en 1993 avec Aubry et Strauss Kahn, gauche plurielle de 1997, « les reconstructeurs » avec Bartolone, Montebourg, Aubry, Fabius)  et ce jusqu’à devenir le premier des strauss-kahniens. Camba est sans doute plus architecte du PS que n’aura jamais su l’être Harlem Désir, on peut le voir comme un apparatchik mais aussi comme le défenseur d’une politique de franc-parler, qui « enrage »,  « s’indigne » et « combat » avec le goût du bon mot. C’est un style.

Olivier Rouquan : Sur le plan idéologique, ce n'est pas le premier secrétaire qui, dans les dernières années, définit une idéologie spécifique. A chaque fois que le premier secrétaire change, il n'y a pas d'aggiornamento idéologique. Nous sommes face à deux personnalités, Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, qui se sont orientées vers l'Europe et l'international. De ce point de vue, il y aura une certaine continuité. Le travail que devra engager Cambadélis sera celui d'une clarification du projet du Parti socialiste. De ce point de vue, la question européenne se posera.

Entre les deux personnages il y a des différences. Jean-Christophe Cambadélis dispose d'une autorité, du fait de sa trajectoire et de son parcours, qui semble supérieure à celle de Désir. Sa formation d'origine à l'Organisation communiste internationale (OCI) le rend compétent sur le maniement des hommes.

Il a aussi dans son expérience une aptitude à sélectionner des arrivants en politique, on utilise l'expression de "pépinière Cambadélis". Cette capacité à sélectionner les futurs cadres du PS découle directement de son héritage des réseaux étudiants. Il sera le garant d'un ordre plus verrouillé que du temps d'Harlem Désir, moins en prise à l'extension des divisions.

Le Parti socialiste est installé dans la posture de la régulation de l'économie par la puissance du pays, même si pendant longtemps cela n'a pas été assumé publiquement. De ce point de vue Cambadélis était proche de DSK et assume tout à fait cette stratégie.

Je pense que Cambadélis apparaît comme étant bien placé pour faire le trait d'union entre Hollande et Aubry. Il a pendant longtemps été le numéro deux de François Hollande et plus récemment, il s'était plus positionné du côté de Martine Aubry. Il semble pourvoir jouer le rôle de médiateur, ce qui ne sera pas inutile. 

Ce n'est pas un changement cosmétique, c'est un changement important car les dysfonctionnements se déclarent sur le maniement des hommes, du côté des bévues tactiques les problèmes se déclarent.

Jean-Christophe Cambadélis s'est distingué par un discours (un peu) plus critique qu'Harlem Désir sur François Hollande. Ce changement de tête peut-il modifier les relations entre l'exécutif et le PS ?

Marika Mathieu : Avec Harlem Désir, il était courant de penser que la tête du parti se trouvait à l’Elysée. Il faut dire que François Hollande avait emmené dans ses bagages les as de la carte électorale socialiste, dont lui-même, mais aussi Stéphane Le Foll et aujourd’hui François Rebsamen. EN 2012, personne ne voulait officiellement d’un parti « godillot » mais force est de constater que c’est l’exacte mission qui fut attribuée à Harlem Désir.

Depuis 2012, Cambadélis a sans doute imaginé qu’il n’en serait pas toujours ainsi et s’est employé à agir comme un « premier secrétaire bis », usant de sa liberté de ton (et de son blog) pour montrer ce que serait qu’un parti qui « agit ». Pour le « combat social », contre le racisme et la xénophobie, contre la GPA et la PMA, pour le dialogue entre toutes les formations de gauche.

Remis de l’échec stauss-khanien, il a même enfilé ses habits de « porte-flingue » pour Hollande et a largement dénoncé la mollesse de l’état-major pour le défendre. Peut-être que François Hollande pourrait trouver en lui non seulement un rassembleur pour ses alliances en péril, mais aussi un cogneur bien utile à l’heure du pacte de responsabilité.

Le nouveau nommé peut-il insuffler un nouvel enthousiasme idéologique dans un Parti socialiste moribond et en perte de repères ? Ses convictions sont-elles en phase avec le PS ?

Marika Mathieu : La critique de Marie-Noëlle Lienemann porte plus sur le mode de désignation du Premier secrétaire que sur le candidat Cambadélis en lui-même. Cela dit, le nouveau n’est pas nouveau, et l’ampleur de son trajet politique, de la LCR à DSK lui donne parfois des airs de goéland de la gauche, spécialiste des intrigues et par forcément digne de la plus grande confiance. Ce n’est pas un intello non plus et un élu parisien de surcroît

Avec un gouvernement au pouvoir, il est difficile de créer l’enthousiasme mais une véritable reprise en main du travail de terrain et un encadrement des militants aujourd’hui dénués d’explications seraient déjà une bonne chose. Beaucoup d’erreurs d’Harlem Désir ne sont que des « couacs » médiatiques. Une de ses fautes, par contre, c’est par exemple l’attentisme autour d’un vague conciliabule dans l’entre-deux-tours des municipales. Comme pour mieux signifier aux mairies leur abandon, plus que leur perte.

