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J'ai deux Libye : 
Kadhafi et Benghazi
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Zone franche

J'ai deux Libye : Kadhafi et Benghazi

Reconnaître la légitimité des insurgés libyens mais subordonner la création d'une « no fly zone » à l'accord de l'ONU, c'est s'arrêter au milieu du gué.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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D’accord, Nicolas Sarkozy n’est pas un « roi fainéant » entouré de collaborateurs « fictifs ». D'accord, il visite le salon de l’agriculture à reculons et préfère le vélo à la tête de veau ravigote con Corona... Mais là où il ressemble à son prédécesseur, c’est lorsqu’il privilégie le ministère de la parole sur celui de la Défense et subordonne la création d'une « no fly zone » (zone d'interdiction aérienne) en Libye à un accord de l’ONU à l'inverse des Britanniques ou des Américains.

De la part d’un homme dont on raconte qu’il aurait volontiers joué le quatrième mousquetaire au côté du trio Bush-Blair-Aznar en 2003, ça peut surprendre. A fortiori lorsqu'il se distingue en reconnaissant, le premier, la légitimité des rebelles et prend officiellement contact avec leurs leaders.

Lorsque Saddam Hussein était le méchant et massacrait ses civils, l’Elysée avait refusé d’aller le déloger sans un mandat clair de la communauté internationale et les Français étaient majoritairement sur la même longueur d’ondes. Maintenant que Kadhafi est l’ennemi public numéro 1, qu’il en est déjà à plus de 6 000 victimes et que les Français sont favorables à ce que les armes parlent — comme disait Mitterrand qui avait le sens de la formule —, Sarkozy se révèle bien plus prudent…

La « no fly zone », c’est la guerre

A sa décharge, la « no fly zone » dont tout le monde se gargarise depuis quelques jours, ce n’est pas la petite intervention propre et sans bavures qu'on imagine. Pour empêcher les avions du « Frère guide» de bombarder les insurgés, il faut commencer par démolir sa DCA et se livrer à quelques duels aériens à l’occasion. Se battre, quoi… Surtout que l'on sait que Kadhafi compte désormais plus sur ses conducteurs de chars que sur ses pilotes de Mirage — réticents à larguer leurs missiles sur leurs frères et cousinset qu'une « no tank zone » finira fatalement par s'imposer.

Non, la « no fly zone », c’est comme en Irak ou en Afghanistan (et singulièrement en Serbie) : c’est la guerre.

Du coup, pour initier une affaire pareille, les deux seules structures tenues pour légitimes sont l’OTAN et les Nations-Unies. Pour la première, c’est délicat et on l’on comprend assez bien que la France traîne des pieds : envoyer « l’Occident » rétablir le calme dans une ancienne dépendance italienne n’est effectivement pas très judicieux.

La seconde, en revanche, passe pour le nec plus ultra. Une institution qui regroupe tout le monde ou presque et dont la Libye présidait encore, il n’y pas si longtemps, la Commission des droits de l’homme, qui pourrait la soupçonner de néo-colonialisme ?

Le hic, c’est qu’une institution dont tout le monde est membre, c’est aussi une institution qui ne se fâche avec personne. Surtout si deux des big boys du Conseil de sécurité, la Chine et la Russie, ont clairement fait connaître leur hostilité à l'usage de la force, leurs propres populations étant toujours susceptibles de se parfumer au jasmin… A ce stade, pour autant, même la Ligue arabe est partante, ce qui n'était pas gagné. Il serait paradoxal qu'en cas de véto sino-russe, la France n'apporte pas un soutien concret à des insurgés dont elle reconnaît l'autorité. Et si du prestige a vraiment été perdu auprès du monde arabe ces derniers mois, l'heure est peut-être venue d'en regagner.

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