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Joyeuse Saint-Libertin !
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L'amour célébré

Joyeuse Saint-Libertin !

En 2015, Saint Valentin vous attachera à votre lit avec des menottes en fourrure et un fouet clouté pour vous asséner une petite leçon de sexualité…

Emmanuelle  Ory-Lavollée

Emmanuelle Ory-Lavollée

Emmanuelle Ory-Lavollée n’est ni grande, ni blonde, ni fashion victim… elle n’a pas de toutou, ni de 4×4, ne trie pas ses ordures. Elle fume parfois et s’accorde même un petit verre de temps en temps.

Comme les vaches, elle regarde passer le train de la vie politique et sociale française, qui à maints égards et tour à tour la consterne, la révolte ou l’amuse…

Emmanuelle Ory-Lavollée anime le blog 2quoijmemêle.com.

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Hasard du calendrier ou facétie de la justice –on en doute !- ce pauvre Valentin qui n’a jamais rien demandé à personne se retrouve aujourd’hui coincé entre un procès gore dans lequel les femmes sont des objets et leur corps des joujoux tarifables et la sortie tapageuse d’un film tiré de la navrante trilogie du même nom, supposée faire frémir la ménagère et réveiller sa libido : 50 nuances de Grey.

Un petit sondage amical confirme que beaucoup ont acheté et offert cette œuvre magistrale, croyant s’encanailler ou fournir à une amie l’occasion de mettre un peu de piment sous sa couette. Moins en ont commencé la lecture, moins encore sont parvenues à le lire jusqu’au bout… En ce qui me concerne, ma curiosité pour les faits de société s’est vite heurtée à la niaiserie de l’ouvrage, à la stupidité de ses personnages et aux répétitions incessantes de la consternante Ana  au sujet de "sa déesse intérieure" pas plus inspirée qu’elle-même, ses lèvres mordues en une moue de kikou, ses fards, ses waouh et ses j’y vais, j’y vais pas. Existe t-il un moyen pour les éditeurs de confronter les chiffres de ventes à ceux de la lecture ?

Mais au même titre qu’un Wauquiez se sent obligé d’avouer –d’inventer ?- regarder youporn parce qu’il est chez Ardisson, y a-t-il d’autre choix que d’être curieux de ce roman, présenté comme un phénomène d’édition ?  Peut-on assumer ne pas souhaiter manger de ce pain-là, au risque de passer pour un fâcheux ? Impossible. Acheter 50 nuances de Grey était un must, peu importe qu’il soit resté ensuite fermé sur la table de nuit, ou même caché en dessous. Dire qu’on l’a lu et qu’on s’est pâmé est encore plus classe. Et faire dire à un mari qu’il a adoré que sa femme le lise… le summum. Une avancée phénoménale pour les féministes de tout poil !

Mommy porn ou pig daddy : voici les choix qui vous sont offerts cette année pour célébrer l’Amour.  On ne regrettera pas vraiment le caractère convenu du culte surfait et dégoulinant de romantisme low cost qu’est généralement le 14 février. Mais cela renforce l’idée d’une confusion de plus en plus obscure entre sentiments et sexualité.

Que la Saint-Valentin, autrefois prétexte à des échanges de mots doux dans les pays anglo-saxons, ait perdu de sa fraicheur au fil de son développement commercial, c’est certain.  Qu’elle soit devenue la fête du string et ait introduit une sorte d’injonction sexuelle en retour des cadeaux consentis parait également évident. Mais la connotation que lui donne aujourd’hui cette sortie cinéma programmée de longue date introduit une nouvelle donnée qui en dit long sur le recul inexorable de la sphère intime au profit de l’exposition. 

Alors qu’une partie des français a défendu avec véhémence, lors du vote de la loi Taubira, l’idée qu’aucune pratique n’est discriminante, que les préférences sexuelles ne peuvent être hiérarchisées et que l’égalité doit s’appliquer y compris au domaine de l’intime, le cinéma, la littérature et les médias imposent à longueur d’ouvrages une sexualité prêt-à-porter qui sera forcément débridée, mode d’emploi en sus. Et non seulement ce matraquage s’impose aux adultes, mais les enfants ne peuvent y échapper non plus, dans un processus de banalisation qui perturbe leur développement affectif  (le film 50 nuances de Grey est interdit au moins de 12 ans en France, aux moins de 16 ans à l’étranger).

Le fait d’employer le terme de libertinage au sujet du film comme du procès du Carlton de Lille est symptomatique de ce mélange des genres. Car, loin d’appeler un chat un chat, ce terme promeut en premier lieu l’idée de liberté. Peut-on parler de liberté au sujet des femmes qui témoignent dans le procès des deux "dodo" (La Saumure et SK) ? Et pour les adolescents qui se retrouveront dans les salles, aux prises avec des images qui les gênent et altèrent leur perception de l’autre et de l’émotion amoureuse ?

Ce 14 février est associé à la promotion d’une sexualité toujours plus voyeuriste et brutale à laquelle il est difficile de se soustraire… Pour votre escapade en amoureux, un autre jour fera l’affaire : celui de votre choix par exemple !    

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