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L'Amérique latine, épicentre de l'épidémie
©CARL DE SOUZA / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

L'Amérique latine, épicentre de l'épidémie

La propagation du virus s’est accélérée en Amérique latine. Dov Zerah revient notamment sur la situation au Brésil, en Argentine, au Venezuela, au Chili, en Equateur et au Paraguay.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Aujourd’hui, l’épicentre de la pandémie semble s’être déplacé de l’Europe vers l’Amérique latine. Même si nous sommes marqués par les images du Brésil avec un Président Jair Bolsonaro contestant le confinement et les décisions des Gouverneurs des États, la situation est très différente selon les États, les régions.

Commençons par le plus grand pays du sous-continent, le Brésil. Depuis le début du fléau, le président n’a cessé de minimiser le phénomène, allant jusqu’à qualifier la maladie de « petite grippe saisonnière ». Comme Donald Trump, il a régulièrement critiqué les Gouverneurs des États, véritables décisionnaires en la matière dans cet État fédéral. Son arbitrage était clair, accepter une surmortalité plutôt qu’une crise économique.

En avril, il est même allé jusqu’à limoger son ministre de la santé, M. Luiz Henrique Mandetta qui avait osé afficher ses désaccords avec la stratégie suivie au niveau fédéral.

Pour braver ses détracteurs, il n’a pas hésité à s’afficher dans des rassemblements de très nombreuses personnes sans aucun respect des règles de distanciation. Aujourd’hui, la presse nationale accuse le gouvernement fédéral de maquiller les statistiques sur les effets du fléau, et notamment sur le nombre de morts qui serait de près de 40 000, pour une population de plus de 210 millions d’habitants. Très critique à l’égard du Président, elle utilise des expressions fortes comme « coup d’État statistique », « responsabilité d’un véritable génocide » … Le Président Bolsonaro est l’objet d’une trentaine de procédures en destitution.

Il est encore trop tôt pour connaître l’impact économique de la pandémie même si le gouvernement a légèrement revu à la baisse la prévision de croissance pour l’année.

Á la différence du Brésil, l’Argentine a géré la pandémie avec une extrême rigueur et plus de 80 jours de confinement, peut être un record mondial. Le résultat est au rendez-vous. Pour une population de 44 millions d’habitants, le pays a enregistré moins de 700 morts pour plus de 22 000 personnes atteintes. Survenu en pleine catastrophique économique, le confinement n’a pas amélioré la situation…

Fin décembre 2015, la victoire de Mauricio Macri à la présidence de l’Argentine permettait d’envisager une véritable et durable de sortie de crises. Il avait pris des engagements forts tant macroéconomiques que structurels. Au-delà d’un véritable « big bang » libéral, l’élection de Mauricio Macri devait marquer la fin du péronisme.

Cette perspective a permis au pays de mettre fin au conflit avec les créanciers, et notamment « les fonds vautours » américains qui avaient refusé, en 2005 et 2010, des rééchelonnements de la dette souveraine. Cela a même conduit les marchés à occulter les difficultés récurrentes de l’Argentine depuis plus de 50 ans, ainsi que les huit défauts depuis son indépendance en 1816 et à lui prêter à nouveau.

Mais cela n’a pas duré longtemps et l’Argentine a renoué avec ses démons. Sans entrer dans le détail des causes du retournement macroéconomique, l’année 2019 a été particulièrement chahutée : récession pour la seconde année, inflation supérieure à 50 %, taux de pauvreté en augmentation au-delà des 40 %, grève générale contre les mesures d’austérité adoptées pour obtenir 57 Md$ du FMI, difficultés pour assurer le service de la dette au point que le FMI la déclare non soutenable, dépréciation du peso de près de la moitié de sa valeur, mise en place d’un contrôle des changes… Le nouveau Président élu il y a huit mois, M. Alberto Fernandez a promis de « remettre le pays sur les pieds… ». C’était avant le Covid-19.

La pandémie est en ce moment à son pic au Chili avec près d’une centaine de morts par jour. Bien qu’ayant fermé ses frontières et déclaré « l’état d’exception constitutionnel pour catastrophe » permettant le déploiement de l’armée, le Gouvernement a longtemps refusé le confinement notamment pour la région de Santiago où est concentrée la pandémie ; il a allégé le dispositif courant avril avant de le durcir à la mi-mai. Il a clairement privilégié l’économie d’autant que le mouvement de protestation contre le gouvernement a pris fin avec la pandémie. Á ce jour, le pari est peut-être réussi avec un peu plus de 2 200 morts pour une population de plus de 22 millions d’habitants.

Le Venezuela a le quatrième PIB latino-américain. Il est en réduction constante depuis 2013. Au-delà de la crise institutionnelle, le pays enregistre une diminution de 90 % de sa capacité industrielle, connait une hyper inflation, un effondrement de ses réserves en or et devises et du Bolivar..., nonobstant un des prix, des changes, la mise en place d’une économie totalement administrée par des fonctionnaires et des apparatchiks.

Le désastre du socialisme bolivarien est caractérisé par une statistique : avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez, le pays était au premier rang latino-américain pour la production par habitant ; vingt ans après, elle est de moitié inférieure à celle du premier du classement, le Chili. Doté d’immenses réserves pétrolières, sa production n’a cessé de baisser faute d’investissements, et il en est arrivé à importer des produits raffinés.

La crise économique se traduit par une crise humanitaire de grande ampleur avec des pénuries de médicaments et de produits alimentaires…, tout cela dans un climat de terreur alimenté par les milices à la solde du pouvoir en place. Près de 90 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui a conduit près de deux millions d’entre eux à fuir leur pays notamment vers la Colombie voisine dont les performances lui ont permis d’intégrer récemment l’OCDE, mais aussi pour le Chili à la prospérité florissante. Le drame vénézuélien peut durer longtemps grâce aux soutiens chinois et russe cherchant à accaparer la rente pétrolière.

L’Équateur est le pays latino-américain le plus touché avec plus de 3 500 morts pour plus de 17 millions d’habitants et malgré des mesures drastiques. Enclavé, le Paraguay s’est protégé derrière ses frontières, a pris des mesures drastiques d’isolation dans les hôtels et de confinement ; plus de dix morts et de 1 200 cas sur une population de plus de 7 millions d’habitants.

Au-delà de ses chiffres et des dispositifs adoptés, la crise a mis en évidence la faiblesse des structures hospitalières dans ses pays très inégalitaires ; les pauvres ont difficilement accès aux hôpitaux. Elle démontre une nouvelle fois l’absence de coordination entre ses pays.

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