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Kader Arif, ancien secrétaire d’Etat aux Anciens combattants et très proche de François Hollande désormais (vraiment) dans le viseur de la justice
©Reuters

C'est louche !

Kader Arif, ancien secrétaire d’Etat aux Anciens combattants et très proche de François Hollande désormais (vraiment) dans le viseur de la justice

Après plus d’un an d’enquête préliminaire, le Parquet national financier a ouvert une information judiciaire contre X, notamment pour favoritisme, prise illégale d’intérêts, blanchiment de fraude fiscale, dans l’affaire des marchés passés de 2009 et 2012 entre une société dirigée par Aïssa Arif et le conseil régional de Midi-Pyrénées. Désormais dans le viseur de la justice: son frère, Kader Arif, ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants, et proche de François Hollande. Débouchera-t-on sur les dessous du financement de la campagne de 2012 de l’actuel chef de l’Etat ?

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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  • Après plus d’un an d’enquête préliminaire, Kader Arif ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants se trouve dans le collimateur de la justice notamment pour prise illégale d’intérêts
  • En cause, des marchés conclus entre le conseil régional de Midi-Pyrénées et une SARL, AWF Music animée par des membres de la famille de l’ancien ministre
  • Une interrogation en ce début d’instruction : la SARL AWF Music, qui a organisé les meetings de la campagne de Hollande en 2012 aurait-elle pu participer à son financement ?
  • Après l’affaire  Jérôme Cahuzac, puis  Thomas Thévenoud, cette nouvelle affaire porte un nouveau coup au Parti socialiste qui va se retrouver au même niveau que l’ex-UMP…

Il n’a pas de chance, François Hollande. Au moment où une certaine embellie commençait à poindre du côté de l’Elysée, voici que resurgit une affaire que l’on   croyait oubliée. Eh bien non ! En effet, le parquet national financier, en toute discrétion, a ouvert il y a peu, une information judiciaire contre X notamment pour favoritisme, prise illégale d’intérêts par personne dépositaire de l’autorité publique, blanchiment de fraude fiscale, banqueroute, faux et usage de faux, confiée aux juges Roger Le Loire et Claire Thépaut. Cette information  vise implicitement Kader Arif, actuel député de Haute-Garonne et ancien secrétaire d’Etat aux Anciens combattants  ainsi que quelques membres de sa famille, son frère et sa belle soeur. ( C’est évidemment l’incrimination de prise illégale d’intérêts par personne dépositaire de l’autorité publique qui concerne Kader Arif.  Selon l’article 432-12 du Code pénal, ce délit est passible d’une peine de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende.) 

Depuis la démission de ce dernier de son poste, en novembre 2014, l’Office de lutte contre la corruption a donc enquêté pendant plus d’un an avant de transmettre un rapport de synthèse à Eliane Houlette, le procureur financier national qui a décidé qu’il y avait lieu de saisir des juges d’instruction pour y voir clair dans une histoire passablement embrouillée qui conduit tantôt à Pontoise tantôt en Midi-Pyrénées -Languedoc -Roussillon à quelques encablures de Toulouse.  Sur la sellette désormais, un homme qui, depuis des années, est un très proche de François Hollande. Un homme en qui  le président de la République a une confiance absolue. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, lorsque l’ancien député de Corrèze était le patron du parti, il avait promu Kader Arif, jadis repéré par Lionel Jospin, au poste de secrétaire aux Fédérations rue de Solférino. Comment Kader Arif est-il apparu dans cette affaire dont bien des points restent encore obscurs ? 

Nous sommes en septembre 2014. Deux conseillers régionaux de l’opposition au sein de l’assemblée régionale présidée par Martin Malvy (PS), ancien secrétaire d’Etat à l’ Energie de François Mitterrand, un peu plus curieux que d’autres collègues, découvrent qu’une SARL, AWF Music, spécialisée dans l’ Evènementiel a raflé tous les contrats de communication du Conseil régional entre 2009 et 2013.  En tout, pour 1 730 000 euros.  Sans oublier que pour 2014, elle devait obtenir un marché indicatif de 2,8 millions. Toujours aussi curieux, les deux élus découvrent que cette SARL a pour animateur Aïssa Arif qui n’est autre que le frère de Kader, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants et ancien premier secrétaire du parti dans le département. Après tout, on n’est pas responsable des agissements de son frère. Sauf qu’on apprend que tous les concurrents qui candidatent à des marchés de communication à la Région sont systématiquement écartés. Plus étonnant : cette société AWF Music, qui devrait connaitre une santé florissante, en raison de tous ces contrats gagnés est en fait de santé chancelante… Tellement qu’elle dépose son bilan en 2013, non pas dans le département de Haute-Garonne mais à Pontoise où elle renait de ses cendres avec un homme de paille et une dénomination presque semblable, AWF…