Olivier Rouquan : ll y aura plus de cohérence, plus de complémentarité car Cambadélis est un homme d'appareil qui connait très bien le parti, notamment les élus. L'idée c'est d'avoir un chef du parti socialiste qui crée une dynamique pour soutenir l'exécutif qui en a besoin. En même temps je pense que Cambadélis va essayer de revoir le logiciel, il va essayer de redynamiser le parti qui est, après les municipales, confronté à un impératif de réorganisation.

En raison de la saignée qu'il y a eu, il va falloir agir vite pour redonner du souffle. Ce sera sa mission première dans les mois qui viennent. Il va renouveler les cadres dirigeants et il faut à nouveau aller chercher des militants. Harlem Désir ne s'est pas imposé aux poids lourds du parti et il n'a pas insufflé ce souffle militant. C'était difficile pour lui et étant données les conditions de sa désignation. Injustement ou pas, il incarnait l'échec des municipales. Il ne pouvait pas continuer à piloter le parti. François Hollande pour continuer dans de meilleures conditions doit avoir un homme de combinaison et d'ordre

Jean-Christophe Cambadélis peut-il impulser une nouvelle dynamique dans la relation avec les autres partis de gauche de plus en plus critique vis-à-vis de la ligne du PS ? 

Marika Mathieu : Pour savoir ce que pourrait être « d’un dynamique» d’un « Camba » à la tête du parti, on peut reprendre ce que disait de lui Claude Bartolone en 2012 dans le JDD : "C'est vrai qu'actuellement, quand on voit le besoin de discuter avec l'ensemble des partenaires de gauche, l'envie du Parti socialiste de continuer à exister politiquement, le devoir d'être fidèle à la politique du gouvernement, je reconnais que Jean-Christophe Cambadélis a le profil ".  Cela semble toujours d’actualité. Cambadélis est un artisan de la gauche plurielle,  contempteur du « PS unijambiste ». Il ne manque pas d’envie d’aller chercher des partenaires mais les temps ont changé depuis Lionel Jospin et d’autres ambitions émergent. On verra bien s’il fait bientôt le déplacement à Grenoble ou à Montreuil. 

Olivier Rouquan : Jean-Christophe Cambadélis connaît bien les mouvements satellites tout comme les organisations syndicales. Longtemps, il s'est occupé des relations entre le Parti socialiste et les autres formations. Il a l'habitude des partenariats, des négociations avec les verts, les forces du parti communiste, ce sera un atout par rapport à Désir.

Il connait bien ces milieux et il dispose de contacts dont il va pouvoir se servir pour rendre le dialogue possible. Il va pouvoir établir des stratégies mais rien ne dit qu'il y arrive. Car le Front de gauche continuera à s'opposer à une partie des décisions prises par le pouvoir. Il peut néanmoins essayer de rendre cette opposition pus constructive.

Un Premier secrétaire en échec nommé au gouvernement, et pour le remplacer un homme déjà pressenti pour occuper le poste en 2012. Quel signal le gouvernement envoie-t-il par ce changement ? Peut-il vraiment espérer une dynamique positive ?

Marika Mathieu : J’y vois un signal similaire à celui de la nomination de Manuel Valls. Si Cambadélis prend la tête du parti, et cela reste à confirmer comme dirait Marie-Noëlle Lienemann, ce serait la suite logique d’un remaniement qui cherche à porter les coups plus qu’à les recevoir. Ce qui a fait l’échec de Cambadélis en 2012 fait sa force en 2014 : c’est une « grande gueule » bien connue de toute la gauche où il a ses entrées. C’est un « bon client » sur les plateaux. Il est beaucoup plus féroce qu’Harlem Désir. Ce n’est peut-être qu’une question de style, mais en attendant des résultats concrets, ça peut compter. 

Olivier Rouquan : Harlem Désir est au gouvernement, il ne s'agit donc pas d'une rupture mais d'un renouvellement. Le gouvernement bénéficiera de ce changement si Cambadélis arrive à clarifier le rôle du PS et à lui donner davantage de visibilité, car Harlem Désir n'était pas audible. Il faut que le PS ait sa place. Il faut que les militants, l'opinion, aient davantage en tête ce que veut le parti socialiste. Il est toujours difficile de continuer à exister pour un parti qui est au gouvernement. Il va falloir que ce parti réimprime une marque dans le débat.

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