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L'amateurisme de la France sur la scène internationale : le cas marocain
©Reuters

Incompétence

L'amateurisme de la France sur la scène internationale : le cas marocain

Les dernières positions de la France en Afrique ou au Moyen-Orient semblent décousues. Un manque de cohérence qui tranche avec les habitudes françaises.

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï

Ahmed Charaï est directeur de la Publication du Magazine Hebdomadaire "L’Observateur du Maroc"  et du Site d'information www.Kifache.com , Président de MED Radio, Radio Nationale d'information (www.medradio.ma) , et Président du Conseil d'Administration du quotidien arabophone marocain "Al-Ahdath Al-Maghrebiya". 

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Au Maroc, les amis de la France sont consternés. Un nouvel incident diplomatique vient témoigner d’une désinvolture des autorités françaises qui finit par miner les relations entre les deux pays. Le Général Bennani est l’ancien numéro 2 de l’armée marocaine. Il est actuellement hospitalisé au Val-de-Grâce. Mercredi, il a eu la stupéfaction de voir le personnel militaire lui apporter une lettre d’insultes accompagné d’un bouquet de fleurs fanés que lui avait fait adresser un ancien officier marocain, qui a été chassé des Forces Armées royales et vit désormais en France. L’ex capitaine Adib s’est glorifié de ce fait d’armes sur internet. Le Général Bennani s’est à juste titre senti outragé.

Ce nouvel incident alimente un débat plus profond. Il concerne la place de la France dans le monde. Le mot qui revient le plus souvent dans les discussions, c’est l’amateurisme. Au Maroc, comme dans toute la sphère arabe, la diplomatie française profite d’un préjugé favorable. On lui reconnait une bonne connaissance du monde arabo-musulman, de sa culture, de la nature de ses problèmes. C’est l’ADN de sa politique étrangère et elle lui a permis de se distinguer parmi les nations occidentales, quelle que soit la majorité au pouvoir à Paris. Il y a dix ans, la France s’est ainsi refusée à participer à l’invasion de l’Irak. Un fiasco dont le monde n’a pas fini de payer les conséquences comme on le voit depuis le début du mois. L’autorité de la France et son influence devraient en être renforcés. C’est le contraire. Au Maroc, son image s’effrite depuis deux ans. Les observateurs constatent que non seulement ce que l’on avait appelé "la politique arabe de la France" a disparu, que la France s’est normalisée en s’alignant sur les positions des Anglo-saxons. Pire, sa diplomatie laissé place à une agitation, une fébrilité, des couacs à répétition, depuis l’arrivée du nouveau pouvoir exécutif socialiste.

Ce ne sont pas tellement les incidents vis-à-vis du Maroc et de ses représentants, ressentis comme des agressions, qui fondent ce constat, mais toute l’action de la France. Il suffit d’analyser l’action de Paris sur les dossiers chauds. En Syrie, par exemple, la France s’est ridiculisée. Dans la précipitation, elle a annoncé des frappes aériennes punitives contre le régime de Bachar, après l’usage d’armes chimiques. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’ont abandonnée en rase campagne, après le véto de leurs parlements respectifs. Paris a avalé son képi et s’est retrouvé marginalisé. C’est entre Américains et Russes que s’est négocié le désarmement chimique de la Syrie alors que la France animait le collectif des Amis de la Syrie, et que la France, ancienne puissance mandataire est historiquement liée à ce pays et que son influence y est réelle..

Idem sur le le dossier Iranien. C’est entre Washington et Téhéran que se joue ces jours-ci la crise en Irak. Le Quai d’Orsay s’est une nouvelle fois piégé tout seul. Américains et Britanniques ont opéré un virage stratégique et misent sur les puissances régionales pour assurer la stabilité au Moyen-Orient. C’est la reconnaissance de l’Iran comme parrain du Golfe qui est en cours. Pragmatiques, les Anglo-saxons négocient. Londres rouvre son ambassade à Téhéran. Les Américains à Vienne laissent entendre que le dossier nucléaire n’est pas insoluble. Une nouvelle fois, par cécité, par amateurisme, la diplomatie française se trouve marginalisée. Un spectateur un peu agité, indocile mais un spectateur impuissant.

Pire, même en Afrique de l’Ouest, la France est engluée. L’intervention militaire en Centrafrique tourne au désastre. En intervenant trop tard et avec des moyens trop limités, elle a avivé la division entre musulmans et chrétiens. La sécurisation du pays, le désarmement des milices sont des échecs éclatants, notamment parce qu’il n’y a pas eu de concertation avec les pays de la région. On ne voit aucune perspective politique se dessiner. Les derniers événements à Kidal, prouvent que la fragilité du Mali perdure. Dans ces deux cas, l’intervention de l’armée française, coûteuse, va durer beaucoup plus longtemps que prévu.

Ce constat pousse les observateurs marocains à relativiser les impairs diplomatiques de la France vis-à-vis de leur pays. Ils se disent que sa désinvolture est universelle et ne vise pas seulement les responsables marocains. C’est l’amateurisme qui prévaut l’Elysée qui se retrouve en cause.  

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