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L’assurance-vie est-elle au bord du gouffre ? Ce que révèle vraiment la baisse de plus de 30% des flux investis au dernier trimestre 2015
©Reuters

Sur la corde raide

L’assurance-vie est-elle au bord du gouffre ? Ce que révèle vraiment la baisse de plus de 30% des flux investis au dernier trimestre 2015

Alors que les Français continuent d'épargner de manière conséquente dans un contexte économique incertain, l'assurance-vie est paradoxalement un placement en net recul. Une situation qui pourrait bien poser de sérieux problèmes aux professionnels du secteur.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Atlantico : Le 2 mai, la Banque de France publiait ses statistiques relatives au niveau de l’épargne des ménages pour le quatrième trimestre 2015, soit 15,9% du revenu disponible brut, après 15,35% au T3 2015. Cependant, derrière cette apparente stabilité, il apparaît que les flux relatifs à l’assurance-vie subissent une chute de plus de 30% en un seul trimestre, passant de 15 à 10 milliards d’euros. Comment expliquer une telle baisse ?

Jean-Yves Archer : En premier lieu, il faut relever que le taux d'épargne des ménages demeure à un niveau élevé alors que les contraintes de vie quotidienne et de pouvoir d'achat sont connues. Autrement dit, ce taux dit d'épargne de précaution reflète l'anxiété de nos concitoyens, la fuite devant l'avenir du fait des diverses menaces géopolitiques ou économiques.

L'assurance-vie enregistre effectivement un recul de collecte sans précédent. Parallèlement, les Français ont choisi de laisser plus de 35 milliards sur leurs comptes-courant ce qui est, là aussi, un niveau inégalé.

Face aux risques divers dont l'épargnant a vent (krach obligataire, créances bancaires douteuses notamment en Italie : plus de 200 milliards, etc.), celui-ci choisit de rester le plus liquide possible d'où – au passage – les rumeurs indiquant que Bercy veut encore accentuer sa pression sur le volume d'espèces en circulation.

En ces temps troublés, on ne place plus : on thésaurise au mieux sur le vecteur le plus fluide.

Par ailleurs, il y a une autre section au raisonnement des épargnants. Ils ont parfaitement compris que l'assurance-vie est un placement qui comporte des frais (droits d'entrée pour tout versement même exceptionnel) et qui offre donc un rendement net très en retrait des années précédentes.

D'autres, lucides, n'oublient pas le spectre toujours présent de modifications de fiscalité de ce produit longtemps chéri par les Français qui représente plus de 1588 milliards d'euros.

Quelles en sont les implications pour les compagnies d’assurance-vie ? Dans le cas où cette situation venait à perdurer, faudrait-il y voir un sérieux signe d’inquiétude pour la survie de ces entreprises ?

Face à la baisse des taux d'autant plus nette que la politique non-conventionnelle de la BCE s'approfondit, les assureurs sont dans un effet de ciseaux car ils ont commercialisé des produits à taux garanti à des niveaux intrinsèques supérieurs aux maintiens de leurs marges.

Un mouvement de tassement de collecte alors même que des intérêts à servir sont proportionnellement importants sur les anciens contrats est un vrai défi voire – comme vous le dites – une possible question de survie de certaines entités.

Si la situation venait à se tendre, je ne serais pas surpris que la puissante Fédération française des sociétés d'assurance n'aille plaider sa cause à Bercy et rappelle notamment sa préférence pécuniaire pour les contrats en unités de comptes par opposition aux fonds euros.

La France a trop souvent l'habitude d'inventer des régimes d'exception pour contrecarrer une difficulté de marché au lieu de laisser jouer la sélection naturelle. Ceci à l'inverse des banques. Il suffit de repenser à la solution trouvée aux difficultés passées de FORTIS : la reprise par BNP Paribas.

Le contexte qui entoure le secteur des assurances est-il à même de rendre ce secteur moins attractif à terme ? Est-il possible d’y voir une explication, ou du moins un lien, dans le départ d’Henri de Castries, à la tête d’AXA ?

Oui, le secteur va être attractif mais pas pour tous les acteurs actuels. Il faut en effet intégrer la montée en puissance des comparateurs de prix, la facilité désormais acquise pour changer de compagnie, la numérisation des métiers. En clair, certains David pourraient bien surprendre des Goliath trop installés dans leurs certitudes pyramidales par opposition à l'horizontalité des nouveaux process.

Evidemment, il est toujours difficile d'évaluer un choix de carrière quand on ne connait pas le futur point d'arrivée. On ne quitte pas AXA sans une vista de son destin personnel. Je ne doute pas que le successeur du visionnaire Claude Bébéar ait su border ses arrières. Qui songerait à en douter sur la Place de Paris ?

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