De plus en plus ébranlés par ces juteux marchés obtenus par le conseil régional, s’interrogeant, mais sans avoir de réponse que le rôle qu’aurait pu jouer Kader Arif dans leur attribution, les deux conseillers régionaux décident de faire un signalement au procureur de la République de Toulouse. Une pratique classique. Quelque temps plus tard, le dossier est transféré au Parquet  national financier à Paris. Lequel ouvre une enquête préliminaire en septembre 2011. Martin Malvy, le président du conseil régional, en cet automne 2011 affiche une sérénité totale sur ses marchés. « Tout est clair » dit-il, tandis que le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, mine encore joviale qui  ne parvient pas à cacher une perplexité certaine, le dit haut et fort lors d’un déplacement à Boulogne-sur-Mer : «  Cette affaire ne me concerne absolument pas. » C’est bien connu : lorsqu’un ministre, un député, un sénateur fait une déclaration de ce genre, on a envie de sourire…En tout cas pas Kader Arif qui début novembre 2014 se voit contraint d’abandonner son fauteuil de ministre.

La situation est devenue intenable. Les papiers sortent à une vitesse grands V dans les journaux, sur les sites Internet. Sans en avoir l’air, François Hollande, en privé, s’inquiète. Demande quelques explications, dans la plus grande confidentialité à son ami Kader… Il n’y a pas de souci à avoir… Est-ce si sûr ?  Car il y a  cette perquisition  du 9 novembre à la sous-direction des achats au ministère de la Défense, où les enquêteurs ont cherché à savoir si les procédures d’appel d’offres avaient été respectées. Mais il y a quelque chose de plus ennuyeux qui va être mis au jour quelques semaines plus tard : le rôle joué par cette fameuse SARL AWF Music lors de deux campagnes de François Hollande : celle pour la primaire de 2011 qui devait désigner le candidat socialiste à la présidentielle et celle de la présidentielle elle-même de mai 2012.

Selon Mediapart, AWF Music aurait perçu plus de 700 000 euros du candidat Hollande à l’occasion de ces deux campagnes. Et le site de préciser : « AWF Music, entreprise spécialisée dans l’image et le son  aurait même dû gagner davantage  pendant la campagne (...) Mais à un mois du premier tour, en mars 2012, l’équipe du candidat l’a remerciée en catastrophe après une trentaine  de prestations marquées  par une coupure d’électricité intempestive ou l’effondrement d’un pupitre.»  La preuve qu’AWF Music a engrangé beaucoup d’argent est illustré  par le dernier meeting qu’elle organise pour le compte de François Hollande à Nancy le 5 mars 2012.

En effet, alors qu’il aurait fallu une vingtaine de techniciens pour ce meeting, neuf seulement étaient à pied d’œuvre.  Ce qui a permis à AWF Music de réaliser de juteux bénéfices.  «  Une véritable cash machine » nous confiait un technicien présent à Nancy ce 5 mars2012… Or, phénomène étrange, la SARL va se retrouver en liquidation en 2013.  Comment une entreprise qui réalise 899 000 euros de chiffre d’affaires  peut-elle se retrouver avec un trou de 245 000 euros ?  Quel tour de passe-passe a eu lieu ?  L’entourage de Kader Arif doit avoir sa petite idée. Tout comme peut-être le sympathique ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants dont tous les élus y compris de l’opposition confirment qu’il n’est pas un homme d’argent.  Aurait-il été imprudent avec quelques membres de sa famille ?  Détiendrait-il   quelques secrets partagés entre lui et François Hollande ? Les auditions prochaines des différents acteurs de cette histoire Qui commence sur le plan judiciaire devraient permettre d’avoir quelques réponses.

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