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Jean-François Copé.
Jean-François Copé.
©Reuters

L'âge de raison

Jean-François Copé dans "Des paroles et des actes" : un président de l'UMP moins arrogant, plus rassembleur

Jean-François Copé était jeudi 10 octobre l'invité de l'émission "Des paroles et des actes". Il s'est posé en leader de l'UMP soucieux de réconcilier sa famille politique. Moins arrogant, plus sage mais qui doit encore apprendre à échanger avec des gens ordinaires.

Christian Delporte

Christian Delporte

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. Il dirige également la revue Le Temps des médias.

Son dernier livre est intitulé Les grands débats politiques : ces émissions qui on fait l'opinion (Flammarion, 2012).

Il est par ailleurs Président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. A son actif plusieurs ouvrages, dont Une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (avec Jean-François Sirinelli et Jean-Yves Mollier, PUF, 2010), et Les grands débats politiques : ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012).

 

Son dernier livre est intitulé "Come back, ou l'art de revenir en politique" (Flammarion, 2014).

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Atlantico : Jean-François Copé était l'invité de l'émission Des paroles et des actes jeudi 10 octobre sur France 2. Aussi bien sur le fond que sur la forme, le président de l'UMP s'est-il montré convaincant ?

Christian Delporte : Jean-François Copé voulait donner de lui-même un autre visage que celui qui reste dans beaucoup de mémoires, le visage du Copé des déchirements de la primaire UMP qui le plombent dans les sondages, y compris auprès des électeurs du parti. Le message était clair : j’ai changé, j’ai appris, une page est tournée. Bref, on est passé du Copé ambitieux, impatient, pour beaucoup arrogant, au Copé sage, tranquille, rassembleur. Sa posture était celle du leader de l’UMP, soucieux d’apaiser, de réconcilier la famille, de la rebâtir et de la remettre en route. Il a pris garde d’éviter tout excès, tout propos clivant à l’intérieur de son camp, et de ne pas se mettre trop en avant, préférant le "nous" au "je", dans bien des cas. "Nous sommes encore dans la période de deuil", a-t-il dit. La prestation était fidèle à cette ligne de conduite. Mais il a semblé perdre pied au moment où, Isabelle Maurer, la Mulhousienne au RSA a, elle, crevé l’écran. Copé doit encore apprendre à échanger avec des gens ordinaires qui souffrent et bouleversent, par leur émotion sincère, les règles de la communication. Savoir s’adapter à de telles situations est indispensable : Nicolas Sarkozy, en son temps, l’avait compris.

Ces dernières semaines ont été marquées par les attaques de plus en plus violentes de François Fillon contre Nicolas Sarkozy et par la droitisation de l'ancien Premier ministre. Comment Jean-François Copé s'est-il positionné face à la nouvelle ligne Fillon ?

"Je ne suis pas dans la même situation que d’autres", a-t-il dit à propos de 2017, ce qui visait implicitement Fillon. Il s’en est démarqué à propos du FN, dont l’ombre a flotté sur l’émission durant les premières minutes : des alliances avec le FN conduiraient leurs auteurs à l’exclusion, ni le PS ni le FN, etc., bref la position classique de l’UMP. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il a cité De Gaulle, a évoqué l’union sacrée (à propos de son livre sur la bataille de la Marne), a parlé de bonapartisme… Mais, tout en condamnant l’"absurdité" du programme du FN, il a aussi parlé à ses électeurs, présentant notamment la lutte contre le "communautarisme" (mot prononcé trois fois !) comme l’un des quatre dangers menaçant la société française, avec le chômage, la violence ou les impôts.

A-t-il cherché à se démarquer dans la guerre Fillon/Sarkozy ?

Il a voulu se situer au-dessus de la mêlée, selon la formule consacrée. Mais quand il a dit "2017, c’est une éternité, trois ans, c’est très très long", le propos pouvait viser Fillon, bien sûr, mais aussi Sarkozy, qui apparaît aujourd’hui le mieux placé dans le cœur des sympathisants UMP. Il n’a pas dit que l’Elysée ne l’intéressait pas. Mais les sondages, aujourd’hui, ne plaident pas pour sa candidature. Aussi doit-il compter avec le temps et apparaître, pour l’heure, comme le reconstructeur de la droite. Il sait que la route sera longue, mais aussi que le favori des sondages à trois ou quatre ans de l’échéance est très rarement le gagnant de l’élection.

A travers cette émission le président de l'UMP se projette-t-il déjà vers la primaire de 2016 ou prépare-t-il les prochaines élections ?

"Y penser toujours, n’en parler jamais", disait Gambetta à propos de l’Alsace-Lorraine. Copé n’est pas "en situation" de proclamer ses ambitions. S’il le faisait, il ranimerait la guerre et perdrait d’un coup le crédit – encore bas - qu’il a reconquis jour après jour auprès des électeurs UMP. Il doit d’abord montrer sa loyauté, jouer l’unité et espérer gagner les futures échéances électorales. Pour Copé, la route de l’Elysée commence en mars 2014 avec les municipales. C’est donc cette carte qu’il joue, même si l’émission a laissé peu de place à la thématique électorale. Le défi de Copé est de capter leur "ras-le-bol" (sic) et de démontrer que le FN n’a pas de solution : en choisissant cet angle, il espère engranger le mécontentement des Français en 2014. En parlant du FN, il visait naturellement les municipales.

L'émission a également été marquée par le débat avec Najat Vallaud-Belkacem. Que faut-il retenir de ce face à face ?

Pas grand-chose, à vrai dire. Pour la porte-parole du gouvernement, c’était le baptême du feu. Certes, Copé l’a mise en difficulté en évoquant le différend entre Valls et Duflot à propos des Roms. Elle n’a pas voulu trancher, ce qui était une façon de désavouer le ministre de l’Intérieur. Mais, pour briller, il faut un adversaire qui joue dans la même catégorie. Ce n’était pas le cas. C’est pourquoi ce débat ne restera pas dans les annales.

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